mardi 15 septembre 2026

A investir dans l'écologie

Au deuxième trimestre, les entreprises mondiales ont versé presque 660 milliards d'euros de dividendes, un chiffre en hausse de 3 % sur un an, selon le rapport trimestriel de Janus Henderson. La France continue de se démarquer du reste de l'Europe, avec 61 milliards d'euros attribués.

jeudi 16 juillet 2026

Ces poissons aux dents capables de couper le métal envahissent la Méditerranée : les pêcheurs sont désormais payés pour les capturer

Une mâchoire capable de sectionner du métal, une chair mortelle sans antidote connu, et des attaques déjà recensées sur des baigneurs : le poisson-globe à joues argentées inquiète désormais autant que les requins sur les côtes méditerranéennes. Cette espèce invasive, originaire des eaux tropicales, remonte vers le nord et s’approche dangereusement des zones de baignade touristiques.
Un prédateur venu de la mer Rouge Le Lagocephalus sceleratus, aussi appelé poisson-ballon à bande argentée, n’a rien d’un nouveau venu. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, il est originaire des eaux tropicales de la mer Rouge et des océans Indien et Pacifique. Il a profité du canal de Suez pour remonter vers le nord et s’installer en Méditerranée. Détecté en Turquie dès 2003, observé pour la première fois dans les eaux grecques en 2005, il s’est ensuite diffusé dans tout le bassin levantin. Le réchauffement des eaux lui offre aujourd’hui des conditions idéales de reproduction en mer Égée, en mer Ionienne et au large de la Crète. Il étend désormais son territoire vers l’ouest, remontant les côtes de Grèce, d’Italie et d’Espagne. Ce n’est pas tant sa présence que sa proximité nouvelle avec les plages qui inquiète : le problème, cantonné jusqu’ici au grand large et aux profondeurs pouvant atteindre une centaine de mètres, touche maintenant les zones côtières fréquentées par les touristes. Une mâchoire capable de trancher du métal Le poisson mesure le plus souvent entre 20 et 60 centimètres, certains individus dépassant même le mètre. Sa denture, elle, est hors norme : elle permet de sectionner du bois coriace, des os épais, et de cisailler du métal, rapporte L’Internaute. Sur les navires de pêche, il détruit instantanément les lignes et ruine les filets. Le vrai danger reste ailleurs. Sa chair, son foie et ses ovaires contiennent de la tétrodotoxine, une neurotoxine hydrosoluble et thermostable qui résiste donc à la cuisson. Des travaux de l’Université Côte d’Azur la situent 1 200 fois plus toxique que le cyanure. Les chercheurs du Centre hellénique de recherche marine (HCMR) le rappellent sans détour : « aucun antidote spécifique n’est disponible ». La morsure elle-même n’empoisonne pas, le risque n’apparaît qu’en cas d’ingestion. Sa vente est interdite en Grèce, avec des mises en garde répétées contre les circuits informels. Le poisson peut aussi s’en prendre directement aux humains. Près d’Athènes, une baigneuse a dû recevoir des points de suture après une morsure grave. La Croix-Rouge hellénique a lancé l’alerte fin juin, insistant sur la nécessité de consulter un médecin sans délai en cas de morsure : « les blessures sont profondes ». Le public est invité à signaler tout spécimen repéré, sans jamais le toucher. Face à la menace, Athènes a mis en place une prime : 5,33 euros par kilogramme de poisson-globe capturé. Des subventions supplémentaires pour le carburant sont prévues en Crète et dans le sud de la mer Égée. Le dispositif s’inspire d’une initiative testée à Chypre, qui avait permis de retirer des tonnes de poissons de l’eau. Sur le terrain, les autorités installent aussi des barrières flottantes et des filets lestés fixés au fond marin pour protéger les vacanciers, notamment à Chalkida, à une heure de route d’Athènes. Ce dispositif s’étend sur plusieurs plages ciblées et représente un investissement conséquent pour l’État grec. Près de 16 000 personnes vivent de la pêche en Grèce. Le secteur voit dans ce poisson un prédateur qui décime les populations locales tout en représentant un danger pour les baigneurs. Autour de l’île de Milos, dans les Cyclades, les professionnels signalent une baisse de près de 40 % de leurs prises de dorades, de mérous et de calamars. Les mérous, en particulier, subissent de lourdes pertes face à ce prédateur venu du sud.

mardi 7 juillet 2026

Accident de décompression : la plus grande étude jamais réalisée révèle 12 facteurs de risque majeurs

Accident de décompression : la plus grande étude jamais réalisée révèle 12 facteurs de risque majeurs L’accident de décompression (ADD) reste l’une des principales craintes du plongeur, et l’une des plus mal comprises. On entend souvent qu’il suffit de « respecter son ordinateur » pour être protégé. La réalité est plus nuancée. Un ADD survient lorsque l’azote dissous dans les tissus au cours de la plongée forme des bulles lors de la remontée, plus vite que l’organisme ne peut les éliminer. Ces bulles peuvent provoquer des douleurs articulaires, des troubles neurologiques ou, dans les cas graves, des atteintes potentiellement mortelles. Le point essentiel, confirmé par la recherche la plus récente, est le suivant : un accident de décompression peut survenir même lorsque les paliers et les procédures de l’ordinateur ont été scrupuleusement respectés. Les algorithmes de décompression actuels reposent sur des modèles théoriques d’un plongeur « moyen ». Ils ne tiennent pas compte de la variabilité physiologique individuelle ni de nombreux facteurs personnels et opérationnels qui modulent le risque réel. C’est précisément ce qu’éclaire l’étude DAN Europe publiée en 2026, « Identification of DCS risk factors in recreational diving », réalisée à partir de la base de données DAN DSL (version 07/2024). Il s’agit, à ce jour, de la plus grande analyse de données de plongée réelle jamais publiée. Là où la plupart des travaux antérieurs s’appuyaient sur des expériences contrôlées ou sur quelques milliers de plongées, cette étude a passé au crible 127 957 plongées effectuées par 5 907 plongeurs dans des conditions réelles. Son modèle statistique identifie 12 facteurs de risque indépendants et atteint une qualité prédictive remarquable (aire sous la courbe ROC de 0,910). Cet article décrypte ces 12 facteurs, explique pourquoi certains résultats sont contre-intuitifs, et surtout détaille ce que vous, plongeur, pouvez réellement contrôler pour réduire votre risque personnel. Étude DAN Europe · 2026 Les chiffres clés de la décompression en plongée Une analyse en conditions réelles, à grande échelle, pour mieux comprendre et prévenir les accidents de décompression. Plongées analysées 127 957 en conditions réelles Plongeurs suivis 5 907 79,8 % hommes · 20,2 % femmes Accidents observés 628 accidents de décompression 0,49 % taux d’incidence global 12 facteurs de risque indépendants identifiés 0,910 Qualité prédictive du modèle Aire sous la courbe ROC = 0,910 — une capacité de prédiction excellente. Pourquoi un accident de décompression peut-il survenir même en respectant son ordinateur ? La majorité des plongeurs victimes d’un ADD n’ont commis aucune « faute » évidente. Ils ont suivi leur ordinateur, respecté leurs paliers et leur vitesse de remontée. Comment l’expliquer ? L’étude DAN Europe 2026 met en lumière plusieurs raisons structurelles. Les limites des modèles de décompression actuels La plupart des ordinateurs de plongée reposent sur l’algorithme Bühlmann ZH-L16C, qui divise le corps en 16 compartiments tissulaires théoriques, chacun absorbant et rejetant l’azote à une vitesse différente. Ce modèle est robuste, mais il décrit un plongeur théorique. Il ne « sait » rien de votre morphologie, de votre état de forme du jour, de votre température corporelle ou de votre effort réel. Il calcule une décompression sûre en moyenne, ce qui n’équivaut pas à une décompression sûre pour chaque individu, à chaque plongée. La variabilité individuelle Deux plongeurs effectuant exactement le même profil n’ont pas le même risque. L’étude le démontre clairement : à profil identique, le sexe, la corpulence et d’autres caractéristiques personnelles modifient fortement la probabilité d’ADD. Le modèle « universel » de l’ordinateur ne capture pas cette variabilité. Les facteurs physiologiques L’état de l’organisme au moment de la plongée — niveau de fatigue, effort musculaire fourni, hydratation, inflammation — influence la formation et l’élimination des bulles. Ces variables ne sont pas mesurées par les ordinateurs actuels mais pèsent réellement sur le risque. Les facteurs environnementaux et opérationnels La température de l’eau, le nombre de gaz utilisés, l’objectif de la plongée (loisir ou technique), l’enchaînement des plongées et la durée des intervalles de surface comptent aussi. Selon l’étude DAN Europe publiée en 2026, ces paramètres opérationnels modifient le risque indépendamment du profil de décompression lui-même. En résumé : respecter son ordinateur réduit fortement le risque, mais ne l’annule jamais. Le risque résiduel dépend de facteurs personnels et opérationnels que l’étude DAN Europe 2026 a précisément quantifiés. Les 12 facteurs qui augmentent ou diminuent le risque d’ADD selon DAN À partir d’une régression logistique multivariée (la méthode qui isole l’effet propre de chaque variable, indépendamment des autres), les chercheurs ont retenu 12 facteurs ayant une influence statistiquement indépendante sur la survenue d’un ADD. Pour chacun, l’étude fournit un « odds ratio » (OR) : un OR supérieur à 1 signale un facteur aggravant, un OR inférieur à 1 un facteur protecteur. Voici ce qu’ils signifient concrètement pour vous. 1. Le gradient de sursaturation de surface (DSSG) Ce que c’est : le DSSG (DAN Surface Supersaturation Gradient) mesure le degré de sursaturation en azote de vos tissus au moment précis où vous atteignez la surface. C’est, en quelque sorte, la « pression d’azote en excès » que votre corps doit encore évacuer en sortant de l’eau. Il est recalculé à partir du profil enregistré par l’ordinateur, selon le modèle Bühlmann ZH-L16C. Ce que montre l’étude : c’est le facteur de risque le plus déterminant de tous. Le DSSG médian était de 0,866 dans les plongées avec ADD contre 0,743 dans les plongées sans ADD (p < 0,001). La progression est spectaculaire : à un DSSG de 0,7, le taux d'ADD est de 0,095 % ; à 0,8, il monte à 0,72 % ; à 0,9, à 3,34 % ; et au-delà de 1,0, il atteint 37,5 %. Conséquence pratique : le DSSG est entièrement contrôlable par le plongeur, car il dépend du profil (profondeur, durée, remontée, paliers). Plonger avec un réglage plus conservateur, ralentir la remontée et prolonger les paliers de sécurité font baisser le DSSG, et donc le risque, de façon directe. 2. Le compartiment directeur Ce que c’est : dans le modèle Bühlmann, le « compartiment directeur » est le tissu théorique qui, à un instant donné, atteint le premier sa tension critique en azote. C’est lui qui pilote le calcul de la décompression et impose, le cas échéant, les paliers. Ce que montre l’étude : le numéro du compartiment où survient le DSSG maximal influence le risque d’ADD de manière indépendante (OR = 0,79 par incrément). Il est aussi corrélé au nombre de gaz utilisés, signe qu’il reflète en partie le type de plongée pratiquée. Conséquence pratique : ce paramètre est surtout technique. Pour le plongeur, il rappelle qu’il existe des profils « rapides » (compartiments courts) et « lents » (compartiments longs) et que les futurs ordinateurs intégreront ce niveau de finesse dans l’estimation personnalisée du risque. 3. Le sexe féminin Ce que c’est : le sexe biologique du plongeur, traité comme facteur physiologique non modifiable. Ce que montre l’étude : c’est le facteur physiologique le plus marquant. En analyse brute, l’ADD est survenu 3,29 fois plus souvent chez les femmes (1,25 %) que chez les hommes (0,38 %). En analyse multivariée, l’odds ratio atteint 4,63, soit un risque accru d’environ 363 % indépendamment des autres paramètres. Pourquoi cet effet ? Les chercheurs renvoient à des travaux sur modèles animaux suggérant que les mécanismes de résistance à l’ADD diffèrent entre les sexes : une moindre tendance à la coagulation et une réponse inflammatoire particulière à la décompression sembleraient favoriser la résistance masculine. Ces mécanismes restent à confirmer chez l’humain. Conséquence pratique : ce facteur n’est pas modifiable, mais il plaide pour davantage de conservatisme. Une plongeuse a tout intérêt à adopter des marges de sécurité plus larges, sans dramatiser : 1,25 % reste un taux faible en valeur absolue. 4. Un IMC (indice de masse corporelle) faible Ce que c’est : la classe d’IMC du plongeur, du sous-poids à l’obésité. Ce que montre l’étude : le résultat est contre-intuitif. Les données brutes décrivent une courbe en U, mais l’analyse multivariée révèle qu’une classe d’IMC plus basse, en particulier en dessous de la normale, est associée à une augmentation de 15 % des cotes d’ADD (OR = 0,85 par classe, c’est-à-dire que descendre d’une classe augmente le risque). Les chercheurs soulignent eux-mêmes que ce résultat justifie de futures recherches. Conséquence pratique : contrairement à une idée répandue, être très mince ne protège pas. L’IMC n’est pas modifiable à court terme ; là encore, le message est au conservatisme plutôt qu’à l’inquiétude. 5. L’utilisation de plusieurs gaz Ce que c’est : le nombre de mélanges gazeux différents utilisés au cours d’une même plongée (air, nitrox, mélanges techniques…). Ce que montre l’étude : c’est le facteur de risque non physiologique le plus puissant, juste derrière le sexe. Chaque gaz supplémentaire multiplie les cotes d’ADD par environ 2,9 (OR = 2,87). La progression du taux d’ADD est nette : 0,40 % avec un seul gaz, 2,81 % avec deux, 8,59 % avec trois, et jusqu’à 50 % avec quatre. Pourquoi cet effet ? Le nombre de gaz n’est pas dangereux en soi : il est un marqueur de la plongée technique (recycleurs, grandes profondeurs, longues durées, refroidissement, déshydratation). C’est cet ensemble de contraintes que le « nombre de gaz » résume. Conséquence pratique : les plongées multi-gaz appellent une planification, un entraînement et un conservatisme renforcés. Le risque est lié au contexte technique global, pas à la simple présence d’un deuxième détendeur. 6. L’exercice physique avant la plongée Ce que c’est : l’activité physique réalisée juste avant la mise à l’eau. Ce que montre l’étude : un exercice avant la plongée double le risque d’ADD en analyse multivariée (OR = 2,06). En données brutes, le taux d’ADD passe de 0,38 % sans exercice à 0,78 % avec un exercice léger. Pourquoi cette nuance importante ? Les auteurs invitent à interpréter ce résultat avec une extrême prudence. D’autres travaux solides montrent qu’un exercice contrôlé en « pré-conditionnement » (par exemple un effort aérobie modéré quelques heures avant) réduit au contraire la formation de bulles. Le questionnaire DAN ne distinguait pas l’exercice de préparation de l’effort « parasite » (porter du matériel lourd, lutter contre le courant peu avant l’immersion). De plus, exercice et fatigue avant la plongée étaient fortement corrélés. Conséquence pratique : évitez les efforts intenses non préparés juste avant l’immersion. Un pré-conditionnement léger et planifié n’est pas à fuir ; un effort épuisant improvisé, si. 7. Le confort thermique Ce que c’est : la sensation de température ressentie par le plongeur pendant la plongée (du froid au confortable, voire au chaud). Ce que montre l’étude : autre résultat contre-intuitif. Le taux d’ADD le plus élevé concernait les plongées où le plongeur se déclarait à l’aise thermiquement (0,51 %), contre 0,16 % quand il avait froid. En multivariée, passer du froid au confort augmente les cotes d’ADD d’un facteur 2,83, comparable à l’effet du nombre de gaz. Pourquoi cet effet ? L’explication tient à la physiologie de la décompression. Être chaud pendant la phase de fond favorise la circulation périphérique et donc l’absorption d’azote ; rester chaud (ou se réchauffer) pendant la remontée et la décompression accélère au contraire l’élimination. Le scénario le plus risqué est d’être chaud au fond puis de se refroidir à la remontée. Les chercheurs soulignent que le confort « ressenti » est subjectif et que de futures mesures de température corporelle réelle (centrale et cutanée) seront nécessaires pour clarifier ce mécanisme. Conséquence pratique : l’idéal est d’éviter d’être trop chaud pendant la phase profonde et de rester bien protégé du froid pendant la remontée et les paliers. La gestion thermique compte autant que le profil. 8. La charge de travail pendant la plongée Ce que c’est : l’intensité de l’effort fourni sous l’eau (palmage soutenu, courant, manutention, travail au fond). Ce que montre l’étude : un effort marqué pendant la plongée augmente les cotes d’ADD de 61 % (OR = 1,61). Le taux d’ADD passe de 0,39 % sans charge de travail notable à 0,67 % avec. Conséquence pratique : économisez votre effort, surtout en phase profonde. Un palmage calme, un lestage bien réglé et l’anticipation des courants réduisent directement ce facteur, qui fait partie des plus facilement maîtrisables. 9. L’objectif technique de la plongée Ce que c’est : la finalité déclarée de la plongée (loisir, encadrement, technique, etc.). Ce que montre l’étude : les plongées à but technique augmentent les cotes d’ADD de 36 % (OR = 1,36). En données brutes, leur taux d’ADD atteint 1,24 %, contre 0,57 % pour les plongées loisir. Conséquence pratique : la plongée technique concentre plusieurs facteurs aggravants à la fois (profondeur, durée, multi-gaz, froid). Elle exige une formation spécifique et une rigueur de planification proportionnelle au risque, indispensables pour devenir moniteur de plongée ou encadrer des plongeurs dans des environnements plus exigeants. Pour les futurs encadrants préparant le BPJEPS plongée, la compréhension de ces mécanismes de risque constitue une compétence fondamentale. Les professionnels évoluant vers des responsabilités d’encadrement avancé ou de direction technique via le DEJEPS plongée sont particulièrement concernés par ces problématiques de gestion du risque. 10. Le nombre de plongées répétitives Ce que c’est : le nombre de plongées enchaînées dans une même série (toute plongée réalisée dans les 48 heures suivant la précédente étant comptée comme « répétitive »). Ce que montre l’étude : effet apparemment protecteur. Chaque plongée supplémentaire dans la série réduit les cotes d’ADD d’environ 6 % (OR = 0,94). Pourquoi cette prudence ? Les auteurs expliquent que ce résultat est probablement lié à la définition même de la « série » : pour qu’une plongée soit comptée comme répétitive, l’intervalle de surface a pu s’allonger jusqu’à 48 heures. C’est donc surtout l’allongement des intervalles qui protège, pas le fait d’enchaîner les plongées en soi. Conséquence pratique : ne lisez pas ce facteur comme « plus je plonge, moins je risque ». Lisez-le comme une confirmation indirecte de l’importance des intervalles de surface (facteur suivant). 11. L’intervalle de surface Ce que c’est : le temps passé en surface entre deux plongées d’une même série. Ce que montre l’étude : chaque heure supplémentaire d’intervalle de surface réduit les cotes d’ADD de 4 % (OR = 0,96). L’effet est cumulatif et confirme une recommandation classique de la plongée loisir. Conséquence pratique : allonger ses intervalles de surface est l’un des leviers les plus simples et les plus efficaces pour réduire son risque. Selon l’étude DAN Europe 2026, les recommandations de sécurité devraient explicitement encourager des intervalles prolongés. 12. La fatigue ressentie avant la plongée Ce que c’est : l’état de forme déclaré par le plongeur avant l’immersion (reposé, fatigué ou épuisé). Ce que montre l’étude : le résultat le plus surprenant. Se sentir fatigué ou épuisé avant la plongée réduit les cotes d’ADD de 70 % (OR = 0,30). Autrement dit, la fatigue ressentie apparaît comme protectrice. Pourquoi cet effet contre-intuitif ? L’explication retenue par les chercheurs est comportementale : un plongeur qui ne se sent « pas en forme » a tendance à plonger de façon plus prudente et plus conservatrice (profil moins agressif, remontée plus lente, plongée écourtée). C’est cette prudence accrue, et non la fatigue elle-même, qui réduirait le risque. Les auteurs précisent que la structure de la base ne permet pas de conclure définitivement et qu’une révision du questionnaire est prévue. Conséquence pratique : le vrai message n’est pas « plongez fatigué », mais « plongez prudemment ». Le bénéfice observé vient du comportement conservateur. Adopter cette prudence quel que soit son état de forme est la bonne leçon à retenir. Quels facteurs un plongeur peut-il réellement contrôler ? Tous les facteurs n’ont pas le même statut. Certains sont gravés dans votre physiologie ; d’autres dépendent entièrement de vos choix avant et pendant la plongée. Le tableau ci-dessous fait le tri. Tableau récapitulatif des principaux facteurs de risque de l’accident de décompression (ADD) identifiés par l’étude DAN Europe 2026, avec leur impact potentiel et leur caractère modifiable. Facteur Modifiable ? Impact potentiel Gradient de sursaturation (DSSG) Oui (profil, paliers) Très élevé — facteur n°1 Charge de travail Oui Élevé (+61 %) Intervalle de surface Oui Protecteur (-4 %/heure) Confort thermique En partie Élevé (×2,8) Exercice avant la plongée Oui Élevé (×2,0) Nombre de gaz / type technique Oui (choix de plongée) Très élevé (×2,9) Comportement prudent / conservatisme Oui Protecteur Sexe Non Très élevé (×4,6) IMC / corpulence Non (court terme) Modéré (+15 %/classe basse) Compartiment directeur Non directement Modéré Voici comment agir concrètement sur les leviers que vous maîtrisez : Gestion de l’effort : palmez calmement, soignez votre lestage et votre stabilité, anticipez les courants. Réduire la charge de travail diminue directement le risque. Hydratation : bien que non mesurée directement par l’étude, la déshydratation est citée comme un facteur associé à la plongée technique. Une bonne hydratation avant la plongée fait partie des recommandations de prévention reconnues. Température : évitez d’être trop chaud en phase profonde et protégez-vous bien du froid pendant la remontée et les paliers. La combinaison « chaud au fond, froid à la remontée » est la plus défavorable. Allongement des intervalles de surface : chaque heure supplémentaire compte. C’est l’un des gestes les plus simples et les plus efficaces. Conservatisme de la décompression : réglez votre ordinateur de façon plus prudente, ralentissez votre remontée, prolongez votre palier de sécurité. Vous faites baisser le DSSG, le facteur n°1. Comportement prudent : c’est le fil conducteur de l’étude. Le bénéfice « protecteur » de la fatigue ressentie s’explique par un comportement plus conservateur. Adopter cette prudence systématiquement est la meilleure prévention. Ce que cette étude va probablement changer dans les futurs ordinateurs de plongée Au-delà des conseils pratiques, l’étude DAN Europe 2026 ouvre une perspective importante : la fin du modèle de décompression « unique pour tous » et l’arrivée d’une décompression réellement personnalisée. La décompression personnalisée Aujourd’hui, votre ordinateur applique le même algorithme que celui de votre voisin de palanquée, sans tenir compte de votre sexe, de votre corpulence ou de votre état du jour. Le modèle DAN, qui isole l’effet propre de 12 facteurs personnels et opérationnels, fournit la base statistique d’un calcul ajusté au profil individuel. Les modèles probabilistes Les ordinateurs actuels raisonnent en « oui/non » : la décompression est respectée ou non. Le modèle DAN, lui, calcule une probabilité d’ADD à partir d’une équation intégrant le DSSG et les autres facteurs. Les chercheurs décrivent explicitement leur travail comme la base d’un « ordinateur de plongée probabiliste individualisé ». Demain, votre ordinateur pourrait afficher non plus une simple consigne, mais une estimation de votre risque réel. La prise en compte du profil individuel Le DSSG est, selon les auteurs, le paramètre opérationnel modifiable le plus important et il est « entièrement contrôlable par le plongeur ». C’est donc le candidat naturel pour piloter ces futurs modèles, complété par des facteurs personnels. À terme, des données plus riches (température corporelle réelle, charge de travail quantifiée, voire prédisposition individuelle aux bulles) viendront affiner le calcul. L’avenir des ordinateurs de plongée Les auteurs reconnaissent les limites de leur base (absence du foramen ovale perméable, de l’hydratation précise ou de la prédisposition aux bulles) et annoncent des études complémentaires. La direction est claire : l’ordinateur de plongée de demain sera un assistant de risque personnalisé, capable d’adapter la décompression à qui vous êtes et à comment vous plongez, et non plus à un plongeur théorique moyen. Synthèse Ce qu’il faut retenir Les principaux enseignements de l’étude DAN Europe 2026 sur les facteurs de risque de l’accident de décompression. Point essentiel Un accident de décompression peut survenir même en respectant son ordinateur : les algorithmes décrivent un plongeur moyen, pas votre physiologie réelle. Étude de référence 127 957 plongées, 5 907 plongeurs et 628 ADD observés, pour un taux d’incidence global de 0,49 %. Facteur n°1 : le DSSG Au-delà d’un DSSG de 1,0, le taux d’ADD atteint 37,5 %. Ce facteur se contrôle via le profil de plongée et les paliers. Facteurs puissants Le sexe féminin (×4,6) et le nombre de gaz utilisés (×2,9) ressortent fortement, l’un comme facteur physiologique, l’autre comme marqueur de plongée technique. Résultats contre-intuitifs Le confort thermique augmente le risque, la fatigue ressentie semble le réduire via un comportement plus prudent, et un IMC bas n’est pas forcément protecteur. Vos meilleurs leviers Conservatisme de la décompression, gestion de l’effort, intervalles de surface plus longs et bonne gestion thermique à la remontée. Vers une décompression personnalisée L’avenir appartient aux ordinateurs probabilistes personnalisés, capables d’estimer un risque réel plutôt qu’une consigne unique pour tous. Fil conducteur La prévention repose avant tout sur un comportement prudent et conservateur, quelle que soit votre forme du jour. Pour les candidats souhaitant développer une maîtrise approfondie de la sécurité, de la décompression et de l’encadrement, notre formation complète sur 15 mois permet d’acquérir progressivement les compétences techniques et pédagogiques nécessaires à une pratique professionnelle. Selon l’étude DAN Europe publiée en 2026, l’ADD touche environ 0,49 % des plongées loisir.

lundi 29 juin 2026

L’usage des pesticides augmente à nouveau en France, en particulier les substances de la famille des « polluants éternels »

Devant l’absence de mise à jour récente de l’indicateur historique par l’Etat, l’association Générations futures publie, jeudi, son propre calcul, à partir des données de ventes de produits et en se fondant sur la méthodologie officielle. Devant l’absence de mise à jour de l’indicateur historique, Générations futures publie, jeudi 25 juin, son propre calcul, à partir des données de ventes de produits et en se fondant sur la méthodologie officielle. Selon l’association, le NODU a augmenté d’environ 6 % entre 2023 et 2024, dernière année pour laquelle les données sont disponibles. Depuis 2019, note l’ONG, l’indicateur suit une tendance à la hausse et a grimpé de plus de 10 %. Le ministère de l’agriculture va-t-il continuer à publier l’indicateur historique d’usage des pesticides en France, comme il s’y était engagé ? Rien n’est moins sûr. Baptisé « NODU » (nombre de doses unités) celui-ci est calculé chaque année sans interruption depuis 2009 pour suivre le recours de l’agriculture à ces intrants de synthèse. Mais, en février 2024, un nouveau référentiel a été introduit, reprenant le très contesté indice européen dit « HRI-1 ». Le recours aux pesticides n’a donc jamais été aussi élevé depuis cinq ans. A son lancement en 2009, le plan Ecophyto avait pourtant pour ambition de voir baisser de 50 % le NODU en dix ans. Cet objectif, plusieurs fois repoussé – avec les plans Ecophyto 2, Ecophyto 2 +, puis Ecophyto 2030 – n’a jamais été atteint, pas plus que n’a été obtenue une baisse effective du recours aux pesticides. Selon les dernières données communiquées par le ministère de l’agriculture, le NODU s’est élevé de près de 8 % entre la fin des années 2000 et 2023. Disparités d’usage Le nouvel indice adopté par le ministère – jugé trompeur par le conseil scientifique du plan Ecophyto, mais aussi par d’autres groupes d’experts européens –, se montre bien plus conciliant puisqu’il baisse de près de 50 % sur la même période. Le NODU masque toutefois des disparités d’usage, selon le danger des produits. L’utilisation du glyphosate, par exemple, ne montre pas d’orientation à la baisse. Entre 2023 et 2024, les tonnages de cet herbicide controversé ont grimpé de 6 752 à 8 268 tonnes, et oscillent depuis 2019 autour de ces valeurs. Générations futures a également calculé l’évolution du NODU, restreint aux substances officiellement classées « cancérogène, mutagène ou reprotoxique ». En 2024, cet indicateur baisse de 5,5 % environ par rapport à 2023, mais il demeure plus élevé qu’en 2019. L’usage des pesticides classés « perturbateur endocrinien » (une catégorie de danger ajoutée à la réglementation européenne en 2018) est presque stable en 2024 par rapport à l’année précédente, mais la tendance lourde est à la baisse depuis 2019. C’est pour les pesticides appartenant à la famille des PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées ou « polluants éternels ») que les chiffres rassemblés pour la première fois par l’association sont les plus inquiétants. Pour ces pesticides, le NODU est fortement orienté à la hausse depuis cinq ans. Entre 2019 et 2024, le recours à ces substances a augmenté de près de 50 %. Or, celles-ci se dégradent en métabolites persistants qui peuvent contaminer durablement les ressources en eau, à l’image de l’acide trifluoroacétique (TFA). Dangerosité Selon une campagne nationale menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, le TFA est retrouvé à des taux supérieurs au seuil de qualité réglementaire dans 92 % des échantillons d’eau potable distribuée en France. Or, le 10 juin, l’Agence européenne des produits chimiques a classé le TFA comme « toxique pour la reproduction suspecté ». Deux jours plus tard, le député écologiste de la Gironde, Nicolas Thierry, a écrit à la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, pour lui demander de rendre publique la liste des pesticides autorisés en France dont la dégradation conduit à la formation de TFA. Contacté par Le Monde, le ministère de l’agriculture n’a pas répondu à nos questions. « Ces données conditionnent non seulement la bonne information des citoyens, des collectivités, des gestionnaires de services d’eau potable et des agriculteurs eux-mêmes, mais également la capacité des pouvoirs publics à prévenir une contamination dont les conséquences sanitaires, environnementales et économiques pourraient être considérables », commente Nicolas Thierry, à l’origine de la loi de février 2025 visant à protéger la population des risques liés aux PFAS, en interdisant l’usage dans certains produits de grande consommation comme les cosmétiques et les textiles d’habillement. A la lumière de la reconnaissance par l’Agence européenne des produits chimiques de la dangerosité du TFA, le député demande également à la ministre de préciser « les démarches engagées afin de réexaminer les autorisations des produits concernés ». Seule réponse obtenue à ce jour par le parlementaire : « Bien reçu, merci. »

lundi 15 juin 2026

La santé des océans se dégrade et l'on regarde ailleurs

Le deuxième baromètre Starfish montre une accélération des changements océaniques, en particulier l'élévation du niveau de la mer, l'extinction d'espèces et le réchauffement des eaux. La mobilisation pour répondre à ces menaces reste insuffisante. « La dégradation de l'océan se poursuit et s'accélère sur plusieurs indicateurs clés, tandis que les réponses politiques, financières et les efforts de protection demeurent insuffisants, tant en ampleur qu'en rapidité », établit la deuxième édition du baromètre Starfish, lancé il y a un an à l'ouverture de la troisième Conférence des Nations unies pour l'océan (Unoc 3) à Nice. « Des avancées notables en matière de gouvernance témoignent néanmoins d'une mobilisation internationale croissante », constate ce baromètre qui est adossé à l'organisation européenne Mercator Ocean International, intégré au rapport annuel sur l'état de l'océan du service Copernicus Marine, piloté par un comité scientifique réunissant 29 auteurs issus de 14 pays, et dont les résultats sont publiés dans la revue scientifique State of the Planet (1) . Représenté par une étoile de mer à cinq branches, le baromètre fournit des indicateurs sur l'état de l'océan, les pressions humaines, les impacts sociétaux, les efforts de protection et les opportunités pour l'humanité. Multiplication des facteurs de stress En premier lieu, le baromètre met en évidence « une dégradation continue de la santé de l'océan, aggravée par la multiplication simultanée des facteurs de stress climatiques » : élévation du niveau de la mer de 4,2 mm par an sur la période 2012-2025, près du double du rythme observé au cours des décennies précédentes ; vagues de chaleur marines sévères en juin 2025, ayant touché 20 % de l'océan mondial ; stress thermique subi par 84,4 % des récifs coralliens et conduisant à leur blanchissement ; menaces d'extinction pesant sur 1 685 espèces marines ; réduction de la banquise qui a atteint sa deuxième superficie la plus basse depuis 1982 (32,1 Mkm²). Plus grave, les facteurs de stress climatique n'agissent plus de façon isolée. Vingt-cinq pour cent de l'océan supérieur est désormais exposé simultanément à plus de deux facteurs de stress : réchauffement, désoxygénation et acidification. « On commence à avoir des facteurs de stress climatique qui sont multifactoriels », explique Marina Lévy du CNRS, présidente du comité scientifique. « Cela conduit à un stress qui ne cesse d'augmenter sur les récifs coralliens (…), indispensables pour la vie dans l'océan », illustre-t-elle. Alors qu'il est le principal tampon climatique de la planète (90 % de la chaleur excédentaire absorbée), les capacités d'absorption de l'océan stagnent depuis 2016, fragilisé par des phénomènes extrêmes (vagues de chaleur, El Niño). Et les choses devraient empirer. « D'ici à 2100, l'océan pourrait avoir à absorber de deux à quatre fois plus de chaleur si le réchauffement mondial est limité à 2 °C, et jusqu'à cinq à sept fois plus, dans les scénarios d'émissions les plus élevés », a rappelé Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche émérite au CNRS lors d'un webinaire organisé le 29 mai par La Fondation de la mer. Pressions humaines structurellement inchangées Pourtant, les pressions humaines restent structurellement inchangées : record d'émissions de CO2 en 2025 dans le monde (38,1 Mdt) ; stabilité des émissions du transport maritime et report à 2026 de l'adoption du cadre Net Zero de l'Organisation maritime internationale (OMI) ; niveau record de production de déchets plastiques en 2025 (130 Mt) ; 31 contrats d'exploration minière des grands fonds marins en vigueur (même si 40 États se sont positionnés contre toute exploitation) ; 67 % des navires de pêche industrielle opérant dans les aires marines protégées côtières de plus de 1 km2 échappant à tout suivi. Les impacts sociétaux de ces changements sont par conséquent en hausse : 212 milliards de dollars (Md$) de dégâts liés aux tempêtes et inondations en 2024, soit près du double du niveau de 2023 ; coûts de l'assurance maritime portés à 39,9 Md$ (+21 % par rapport à 2021) sous l'influence combinée des risques climatiques et géopolitiques ; coût social du carbone associé aux impacts sur l'océan estimé à 48 dollars par tonne de CO2 ; mort de 8 260 migrants en mer en 2025. Quelques avancées notables dans les efforts de protection Les signes d'une mobilisation existent mais celle-ci apparaît insuffisante. Le baromètre fait ainsi état d'avancées dans les efforts de protection : entrée en vigueur de deux traités internationaux majeurs, le Traité sur la haute-mer (BBNJ) en janvier 2026 et l'Accord de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les subventions à la pêche en septembre 2025 ; les aires marines protégées dépassent 10 % de l'océan mondial (mais seulement 3,2 % sont en protection intégrale ou élevée) ; de nouvelles protections pour les raies et les requins ont été adoptées dans le cadre de la Convention de Washington (Cites). Sur la branche « Opportunités pour l'humanité », le baromètre relève également des éléments positifs : l'investissement dans l'économie océanique se développe avec plus de 40 fonds de capital-risque dédiés (contre quatre en 2018) ; plus de 2 000 startups sont actives dans l'innovation maritime ; l'alimentation mondiale issue de la pêche repose de plus en plus sur des pratiques d'économie circulaire (34 % de la farine et 53 % de l'huile de poisson fournis par les sous-produits de la pêche en 2022). Mais le baromètre met aussi l'attention sur un point de préoccupation important : l'affaiblissement des principaux systèmes d'observation de l'océan in situ (les deux autres piliers étant les satellites et le jumeau numérique de l'océan), réduisant la capacité de protection. « Les bouées ancrées et les observations depuis les navires sont en recul depuis la pandémie, sous l'effet de contraintes budgétaires, d'une réduction du temps de mer et d'un nombre décroissant de personnels qualifiés », rapporte le baromètre. S'y ajoute le désengagement des États-Unis qui ont commencé à retirer des centaines d'instruments d'observation océanographiques. L'initiative OceanEye, lancée officiellement par la Commission européenne le 3 juin, a pour ambition d'enrayer ce déclin.

jeudi 5 mars 2026

Pluralisme média avec le démarrage de la campagne des élections municipales

Cinquante-sept universitaires ont déposé mercredi 4 mars un référé-liberté (une procédure d’urgence) devant le Conseil d’Etat contre l’inertie du régulateur de l’audiovisuel face aux manquements au pluralisme de CNews et Europe 1. Le timing n’est pas anodin, il vise explicitement la campagne officielle des élections municipales, qui a débuté lundi. Dans leur recours, les requérants – des professeurs de droit pour la plupart enseignants dans les grandes facultés parisiennes et régionales, dont Paris-Panthéon-Assas, Paris-I et Bordeaux – s’appuient sur le principe de pluralisme dit «interne», consacré par le Conseil d’Etat en février 2024. Ce principe interdit en théorie à tout éditeur audiovisuel de laisser s’installer un déséquilibre «manifeste et durable» dans la représentation des courants de pensée – au-delà du simple décompte des temps de parole politiques. Dans le viseur des requérants, CNews et Europe 1 et leur complaisance à l’égard de l’extrême droite. Selon Camille Broyelle, professeure de droit à Paris-Panthéon-Assas, une des chevilles ouvrières de la requête, les deux antennes «sont des médias militants et même très militants, ce qui est interdit par la loi» et «leur impact sur l’agenda politique est considérable».

mercredi 10 décembre 2025

Des enjeux importants face à l’objectif de 10 % de réduction des prélèvements d’eau d’ici 2030

En 2022, l’eau potable représente le premier poste de prélèvement dans le bassin Artois-Picardie. Le « plan eau », adopté en 2023, fixe un objectif de réduction de 10 % des volumes d’eau prélevés à l’horizon 2030, en grande partie porté par la consommation d’eau potable domestique. En 2022, celleci s’élève à 201 millions de m³ dans le bassin. Compte tenu des évolutions démographiques et sans anticiper de modifications comportementales, la consommation d’eau potable se stabiliserait à l’horizon 2030 à 200,2 millions de m³. Ce niveau serait nettement supérieur à celui fixé par le « plan eau » : 171 millions de m³. La consommation dépasserait l’objectif dans l’ensemble des territoires du bassin mais les enjeux seraient différents. En effet, plusieurs facteurs peuvent induire une hausse de la consommation comme la croissance démographique ou encore le développement d’activités économiques déjà présentes (tourisme, commerce ou industrie) notamment dans l’Authie et la Canche. Pour en savoir plus : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8675514

Pesticides : 2 300 scientifiques signent une lettre ouverte contre un projet de règlement européen

L'Union européenne veut simplifier les règles autour des pesticides en supprimant l'obligation de faire ré-homologuer les produits de façon périodique. En réponse, quelque 2 300 chercheurs et chercheuses adressent une lettre ouverte au Premier ministre contre cette proposition. Dans une lettre ouverte, 2 300 scientifiques alertent contre un projet européen de simplification de la réglementation sur les pesticides. Ce texte doit être examiné cette semaine à Bruxelles, et prévoit la suppression "du renouvellement périodique systématique de l'agrément pour toutes les substances actives". Pour le président de l'association Alerte médicale sur les pesticides, le docteur Pierre-Michel Perinaud, cela serait synonyme d'une régression de 30 ans en arrière : "Quand une substance active de pesticide bénéficie d'une autorisation, en général c'est sur dix à quinze ans et c'est sur la foi de tests fournis et réalisés par les industriels", explique-t-il. "Le seul moment en pratique où est prise en compte la littérature scientifique, ce sont justement ces réévaluations", affirme-t-il, assurant que c'est cette littérature scientifique "a permis l'interdiction de pesticides sur la base de données assez solides". "Dans le sens d'une utilisation débridée des pesticides" "Ce qui nous paraît, nous, scandaleux, c'est cette suppression qui aboutit de fait à une homologation ad vitam aeternam des substances actives", déplore Pierre-Michel Perniaud. "C'est une régression qui revient à une trentaine d'années en arrière, qui va dans le sens d'une utilisation encore plus débridée des pesticides, alors que toutes les études scientifiques vont dans le sens de leur arrêt. Nous on pense qu'il faut mettre l'accent sur la transition vers un autre modèle agricole". Fin novembre, la commission européenne assurait que les modifications engagées, et donc cette fin du renouvellement périodique des autorisations, ne réduiraient pas le niveau élevé de protection de la santé humaine et de l'environnement.

lundi 8 décembre 2025

Glyphosate : l’une des plus influentes études garantes de la sûreté de l’herbicide rétractée, vingt-cinq ans après sa publication

Directive européenne sur la surveillance des sols

La directive sur la surveillance et la résilience des sols a été adoptée par le Conseil le 29 septembre 2025 et votée au Parlement le 23 octobre 2025. Elle entrera en vigueur le 16 décembre prochain. Les États-membres auront alors 3 ans pour la transposer dans leur droit national. Ce texte, qui constitue la première législation européenne sur les sols, comporte plusieurs volets : une structuration et une harmonisation d'un cadre européen de surveillance des sols (chapitre 2) avec un suivi d’indicateurs (incluant une liste indicative de contaminants des sols (article 8)) et un protocole d’échantillonnage (cf. annexes I et II), une promotion de la résilience des sols et des modalités de gestion durable des sols, associée à la mise en œuvre de principes d’atténuation de l’artificialisation des terres (chapitre 3) et un dernier volet consacré à la gestion des sites et sols contaminés (chapitre 4), avec en particulier la publication d’une liste publique des sites potentiellement pollués.

vendredi 28 novembre 2025

Le TFA pourrait rendre nos eaux potables non conformes

Le TFA pourrait rendre nos eaux potables non conformes Publié le 15 novembre 2024 Le TFA fait partie des PFAS, ces polluants éternels préoccupants. Non réglementé à ce jour, il n’est pas rare qu’on le retrouve dans les eaux européennes, y compris de consommation. Une récente décision de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) pourrait faire évoluer la situation. Le flufénacet, un herbicide qui se désagrège dans l’environnement en acide trifluoroacétique (TFA), est un perturbateur endocrinien. C’est la conclusion de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), publiée le 27 septembre 2024, le considérant à ce titre comme susceptible de perturber le système hormonal de l’homme et des mammifères sauvages. L’information est passée inaperçue. Elle est pourtant loin d’être anodine, souligne Générations Futures, association de défense de l’environnement. Des évaluations qui traînent Le flufénacet, principalement utilisé sur des cultures de céréales (blé et orge), est l’un des herbicides les plus vendus dans l’Union européenne (UE). En France, les ventes sont passées de moins de 100 tonnes en 2008 à 911 tonnes en 2022. Pourtant, le flufénacet est dans une situation des plus paradoxales. Il avait été autorisé en 2004 pour une période de 10 ans qui a expiré fin 2013. Il était, depuis, en cours d’évaluation par les agences européennes en vue d’un possible renouvellement de son autorisation. En attendant, il a fait l’objet de 9 procédures de prolongation. Ce n’est donc que le 27 septembre dernier, avec 11 ans de retard, que l’Efsa a mis un point final à ce dossier en classant l’herbicide comme perturbateur endocrinien. Générations Futures y voit une première raison non négociable d’interdire immédiatement le flufénacet dans l’UE. Un pesticide qui se dégrade en PFAS Il y en a une deuxième. Une fois épandu, le flufénacet se désagrège petit à petit, dans l’environnement, en d’autres substances chimiques dont l’acide trifluoroacétique, plus connu sous le sigle TFA. Cette molécule fait partie de la vaste famille des PFAS, composés chimiques, synthétisés par l’homme à partir d’hydrocarbures et avec pour point commun d’être composés à base d’atomes de carbone et de fluor, reliés par des liaisons chimiques particulièrement stables. Une aubaine pour les industriels qui les utilisent depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes, antitaches et résistantes aux chaleurs extrêmes. Les pesticides PFAS, dont fait partie le flufénacet, ne sont qu’une de ces applications. Le revers de la médaille ? En raison de cette même stabilité de leurs liaisons carbone-fluor, ces PFAS sont aussi persistants, bioaccumulables et très difficiles à éliminer, d’où leur dénomination de « polluants éternels ». Ils s’accumulent ainsi depuis 70 ans dans l’environnement et, de facto, dans nos organismes, principalement via les aliments et l’eau qu’on ingère. Si nos connaissances restent limitées sur ces PFAS, des études convergent pour leur attribuer des effets néfastes sur la santé. Ils sont ainsi soupçonnés d’être cancérogènes (foie, reins), perturbateurs endocriniens, de favoriser l’obésité et le diabète, d’affecter la fertilité ou le développement du fœtus, etc. Le TFA est l’un de ces polluants éternels aux effets sanitaires mal documentés et non réglementés à ce jour. En s’appuyant sur des études indiquant une toxicité du TFA sur le foie et la reproduction, l’Allemagne propose de classer cette molécule comme un reprotoxique probable pour l’homme, pouvant à ce titre altérer la fertilité de l’homme ou de la femme ou altérer le développement de l’enfant à naître. Une requalification qui fait bouger les lignes Une certitude, lorsqu’il est recherché, le TFA est régulièrement retrouvé dans les analyses d’eaux naturelles ou les eaux potables. Les sources d’émissions de ce PFAS sont multiples, mais la dégradation du flufénacet en est une majeure. Et connue depuis longtemps, dénonce Générations Futures qui fait référence aux modélisations réalisées dans le cadre du dossier d’évaluation du flufénacet par l’Efsa. « Celles-ci ont montré que la dégradation du flufénacet conduit, à de rares exceptions près, à des concentrations de TFA dans les eaux souterraines toujours supérieures à 10 microgrammes par litre (µg/l) », indique Générations Futures. Et rappelle que ces données sont dans le dossier d’évaluation du flufénacet depuis 2017 et que c’est la France, via l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui a été chargée par l’Efsa, avec la Pologne, de conduire cette évaluation. « Ainsi, depuis plus de sept ans, l’Anses sait que l’usage de cet herbicide entraîne une contamination inacceptable par le TFA », s’insurge-t-elle. Cette requalification du flufénacet comme perturbateur endocrinien pourrait enfin faire bouger les lignes en forçant les autorités françaises à inclure le TFA à la liste des PFAS sous surveillance dans les eaux naturelles et potables. Jusqu’à, à terme, l’inclure systématiquement dans les molécules recherchées lors des contrôles sanitaires de l’eau potable en France. Ça va finir par arriver, parie Générations Futures, qui met en garde alors contre l’impasse réglementaire à venir. Car il reste une question centrale : quelle limite de qualité réglementaire appliquer au TFA dans l’eau potable ? Tout dépend de la façon dont on classe le TFA : métabolite pertinent, c’est-à-dire potentiellement dangereux, ou simplement non pertinent. Vers des eaux potables massivement non conformes ? Si les autorités françaises appliquent bien la méthodologie d’évaluation proposée par l’Anses, il n’y a plus à tergiverser. Selon l’agence, dès lors qu’une substance active (ici le flufénacet) est un perturbateur endocrinien, alors « ses métabolites doivent être considérés par défaut comme pertinents ». Or, pour ceux-ci, la réglementation française prévoit une limite de qualité de 0,1 µg/l dans l’eau potable. En clair, si le TFA dépasse ce seuil, l’eau devrait être considérée comme « non conforme » à la norme de qualité. Et ça serait le cas pour une part très importante de l’eau potable en France, présage Générations Futures. L’association s’appuie notamment sur les échantillons d’eau potable analysés par le réseau Pesticide Action Network (PAN) Europe dans une dizaine de pays de l’Union européenne, dont la France, entre mai et juin dernier. Cette limite de conformité de 0,1 µg/l était dépassée dans 86 % des cas et dans 3 échantillons d’eau testés dans l’Hexagone sur 4. Un taux de TFA de 2,1 µg/l a ainsi été retrouvé dans un échantillon d’eau du robinet prélevé à Paris, soit une teneur 20 fois supérieure au seuil de qualité. Dans un échantillon prélevé à Metz, on était à 0,5 µg/l. L’eau en bouteille n’est pas non plus épargnée. Sur 19 échantillons d’eaux en bouteille, des traces de TFA ont été retrouvées dans 12 d’entre eux. Certes, les teneurs moyennes retrouvées (278 ng/l) sont inférieures à celles de l’eau du robinet (740 ng/l). Tout de même, la plus haute concentration relevée sur ces 19 échantillons d’eaux minérales était de 3,2 µg/l. Bien au-dessus, donc, du seuil de 0,1 µg/l qui pourrait être retenu en France si le TFA est bien reconnu comme un métabolite pertinent du flufénacet. Les producteurs d’eau potable confrontés à un dépassement de la limite de 0,1 µg/l pourront toujours demander aux préfets une dérogation, pour une durée maximale de 6 ans, leur permettant de distribuer une eau non conforme à la limite de qualité, précise Générations Futures. Mais à condition seulement qu’ils mettent en place des mesures visant à diminuer ces concentrations de TFA dans l’eau qu’ils distribuent. Or, les solutions techniques permettant d’éliminer les PFAS dans l’eau sont aujourd’hui loin d’être matures et dans tous les cas coûteuses et énergivores. Générations Futures y voit un argument de plus pour agir à la source sur cette pollution des eaux au TFA, en interdisant sans attendre, dans l’UE, le flufénacet.

vendredi 21 novembre 2025

Guerre en Ukraine : l'Europe et la trahison américaine

Ce n'est pas un plan de paix, mais les préparatifs d'une offensive russe décisive que propose Trump à l'Ukraine. L'Europe restera-t-elle sans rien faire devant ce qui ressemble à un nouveau Munich, s'interroge Dominique Moïsi (géopolitologue, conseiller spécial de l’Institut Montaigne.)? « Donald Trump est-il un agent au service de Moscou ? ». C'était la question que je posais dans ma chronique en date du 21 février dernier, dans les colonnes des Echos. Cette interrogation est d'une troublante actualité au lendemain des révélations sur le très probable« Plan de Paix en vingt-huit points » sur l'Ukraine, distillé par la presse. Il est difficile de voir en ce projet autre chose qu'un Plan Poutine. Son contenu, et plus encore presque, son calendrier, semblent correspondre, pour l'essentiel, aux intentions et aux intérêts du Maitre du Kremlin. Zelensky, au lendemain des révélations sur un scandale de corruption qui touche son entourage proche, n'a jamais paru plus vulnérable. Et la Russie multiplie les frappes sanglantes contre des objectifs civils ukrainiens. Une trahison préparée de longue date Le message est clair. « Vous n'allez pas sacrifier vos vies pour un régime corrompu ». « Vous avez perdu, capitulez, si vous ne voulez pas faire face à un hiver dans les ténèbres et le froid ». C'est ce moment privilégié vu de Moscou, que Trump choisit pour « trahir » ouvertement l'Ukraine. En février dernier, j'évoquais dans ma chronique, l'année 1756 et le concept de renversement d'alliance. L'Amérique s'aligne clairement sur l'agresseur, la Russie, au détriment de l'agressé, l'Ukraine, tout comme la France avait choisi hier l'Autriche au détriment de la Prusse. Cette trahison de Kiev par Washington semble avoir été préparée de longue date. Elle s'est avancée masquée, à l'abri depropos délibérément ambigus (« Poutine me mène en bateau… je suis très déçu par lui »). Mais à la lecture du Plan Trump, qui n'est pour l'essentiel que la réitération du Plan Poutine, le doute n'est pas permis. Si Trump n'est pas un agent de Moscou au sens propre du terme, pourquoi se comporte-t-il comme s'il était le joker du Kremlin ? Est-il « tenu » par une Russie héritière de l'histoire et des méthodes de l'URSS qui a sur lui des secrets (de nature probablement plus financière que sexuelle) : une sorte de dossier Epstein bis ? Ce que Washington s'apprêterait à proposer (à imposer ?) à Kiev n'est rien moins qu'une capitulation. L'acceptation des conquêtes territoriales réalisées par la Russie en près de quatre années de guerre, et même un peu plus, avec par exemple, il suffit de regarder les cartes, une frontière russe qui se rapprocherait dangereusement d'Odessa. Et la réduction de moitié de l'armée ukrainienne, ainsi que l'interdiction faite aux alliés de Kiev de livrer de nouvelles armes à l'Ukraine. Et tout cela contre « une garantie de sécurité » offerte par l'Amérique. Ce n'est pas un Plan de Paix, ce sont les préparatifs d'une nouvelle offensive, plus complète et plus décisive. Tout se passe, pour faire référence à l'Othello de Shakespeare, comme si Iago (Trump) offrait sa garantie de protection à Desdémone (Zelensky). L'Histoire se répète 1938-2026 : l'Histoire ne balbutie pas. Elle se répète. Avec la même inexorable conclusion : la guerre qui vient. Munich hier, Kiev aujourd'hui. Le déshonneur aujourd'hui, la guerre demain. La « Ministre des Affaires étrangères de l'Europe », l'ancienne Première ministre d'Estonie, Kaja Kallas sait trouver les mots justes pour dénoncer cette « trahison ». Mais elle n'en « impose pas » face à Trump et Poutine. La féminité et la grâce en plus, le faux irénisme en moins, elle est plus proche de Daladier et de Chamberlain que de Churchill. Sommes-nous à ce point aveugles pour ne pas voir que, comme en 1938, ce qui se profile à l'horizon c'est la guerre en Europe dans son ensemble ? Il existe pourtant une différence majeure entre 1938 et 2025. En 1938, l'Amérique était la spectatrice de la trahison de l'Europe. En 2025, est-ce l'Europe qui sera la spectatrice de la trahison de l'Amérique ? Ou bien un miracle peut-il se produire ? L'Europe saura-t-elle tirer les leçons de l'Histoire, galvanisée comme elle devrait l'être, par le courage et la résilience du peuple ukrainien ? Révulsée aussi par le comportement de l'Amérique, saura-t-elle dépasser ses divisions internes ? Et transcender ses problématiques anachroniques en substituant son aide et sa garantie à celle de l'Amérique ? Bref se comporter en adulte ? La réponse devrait être simple, tant le défi est évident. Une fois ayant transformé l'Ukraine en Biélorussie, la Russie n'en restera pas là. Sommes-nous à ce point aveugles pour ne pas voir que, comme en 1938, ce qui se profile à l'horizon c'est la guerre en Europe dans son ensemble ? Une guerre qui a déjà commencé, avec la stratégie de tension permanente mise en oeuvre par la Russie de Poutine. Nous avons la capacité de dire « Non » à ce très probable diktat américano-russe. En avons-nous la volonté ? Dominique Moïsi est géopolitologue.

lundi 20 octobre 2025

Cour des comptes : rapport sur le réseau des chambres d'agriculture depuis leur régionalisation

Voir le récent rapport de la Cour des comptes. La partie sur l'accompagnement des transitions (phyto, eau, bio) commence p.61. Les chambres d’agriculture, créées en 1851 et devenues dans les années 1960 un vecteur majeur du conseil aux paysans, jouent aujourd’hui encore un rôle central auprès des agriculteurs dans un contexte de transitions économique, sanitaire, environnementale et de souveraineté. Régies par le statut d’établissements publics et gouvernées par des élus, elles regroupent 100 établissements, emploient 8 200 salariés et disposent d’un budget annuel de près de 800 M€, financé pour les trois quarts par des ressources publiques. La Cour des comptes, dans son rapport, porte une appréciation sur leur fonctionnement et leur action, en examinant l’effectivité de leur structuration en « réseau des chambres d’agriculture », leur performance économique et financière, l’exercice des missions de service public, ainsi que la tutelle exercée par l’État. Si des avancées récentes sont à mettre à l’actif du ministère de l’agriculture et de Chambres d’agriculture France, des transformations restent nécessaires afin de renforcer la cohérence du réseau, l’accompagnement des agriculteurs dans les transitions et la responsabilité budgétaire, alors que le nombre de paysans continue de diminuer et que la part de l’agriculture dans le PIB s’est stabilisée à moins de 2 %. Une régionalisation inaboutie Depuis 2016, les pouvoirs publics ont poussé les chambres d’agriculture à renforcer leur échelon régional afin de gagner en efficacité, avec le décret du 13 mai 2016 imposant la mutualisation des services supports et la possibilité de fusionner les chambres départementales. En 2025, le paysage institutionnel reste pourtant marqué par des niveaux encore limités et disparates d’intégration : la plupart des chambres départementales ont conservé leur existence juridique pleine et entière et la mutualisation des fonctions demeure inégale et insuffisante. Cinq chambres de région ont bien été créées et certaines régions, comme la Bretagne, la Normandie ou les Pays de Loire, ont expérimenté une organisation plus intégrée, mais ailleurs la réforme se heurte à la persistance du fait départemental, voire à des résistances directes. A l’issue de la période couverte par le contrat d’objectifs et de performance (COP), de 2021 à 2025, la Cour souligne que les dispositions du décret doivent désormais être respectées sans délai et recommande de généraliser les chambres de région avec des chambres territoriales comme outil de proximité, de régionaliser la légitimité électorale et d’engager une réforme du financement par la taxe pour frais de chambres afin qu’elle relève du niveau national, comme dans les deux autres réseaux consulaires. Une dynamique d’intégration dont la tête de réseau et l’État doivent encore pleinement s’emparer. Le renforcement de l’efficacité du réseau des chambres d’agriculture passe par celui de sa tête et de ses moyens d’action, ainsi que par l’effectivité de la tutelle de l’État au niveau national et local. L’élaboration en 2019 d’un premier projet stratégique commun et, en 2021, d’un premier contrat d’objectifs et de performance signé avec l’État ont posé les bases d’une intégration renforcée. Depuis 2022, la tête de réseau dispose de compétences juridiques élargies et d’un pouvoir de sanction reconnu par la loi d’orientation agricole du 24 mars 2025, mais elle doit encore mieux faire respecter ses normes, assurer l’unification des systèmes d’information, moderniser la gestion des ressources humaines et immobilières, et développer les incitations financières à l’intégration. Le plein exercice de la tutelle reste un corollaire indispensable : la tutelle budgétaire doit être adaptée aux situations dégradées, la tutelle juridique clarifiée pour s’appliquer plus efficacement, et une tutelle « métiers » doit être structurée autour du prochain contrat d’objectifs. Enfin, une vigilance accrue est nécessaire face aux irrégularités constatées par la Cour, notamment en matière de gouvernance, de subventions syndicales, de participations financières, de fiscalité et de probité. Des missions à recentrer sur l’accompagnement de l’agriculture française dans les transitions Le réseau des chambres d’agriculture exerce aujourd’hui une grande diversité de missions. Celles-ci devront être recentrées sur quelques priorités claires autour de l’accompagnement des agriculteurs dans les transitions économique, sanitaire et environnementale. En matière de missions de service public, le réseau devra assumer à compter du 1er janvier 2026 de nouvelles responsabilités pour l’identification animale, et améliorer dès le 1er janvier 2027 sa contribution à l’installation et à la transmission des exploitations dans le cadre de France Services Agriculture. Le réseau et la tutelle devront s’assurer des moyens nécessaires à l’exercice de ces missions, en retraçant mieux l’évolution de l’impact de celles qui sont abandonnées ou transférées vers les chambres. Afin de mieux accompagner les agriculteurs dans les transitions, le déploiement d’un conseil global et stratégique, dans le cadre d’une offre nationale de services rationalisée, doit devenir une priorité affirmée du réseau et de l’État. La stratégie numérique devra également s’amplifier, notamment autour du portail « Mes Parcelles », afin de renforcer l’efficacité et la cohérence de l’action. Enfin, le réseau devra mieux répondre aux enjeux environnementaux par un engagement beaucoup plus marqué en faveur de l’agroécologie et de l’agriculture biologique, ainsi que dans la gestion de l’eau et de la forêt. Une lisibilité financière et une efficience du réseau qui doivent progresser La situation financière du réseau des chambres d’agriculture reste marquée par un manque de lisibilité et de fiabilité. La Cour a constaté la difficulté à consolider les comptes des différents niveaux malgré les travaux engagés pour automatiser la remontée des données d’ici 2026. Les produits du réseau se sont élevés à 794 millions d’euros en 2023, dont près des trois quarts issus de ressources publiques. Dans le même temps, les charges d’exploitation, dominées par les frais de personnel (56 % en moyenne, jusqu’à 70 % Outre-mer), ne diminuent pas. Si certaines chambres ont dégagé des excédents, près de 42 % étaient déficitaires en 2023. La situation est particulièrement fragile en Corse et Outre-mer, où la conjonction de difficultés structurelles agricoles et de choix de gestion discutables réduit la capacité contributive. Le prochain contrat d’objectifs et de performance devra fixer des cibles plus ambitieuses, garantir une comptabilité analytique fiable, généraliser la certification du service rendu et assurer le suivi des gains attendus de la mutualisation, qui n’a pas encore produit les économies espérées malgré un budget régional en hausse de 50 à 70 millions d’euros par an depuis 2017.

Placer la PAC dans un fonds plus large pourrait « pousser les instances agricoles à s’ouvrir » à d’autres secteurs, estime Collectif Nourrir

Cette réforme pourrait permettre d’impliquer davantage les secteurs de l’environnement et de la santé dans les négociations agricoles à venir, ce qui aurait un « effet positif », souligne le collectif, dans une note, le 15 octobre. Le collectif s’inquiète, à l’instar de l’Iddri, de la subsidiarité accrue concédée aux États dans l’élaboration de leurs plans de partenariats régionaux et locaux et de la faiblesse des prérogatives de la Commission pour les suivre et les contrôler. Collectif Nourrir redoute ainsi que les 300 milliards d’euros sanctuarisés pour l’agriculture dans la future PAC soient essentiellement employés par les États pour financer les paiements à la surface, au détriment des mesures environnementales et de la transition. S’il estime que la dégressivité et le ciblage sont « une bonne idée », ces mesures risquent néanmoins de produire peu d’effets, au vu de la marge de manœuvre concédée aux États. Le collectif suggère ainsi de durcir les critères de l’agriculteur actif et de renforcer les outils de l’organisation commune des marchés pour maîtriser les prix et les volumes. Il propose aussi que des objectifs environnementaux clairs et des financements spécifiques soient inclus dans la PAC, et qu’un socle commun minimal soit défini pour les pratiques de protection, qui doivent succéder aux bonnes conditions agricoles et environnementales.

Les services de la Commission estiment que l’ARN et les ciseaux moléculaires pourraient être une « alternative » aux pesticides

En plus du biocontrôle, « deux technologies majeures basées sur l’ADN ou l’ARN présentent un intérêt particulier : les technologies ARNi et Crispr-Cas », conclut ainsi le Centre commun de recherche de la Commission (JRC), dans un rapport, publié en octobre. Ces technologies d’édition génique, aussi employées pour obtenir les plantes dites « NGT », pourraient être utiles pour concevoir des « alternatives » aux pesticides chimiques, estiment ses chercheurs. Les services de la Commission les jugent ainsi « prometteuses » pour lutter contre les insectes ravageurs et la sécheresse, bien qu’elles se heurtent à plusieurs obstacles, puisque seulement quelques-unes sont actuellement autorisées. Estimant « peu probables » leurs effets indésirables sur les espèces non ciblées, le JRC préconise donc de démontrer leur sûreté par une évaluation des risques, « tant pour les plantes modifiées que pour les produits transitoires ». « Il est essentiel de répondre aux préoccupations concernant l’efficacité, la sécurité, l’absence de résistance, les considérations éthiques et la réglementation », assurent-ils, rappelant qu’il n’existe aucune réglementation juridique harmonisée spécifique aux protocoles basés sur l’ARNi et Crispr-Cas pour évaluer ces nouveaux pesticides.

L'UE continue d'exporter des milliers de tonnes de pesticides interdits

En 2024, l'Union européenne a exporté à l'étranger plus de 120 000 tonnes de pesticides interdits sur son propre territoire, soit une augmentation de 50 % par rapport à 2018, comme le révèle un rapport publié fin septembre par Public Eye et Unearthed. Si l'on tient compte du Brexit en retirant les exportations du Royaume-Uni des statistiques de 2018, les exportations de pesticides interdits de l'UE ont en réalité plus que doublé entre 2018 et 2024. L'Allemagne a désormais remplacé le Royaume-Uni comme premier exportateur de l'UE, avec environ 50 000 tonnes expédiées, représentant plus de 40 % du volume total déclaré à l'exportation par le bloc l'année dernière. La France, malgré une interdiction d'exporter les pesticides contenant des substances interdites dès 2022 (loi Égalim), a continué d'en exporter plus de 6 000 tonnes l'an dernier, dont une bonne partie au Brésil. L'interdiction n'est pas appliquée intégralement à cause de failles dans la loi, notamment car elle ne cible pas l'exportation des substances actives pures, ce qui a permis aux entreprises de continuer à les exporter. Ces substances sont interdites d'usage dans l'UE en raison de leur dangerosité avérée pour la santé et l'environnement. Pourtant, elles continuent d’être produites et vendues hors de nos frontières. Le dichloropropène, neurotoxique banni en 2007, la picoxystrobine, interdite depuis 2017 pour ses effets génotoxiques, ou encore le fipronil, reconnu responsable de l'effondrement des populations de pollinisateurs, en sont quelques exemples.

lundi 13 octobre 2025

Le Parlement européen vote pour assouplir encore davantage la conditionnalité environnementale de la PAC

Les amendements issus de la commission de l’agriculture ont été adoptés, le 8 octobre, lors du vote en plénière sur le rapport du Parlement sur le paquet simplification de la Politique agricole commune actuelle. Il a été approuvé avec 492 voix pour, 111 contre, et 39 abstentions. Assouplissant encore davantage la définition – et la protection – des prairies permanentes (BCAE 1), les députés demandent aussi la suppression des BCAE 5 (protection des sols contre l’érosion) et 9 (protection des prairies permanentes des zones Natura 2 000). Ils souhaitent que les exploitations mixtes, en conversion, ou situées dans des zones Natura 2 000 soient exemptées de conditionnalité. Le WWF et le Bureau européen de l’environnement ont déploré ce résultat, qui entérine ainsi le mandat du Parlement pour les négociations à venir avec la Commission et le Conseil de l’UE. Le premier trilogue est prévu pour le 17 octobre. Découvrez le kit de survie de Contexte Agro pour les négociations à venir.

Réchauffement des océans : le constat alarmant du rapport européen Copernicus

Réchauffement, pollution, perte de biodiversité... la santé des océans continue de se dégrader. Le 9e rapport sur l'état des océans publié par l'Institut européen Copernicus et l'organisation scientifique Mercator Ocean International montre que tous les océans du monde sont désormais menacés. Alors que les océans couvrent plus de 70% de la surface du globe, "aucune partie de l'océan n'est épargnée par la triple crise planétaire : la pollution, la perte de biodiversité et le changement climatique". Les conclusions du rapport de l'Institut européen Copernicus et l'organisation scientifique Mercator Ocean International publié le 30 septembre 2025 montrent que l'état de santé des océans continue de se dégrader. Le rapport annuel sur l'état des océans (OSR), lancé en 2015, rend compte de l'état de la variabilité et des changements en cours dans l'environnement marin de l'océan mondial et des mers régionales européennes au cours des dernières décennies. L'édition 2025 met l'accent sur les événements extrêmes de 2023 et 2024 et sur l'interdépendance profonde des impacts du changement océanique avec les changements dans les écosystèmes marins, les sociétés humaines, la culture et l'économie. Réchauffement, montée des eaux, acidification, fonte des glaces... Les travaux de 70 scientifiques d'Europe et du monde entier ont permis de constater de nombreux changements océaniques : un réchauffement record de la température de l'océan en 2024 (il absorbe 90% de l'excès de chaleur généré par les émissions de gaz à effet de serre). La température a dépassé les 21°C en surface, atteignant un niveau record au printemps 2024 ; une montée sans précédent du niveau de la mer (228 millimètres entre 1901 et 2024) qui met en danger près de 200 millions de personnes installées le long des côtes mais aussi des sites du patrimoine mondial de l'Unesco ; le développement d'espèces invasives, comme le crabe bleu dans le delta du Pô et les vers à feu barbus (vers marins d'origine tropicale ou équatoriale) en Sicile ; une hausse de l'acidification des océans ; le déclin de la glace de l'Arctique (quatrième plus bas niveau historique entre décembre 2024 et mars 2025 avec, en mars 2025, une surface de glace inférieure de 1,2 million de kilomètres carrés par rapport à la moyenne hivernale de long terme). Ces phénomènes menacent les espèces et les écosystèmes et affaiblissent le rôle de l'océan dans la stabilité climatique mondiale. ntensification des canicules marines en 2023 et en 2024 Le réchauffement concerne toutes les zones maritimes mais touche plus rapidement les mers semi-fermées, en particulier la mer Méditerranée (4,3 °C au dessus des normales de mai 2022 à janvier 2023) tandis que la température des eaux de l'Atlantique Nord est passée pour la première fois au dessus des 20 °C en 2023. Le rapport analyse plus particulièrement les vagues de chaleur marines (VCM) devenues plus intenses et plus fréquentes et plus longues. Il s'agit de "hausses extrêmes de la température de l'océan pendant une période prolongée" selon Copernicus. En 2023, la plus longue vague de chaleur depuis 40 ans a été relevée en Méditerranée. Conséquences : des espèces invasives (crabe bleu, par exemple) se sont propagées, entraînant d'importantes pertes économiques pour la pêche en Italie. Au Canada, au large de la Nouvelle-Écosse, la chaleur des fonds océaniques a fait fuir les homards entraînant une hausse de leur capture entre 2008 et 2023. Sur le plateau de Terre-Neuve, la faiblesse des vents mais aussi notamment la forte densité d'eau douce ont favorisé une VCM de surface aux températures "inhabituellement élevées" pendant l'été et l'automne 2023.

jeudi 25 septembre 2025

Une septième « limite planétaire » vient d’être franchie, la Terre est en train de devenir inhabitable

 ENVIRONNEMENT - La Planète bleue est gravement malade. Le niveau d’acidification des océans, qui regroupent 97 % de l’eau sur Terre, a dépassé la limite compatible avec des écosystèmes stables et durables, a annoncé, ce mercredi 24 septembre, un rapport d’un institut de recherche. Et conclut que sept des neuf « limites planétaires » sont maintenant franchies.

Créées en 2009 sous l’impulsion du scientifique suédois Johan Rockström, les limites planétaires désignent les différents points à ne pas dépasser pour garder la planète dans un état vivable. Une trentaine de chercheurs estimaient il y a quinze ans que l’humanité avait « transgressé au moins trois limites planétaires ». Depuis, les bilans annuels de l'Institut de recherche sur le climat de Potsdam (PIK) ont montré une dégradation continue.

Celui de 2025 indique que la limite de « l’acidification des océans » vient d’être franchie. « L’océan est en train de s’acidifier, menaçant la vie marine et nous faisant entrer dans des conditions dangereuses, avec une tendance qui s’aggrave encore », ont écrit ses chercheurs. En d’autres termes, ce sont tous les écosystèmes marins qui sont menacés, comme en atteste le blanchissement des récifs coralliens, phénomène annonciateur de leur mort.

Excès de CO2 et révision des calculs

La principale cause de l’acidification des océans est l’absorption de dioxyde de carbone (CO2) émis avec la combustion d’énergies fossiles. Les scientifiques estiment que les océans ont absorbé environ 30 % de l’excès de CO2 relâché dans l’atmosphère par la combustion de pétrole, de gaz et de charbon.

La hausse de l’acidification par rapport aux chiffres publiés l’an dernier est également due en partie à une amélioration des données et à une révision des calculs.

Les six autres seuils déjà dépassées concernent le changement climatique (CO2 dans l’atmosphère), l’intégrité de la biosphère (extinction d’espèces et appropriation des ressources par l’humanité), mais aussi l’usage des sols (déforestation), le cycle de l’eau douce (zones touchées par la sécheresse ou les inondations), les cycles biogéochimiques (ajout d’engrais et pesticides) et l’introduction d’entités nouvelles dans la biosphère (plastiques et autres produits chimiques industriels).

Les deux limites planétaires non franchies restent les aérosols dans l’atmosphère (pollution de l’air) et le niveau d’ozone dans la stratosphère.

Le fonctionnement de la chaîne alimentaire perturbé

Si l’acidité se mesure à l’aide du pH, la référence pour cette limite est la concentration en aragonite, un minéral indispensable à la vie des coraux et animaux marins à coque. Plus l’océan est acide, plus l’aragonite se désagrège.

La limite avait été définie à 80 % de la concentration à l’ère pré-industrielle. Et les océans sont descendus sous ce niveau. « Le pH à la surface de l’océan a déjà baissé d’environ 0,1 depuis le début de l’ère industrielle. C’est l’équivalent d’une hausse de 30 à 40 % de l’acidité », relèvent les scientifiques. « Ce changement menace les organismes qui forment des coques ou squelettes en carbonate de calcium, comme les coraux, les mollusques ou des espèces cruciales du plancton. La disparition progressive de ces organismes peut perturber la chaîne alimentaire », s’inquiètent-ils.

« La vie marine va s’amenuiser. C’est très inquiétant car pour chacune des cinq grandes extinctions précédentes, la vie s’est effondrée dans les océans puis sur terre. Et la vie marine est indispensable », déplorait également Dominique Bourg, professeur des sciences de l’environnement à l’université de Lausanne, dans une interview au HuffPost en septembre 2023.

lundi 13 janvier 2025

Émissions carbone : Il a fallu 2 heures à Bernard Arnault pour polluer autant que vous en un an

 Le 10 janvier 2025, une nouvelle étape dramatique de la crise climatique a été atteinte. Les 1 % les plus riches de la planète, responsables d’émissions de gaz à effet de serre colossales, ont déjà épuisé leur quota annuel de carbone. Pendant ce temps, la moitié la plus pauvre de la population mondiale mettrait plus de trois ans à consommer la même quantité. Comment expliquer un tel déséquilibre, et surtout, comment y remédier ?

Une consommation disproportionnée et inégalitaire

Selon un rapport d’Oxfam, les 1 % les plus riches sont responsables de 15,9 % des émissions mondiales, contre seulement 7,7 % pour les 50 % les plus pauvres. Ces élites économiques, dont les revenus annuels dépassent 140 000 dollars (en parité de pouvoir d’achat), émettent en moyenne 76 tonnes de CO2 par personne et par an, soit 38 fois plus que le quota nécessaire pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C.

Tableau comparatif des émissions de CO2 en 2025 : 

Catégorie socio-économiqueEmissions moyennes (tonnes CO2/personne/an)Durée pour consommer le budget annuel (2 tonnes)
1 % les plus riches7610 jours
50 % les plus pauvres0,71 022 jours

Un mode de vie à très forte empreinte carbone

Les jets privés, yachts et résidences luxueuses des ultra-riches sont emblématiques de leur consommation énergétique excessive. Par exemple, un yacht peut polluer jusqu’à 7 000 tonnes de CO2 en une seule année, tandis qu’un vol transatlantique en jet privé émet plusieurs tonnes de GES. Ces pratiques contrastent fortement avec les efforts demandés à la majorité pour réduire leur empreinte carbone.

Oxfam souligne également que ces émissions ne se limitent pas au style de vie personnel. Les investissements massifs dans des secteurs polluants, comme l’industrie fossile, contribuent largement à l’aggravation de la crise climatique. Selon Nafkote Dabi, responsable climatique chez Oxfam International : « Les riches pollueurs privent des milliards de personnes de leur avenir pour satisfaire leur avidité ».

Des conséquences mondiales dévastatrices

Les inégalités climatiques entraînent des pertes économiques, des migrations forcées et des décès évitables, principalement dans les pays du Sud global. Entre 1990 et 2025, les émissions excessives des 1 % les plus riches ont causé des dommages estimés à des milliers de milliards de dollars, des récoltes détruites et des millions de morts liés à des vagues de chaleur. Exemple chiffré : en Asie du Sud, 40 % des décès dus à la chaleur affecteront les populations les plus vulnérables.

Cependant, plusieurs propositions émergent pour limiter l’impact des plus riches sur le climat :

  • Taxer les produits de luxe à forte empreinte carbone, comme les jets privés et les yachts.
  • Imposer une réduction des émissions de 97 % d’ici 2030 pour les 1 % les plus riches.
  • Créer un fonds mondial pour le financement climatique, financé par des taxes sur les grandes fortunes, afin d’aider les pays vulnérables à s’adapter aux changements climatiques.
  • Interdire les investissements polluants, en régulant plus strictement les marchés financiers et les grandes entreprises.

A investir dans l'écologie

Au deuxième trimestre, les entreprises mondiales ont versé presque 660 milliards d'euros de dividendes, un chiffre en hausse de 3 % sur ...