On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. Le Petit Prince (1943) de Antoine de Saint-Exupéry
lundi 29 juin 2026
L’usage des pesticides augmente à nouveau en France, en particulier les substances de la famille des « polluants éternels »
Devant l’absence de mise à jour récente de l’indicateur historique par l’Etat, l’association Générations futures publie, jeudi, son propre calcul, à partir des données de ventes de produits et en se fondant sur la méthodologie officielle.
Devant l’absence de mise à jour de l’indicateur historique, Générations futures publie, jeudi 25 juin, son propre calcul, à partir des données de ventes de produits et en se fondant sur la méthodologie officielle. Selon l’association, le NODU a augmenté d’environ 6 % entre 2023 et 2024, dernière année pour laquelle les données sont disponibles. Depuis 2019, note l’ONG, l’indicateur suit une tendance à la hausse et a grimpé de plus de 10 %.
Le ministère de l’agriculture va-t-il continuer à publier l’indicateur historique d’usage des pesticides en France, comme il s’y était engagé ? Rien n’est moins sûr. Baptisé « NODU » (nombre de doses unités) celui-ci est calculé chaque année sans interruption depuis 2009 pour suivre le recours de l’agriculture à ces intrants de synthèse. Mais, en février 2024, un nouveau référentiel a été introduit, reprenant le très contesté indice européen dit « HRI-1 ».
Le recours aux pesticides n’a donc jamais été aussi élevé depuis cinq ans. A son lancement en 2009, le plan Ecophyto avait pourtant pour ambition de voir baisser de 50 % le NODU en dix ans. Cet objectif, plusieurs fois repoussé – avec les plans Ecophyto 2, Ecophyto 2 +, puis Ecophyto 2030 – n’a jamais été atteint, pas plus que n’a été obtenue une baisse effective du recours aux pesticides. Selon les dernières données communiquées par le ministère de l’agriculture, le NODU s’est élevé de près de 8 % entre la fin des années 2000 et 2023.
Disparités d’usage
Le nouvel indice adopté par le ministère – jugé trompeur par le conseil scientifique du plan Ecophyto, mais aussi par d’autres groupes d’experts européens –, se montre bien plus conciliant puisqu’il baisse de près de 50 % sur la même période.
Le NODU masque toutefois des disparités d’usage, selon le danger des produits. L’utilisation du glyphosate, par exemple, ne montre pas d’orientation à la baisse. Entre 2023 et 2024, les tonnages de cet herbicide controversé ont grimpé de 6 752 à 8 268 tonnes, et oscillent depuis 2019 autour de ces valeurs.
Générations futures a également calculé l’évolution du NODU, restreint aux substances officiellement classées « cancérogène, mutagène ou reprotoxique ». En 2024, cet indicateur baisse de 5,5 % environ par rapport à 2023, mais il demeure plus élevé qu’en 2019. L’usage des pesticides classés « perturbateur endocrinien » (une catégorie de danger ajoutée à la réglementation européenne en 2018) est presque stable en 2024 par rapport à l’année précédente, mais la tendance lourde est à la baisse depuis 2019.
C’est pour les pesticides appartenant à la famille des PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées ou « polluants éternels ») que les chiffres rassemblés pour la première fois par l’association sont les plus inquiétants. Pour ces pesticides, le NODU est fortement orienté à la hausse depuis cinq ans. Entre 2019 et 2024, le recours à ces substances a augmenté de près de 50 %. Or, celles-ci se dégradent en métabolites persistants qui peuvent contaminer durablement les ressources en eau, à l’image de l’acide trifluoroacétique (TFA).
Dangerosité
Selon une campagne nationale menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, le TFA est retrouvé à des taux supérieurs au seuil de qualité réglementaire dans 92 % des échantillons d’eau potable distribuée en France. Or, le 10 juin, l’Agence européenne des produits chimiques a classé le TFA comme « toxique pour la reproduction suspecté ». Deux jours plus tard, le député écologiste de la Gironde, Nicolas Thierry, a écrit à la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, pour lui demander de rendre publique la liste des pesticides autorisés en France dont la dégradation conduit à la formation de TFA. Contacté par Le Monde, le ministère de l’agriculture n’a pas répondu à nos questions.
« Ces données conditionnent non seulement la bonne information des citoyens, des collectivités, des gestionnaires de services d’eau potable et des agriculteurs eux-mêmes, mais également la capacité des pouvoirs publics à prévenir une contamination dont les conséquences sanitaires, environnementales et économiques pourraient être considérables », commente Nicolas Thierry, à l’origine de la loi de février 2025 visant à protéger la population des risques liés aux PFAS, en interdisant l’usage dans certains produits de grande consommation comme les cosmétiques et les textiles d’habillement.
A la lumière de la reconnaissance par l’Agence européenne des produits chimiques de la dangerosité du TFA, le député demande également à la ministre de préciser « les démarches engagées afin de réexaminer les autorisations des produits concernés ». Seule réponse obtenue à ce jour par le parlementaire : « Bien reçu, merci. »
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
L’usage des pesticides augmente à nouveau en France, en particulier les substances de la famille des « polluants éternels »
Devant l’absence de mise à jour récente de l’indicateur historique par l’Etat, l’association Générations futures publie, jeudi, son propre c...
-
Le 10 janvier 2025, une nouvelle étape dramatique de la crise climatique a été atteinte. Les 1 % les plus riches de la planète, responsabl...
-
Voir le récent rapport de la Cour des comptes. La partie sur l'accompagnement des transitions (phyto, eau, bio) commence p.61. Les cham...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire