vendredi 9 janvier 2015

Pour limiter le réchauffement à 2° C, combien de pétrole, gaz et charbon en moins ?

Un tiers des réserves de pétrole, la moitié de celles de gaz et plus de 80 % de celles de charbon devront rester inexploitées, si l'on veut éviter la surchauffe de la planète. C'est la thérapie de choc que prescrivent deux chercheurs britanniques dans une étude publiée dans l'édition de la revue Nature du jeudi 8 janvier. Il s'agit d'un sevrage radical pour une économie mondiale marquée par son addiction aux ressources fossiles. Toutefois, le traitement préconisé est différencié selon les grandes zones de production, ce qui fait tout l'intérêt de ce travail.

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a prévenu : pour conserver au moins une chance sur deux de contenir la hausse des températures à la fin du siècle sous la barre de 2°C par rapport à la période préindustrielle – seuil de danger retenu par la communauté internationale en 2009 –, les émissions mondiales de CO2 ne devront pas dépasser, entre 2011 et 2050, une fourchette allant de 860 à 1 180 milliards de tonnes, ou gigatonnes (Gt).
S'ABSTENIR D'EXTRAIRE LA PLUS GRANDE PARTIE DES RÉSERVES FOSSILES
Or, les réserves fossiles du globe représentent un stock d'environ 2 900 Gt de CO2 – près de trois fois plus que les émissions tolérables donc –, selon les estimations des auteurs qui se fondent notamment sur les évaluations du World Energy Council, de l'Institut d'études géologiques des Etats-Unis et de l'Institut fédéral allemand pour les géosciences et les ressources naturelles. Encore ne s'agit-il que des réserves, c'est-à-dire des volumes récupérables aux conditions techniques et économiques actuelles, dans des gisements déjà exploités ou en voie de l'être. Les ressources, elles, c'est-à-dire l'ensemble des matières fossiles présentes dans le sous-sol terrestre, sont près de quatre fois plus importantes (environ 11 000 Gt).
La conclusion s'impose : il faut, jusqu'à 2050, s'abstenir d'extraire et de brûler la plus grande partie des réserves fossiles. L'originalité de l'étude des deux chercheurs, Christophe McGlade et Paul Ekins, de l'University College London, est d'avoir cherché à quantifier le « sacrifice » nécessaire, en fonction des pays ou ensembles de pays, mais aussi en distinguant entre pétrole conventionnel ou non conventionnel, gaz conventionnel ou non conventionnel, et charbon.
Pour ce faire, ils ont fait tourner un modèle technico-économique utilisé par les énergéticiens. Celui-ci combine une série de paramètres caractérisant les grandes régions du monde – réserves, extraction, transport, transformation et usages des différentes sources d'énergie, technologies existantes et futures, équilibre entre l'offre et la demande, exportations, etc – pour « optimiser » le système énergétique mondial. Autrement dit, pour obtenir un coût de l'énergie minimal. A ce modèle, ils ont ajouté une contrainte supplémentaire : la limitation du réchauffement à 2 °C.
EFFORT INÉGALEMENT RÉPARTI SELON LES PAYS
Résultats : 35 % des réserves de pétrole, 52 % de gaz et 88 % de charbon doivent rester sous terre. Le recours au captage-stockage du CO2 – une technologie encore embryonnaire – ne permettrait qu'une faible diminution de ces pourcentages (respectivement 33 %, 49 % et 82 %). Mais l'effort est inégalement réparti. Les pays producteurs du Moyen-Orient, qui possèdent l'essentiel des réserves, doivent renoncer à 38 % de leur pétrole et 61 % de leur gaz, l'Afrique à respectivement 26 % et 34 %, la Chine et l'Inde réunies à 25 % et 53 %, l'Europe à 21 % et 6 %, les pays de l'ex-Union soviétique à 19 % et 59 %.
Le Canada, lui, doit se priver de 75 % de son pétrole et 24 % de son gaz. En revanche, les Etats-Unis échappent, ou presque, à ces restrictions, puisqu'ils ne doivent abandonner que 9 % de leurs gisements de pétrole et 6 % de ceux de gaz. Ce que les auteurs expliquent par la proximité des centres de production et de consommation qui réduit les coûts. Mais c'est pour le charbon que, partout, les restrictions sont les plus drastiques, le Moyen-Orient devant même en laisser dans le sol 99 %.
LAISSER DORMIR LES HYDROCARBURES NON CONVENTIONNELS
Pour ce qui est du cas particulier des hydrocarbures non conventionnels (pétrole et gaz de schiste, sables bitumineux), les auteurs concluent qu'une hausse de leur production actuelle est incompatible avec la volonté de juguler le réchauffement. Ce qui pénaliserait donc la production américaine de gaz et huiles de schiste et celle, canadienne, de sables bitumineux. De même, soulignent-ils, « toutes les ressources de l'Arctique en hydrocarbures devraient être classées comme non brûlables ».
« Les hommes politiques doivent réaliser que leur instinct consistant à recourir aux énergies fossiles disponibles sur leur territoire, est incompatible avec leur engagement à tenir l'objectif de 2 °C », conclut Christophe McGlade.
« COMPENSATION ENTRE GAGNANTS ET PERDANTS »
Roland Vially, géologue à l'IFP Energies nouvelles, prend des distances avec l'étude. Il met ainsi en cause la pertinence de l'utilisation, sur ce sujet, d'un modèle d'optimisation économique. A ses yeux, « il aurait été plus intéressant de faire une optimisation en termes d'émissions de CO2 plutôt qu'en termes de coût ».
« Il y a un grand absent dans cet article : le consommateur, observe-t-il en outre. Les pays producteurs sont implicitement rendus responsables de la consommation mondiale, alors qu'il faut [pour rester sous la limite de 2°C] que les pays consommateurs consomment moins et donc que la demande diminue ».
Chercheur au Potsdam Institute for Climate Impact (Allemagne), Jérôme Hilaire, cosignataire avec son collègue Michael Jakob d'un commentaire dans le même numéro de Nature, juge en revanche ce travail « très intéressant », dans la mesure où il est « le premier à identifier de façon aussi détaillée où se trouvent les réserves et les ressources fossiles à ne pas exploiter ». Surtout, ajoute-t-il, ces résultats mettent en lumière la nécessité de politiques climatiques prévoyant « un système de compensation entre gagnants et perdants ».
On voit mal en effet comment – et l'étude n'apporte pas la réponse – convaincre un pays producteur, riche ou pauvre, ou une compagnie pétrolière ou gazière, de renoncer à la rente des hydrocarbures, sans la mise en place de mécanismes tels qu'un marché mondial du carbone, ou que le Fonds vert pour le climat, destiné à aider les pays en développement à prendre leur part dans la lutte contre le réchauffement. Des questions qui seront au cœur de la conférence mondiale sur le climat de Paris, en décembre 2015.

mardi 2 décembre 2014

L'Anses relaye deux études sur l'exposition des enfants aux pesticides

Deux études relayées par l'Anses reviennent sur l'exposition environnementale et alimentaire de jeunes enfants aux résidus de pesticides. Elles confirment la dérive des pesticides pulvérisés et l'implication des aliments dans l'exposition.
 Quelle est l'exposition environnementale et alimentaire des jeunes enfants aux résidus de pesticides ? Ce sujet a été à l'origine de crispations cet été lors de la préparation de la loi d'Avenir pour l'agriculture : Ségolène Royal avait alors annoncé "une interdiction des épandages de produits phytosanitaires « à moins de 200 mètres des écoles »".
Au final, la loi n'a retenu que la mise en place de mesures de protection près des lieux sensibles (écoles, hôpitaux, etc.) : "des haies, des équipements pour le traitement ou des dates et horaires de traitement permettant d'éviter la présence de personnes vulnérables".
Dans son dernier bulletin de veille scientifique, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) vient alimenter le débat à travers la présentation de deux études : l'une se penche sur l'exposition d'écoles d'Afrique du Sud situées à proximité de vignobles et la seconde tente d'évaluer la contribution de certains aliments à l'exposition de jeunes enfants.
Si l'Agence souligne dans son analyse "la difficulté de documenter les sources d'exposition aux pesticides" du fait de leur "présence ubiquiste (…) dans l'environnement et au nombre élevé de molécules mises sur le marché", elle relève toutefois les apports documentaires de ces deux études.
Le suivi des concentrations résiduelles de pesticides dans l'air, les poussières et la pelouse d'écoles à proximité de vignobles (30 et 100 m) en Afrique du Sud (à l'ouest de la ville du Cap) montre en effet que six des onze pesticides détectés dans les échantillons figurent dans le planning de pulvérisation des exploitations.
Mise en évidence de dérive de pesticides
Selon cette étude, les résultats "en lien avec les données météorologiques (direction du vent, données pluviométriques) ont confirmé la dérive des pesticides utilisés dans les vignobles vers les deux écoles".
L'Anses regrette toutefois que tous les pesticides utilisés dans les fermes aux alentours ainsi que dans les écoles en question n'aient été étudiés. "Compte tenu du phénomène de dérive sur des distances pouvant atteindre 750 m, il aurait été pertinent de connaître l'environnement des écoles sur un rayon équivalent", pointe-t-elle également.
La seconde étude a mesuré la concentration de résidus de pesticides dans les urines de 135 enfants, âgés de deux à cinq ans, après la consommation de jus de fruits frais, céréales, légumes et pain aux Etats-Unis (Caroline du Nord et Ohio).
Elle montre ainsi que 99% des enfants ont été exposés aux insecticides TCP, 64% à l'acide 3-phénoxybenzoïque (3-BPA) et 92% à l'herbicide, l'acide dichloro 2,4 phénoxyacétique.
Selon les auteurs, les enfants consommant des pommes et des jus de fruits à une fréquence d'au moins trois fois par semaine présentent une concentration moyenne de TCP plus élevée.
De la même manière, lorsque ces derniers mangent du poulet ou de la dinde à une fréquence supérieure ou égale à trois fois par semaine, leur niveau urinaire de 3-BPA s'avérait plus important.
"La documentation du poids ou du volume des aliments consommés aurait pu permettre une meilleure caractérisation des sources d'exposition", note l'Anses. Pour l'Agence, les auteurs auraient également pu prendre en compte des critères complémentaires comme les concentrations en pesticides dans les légumes, une analyse de l'eau du robinet, la consommation de produits bio, etc.
Selon l'Anses, une voie d'exposition qui pourrait ne pas être négligeable serait également l'ingestion de terre contenant des pesticides : les enfants absorberaient en effet en moyenne 31 mg/jour (et jusqu'à 137 mg/jour) de terre et de poussières.
En France, quelques études se sont intéressées à cette question : l'étude épidémiologique Timoun en Guadeloupe s'efforce de caractériser les éventuels impacts du chlordécone sur le développement de l'enfant et la grossesse. Des scientifiques ont ainsi montré que cette exposition peut conduire à un risque augmenté de prématurité.
Dans le cadre du volet alimentation du projet de recherche Popeye, l'exposition aux pesticides des couples mères-enfants de la cohorte nationale Elfe doit également être étudiée ainsi que les impacts possibles d'une exposition pendant la grossesse.
De manière plus large, l'Institut de veille sanitaire avait alerté en avril 2013 sur les niveaux d'exposition de la population française (adulte) aux organophosphorés et aux pyréthrinoïdes.
Lors de la table ronde santé-environnement de la Conférence environnementale, plusieurs associations ont appuyé sur la nécessité de réduire l'usage des pesticides, la feuille de route qui en découlera en janvier montrera si le Gouvernement a entendu leur appel.

Microplastiques : les poissons d'eau douce aussi sont contaminés

Pour la première fois, des chercheurs de l'Ineris apportent la preuve de la pollution des milieux aquatiques terrestres par des microplastiques. Reste à évaluer les effets biologiques de cette contamination.
 Si la contamination des océans par les microplastiques est désormais bien connue grâce notamment à des expéditions scientifiques dans le Pacifique et plus récemment en mer Ligure, ce n'est pas le cas pour les milieux d'eau douce. Les premières études ont mis en évidence la présence de microplastiques dans les eaux de surface et dans les sédiments de certains écosystèmes lentiques comme le lac de Garde en Italie, le lac de Genève en Suisse ou même le lac Hovsgol en Mongolie. De même, la contamination de sédiments a été observée dans des écosystèmes lotiques comme le fleuve Saint Laurent au Canada. En France, l'Institut national de l'environnement et des risques (Ineris) a commencé à s'intéresser à la question. Grâce à une étude exploratoire menée sur deux ans, les chercheurs ont constaté une contamination des poissons similaire à celle observée en milieu marin.
10% des goujons sont contaminés
Les équipes de l'Ineris ont développé pour cette étude une méthodologie spécifique pour mieux détecter les microplastiques, permettant la séparation et le marquage du contaminant lors de l'analyse du contenu de l'estomac des individus. Sur les 812 goujons prélevés sur 33 sites, 10% contenaient dans leur intestin des fibres ou microbilles en plastique. D'autres études ayant mis en évidence la présence de microplastiques dans le milieu (eau et/ou sédiment) n'avaient pas retrouvé ces contaminants dans les poissons. L'espèce "sentinelle" étudiée par l'Ineris se nourrit en fouissant dans les sédiments et les graviers ce qui l'expose aux microplastiques présents dans le milieu.
Des impacts sanitaires inconnus
Même si aucune étude n'a recherché directement la présence de microplastiques dans les rivières françaises, le travail de l'Ineris démontre la contamination des milieux aquatiques par les microplastiques et, via la chaîne alimentaire, l'exposition des poissons à cette pollution. Par contre, il ne dit rien sur les effets biologiques de cette contamination. Des bioessais d'écotoxicité réalisés en laboratoire ont souligné récemment l'impact des microplastiques sur la croissance de certaines algues et sur la mortalité et la reproduction de micro-crustacés.
L'étude de l'Ineris a été réalisée sur des prélèvements effectués dans le cadre d'une recherche de l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema) sur l'intersexualité des poissons. Les chercheurs de l'Ineris n'ont pas résisté à l'idée de comparer la présence de microplastiques avec le changement de sexe, même si l'étude n'avait pas été construite dans ce but. Résultat, aucun lien n'a pu être établi.
Reste que ces microplastiques peuvent être des sources d'exposition à des substances qui perturbent les cycles hormonaux. Les phtalates et autre bisphenol utilisés pour la fabrication de plastique sont en effet des perturbateurs endocriniens suspectés. Les microplastiques peuvent également être porteurs de substances chimiques.
Un microplastique, c'est quoi ?
L'Ineris soulève aussi la question de la source de ces microplastiques. Définis comme étant des débris de moins de 5 mm, ces éléments proviennent des activités humaines. Ils peuvent être présents directement sous cette taille dès leur émission ou progressivement réduits à l'état de particules par l'érosion. Surtout retrouvés sous forme de fibres dans les poissons, les microplastiques proviennent des cosmétiques (billes d'exfoliants par exemple), des eaux usées qui charrient les fibres synthétiques issues des vêtements lavés en machine…

mercredi 8 octobre 2014

L’acidification des océans aura d’importantes conséquences pour la biodiversité

Le fait est encore relativement méconnu du grand public : le changement climatique n’est pas la seule conséquence des émissions humaines de dioxyde de carbone (CO2). Celles-ci sont aussi responsables de l’acidification des océans, phénomène qui aura des conséquences importantes sur la biodiversité marine d’ici à la fin du siècle. Une trentaine de spécialistes internationaux de biologie marine ont conduit une synthèse des connaissances sur le sujet, rendue publique mercredi 8 octobre à Pyeongchang (Corée du Sud), au cours de la 12e Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique.


Les auteurs rappellent d’abord que le phénomène ne se réduit pas à une prévision pour l’avenir, mais qu’il est d’ores et déjà mesurable. « Par rapport à la période préindustrielle, l’acidité des océans a augmenté d’environ 26 % », écrivent-ils. Le lien entre ce phénomène, qui tend à rendre les eaux de surface de plus en plus corrosives, et les émissions anthropiques de CO2 est sans équivoque. « Au cours des deux derniers siècles, l’océan a absorbé un quart du CO2 émis par les activités humaines », estiment les scientifiques.
ACIDIFICATION INÉDITE DEPUIS CINQUANTE-SIX MILLIONS D’ANNÉES
Si les émissions humaines se poursuivent au rythme actuel, préviennent les chercheurs, les océans verront « leur acidité augmenter d’environ 170 % par rapport aux niveaux préindustriels d’ici à 2100 ». Selon des travaux publiés en 2012 dans la revue Science, le phénomène actuel est d’une amplitude inédite depuis cinquante-six millions d’années et se produit à une rapidité jamais vue depuis trois cents millions d’années.
« Il est désormais inévitable que dans les cinquante à cent prochaines années, la poursuite des émissions portera cette acidité à des niveaux qui auront des impacts à grande échelle, essentiellement négatifs, sur les organismes et les écosystèmes marins, ainsi que sur les biens et les services qu’ils prodiguent », annonce le rapport.
« Par rapport aux précédents travaux de synthèse conduits sur le sujet qui traitent souvent des effets sur des organismes particuliers, nous nous sommes cette fois intéressés aux effets plus larges sur la biodiversité, ce qui est un exercice bien plus complexe », précise Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) au Laboratoire océanographique de Villefranche-sur-mer et coauteur du rapport.
LES MOLLUSQUES ET CORAUX TOUCHÉS
Les créatures les plus vulnérables à cette réduction rapide du pH des eaux de surface de l’océan sont connues. Ce sont celles constituées d’une structure calcaire ou d’une coquille — mollusques, coraux, certains phytoplanctons, etc. Selon le rapport, les foraminifères (organismes planctoniques) et les ptéropodes (mollusques planctoniques) sont parmi les plus fragiles et « verront probablement une calcification réduite, voire une dissolution dans les conditions projetées pour le futur ». Au contraire, même dans de telles conditions, « les phytoplanctons non calcaires, comme les diatomées [microalgues unicellulaires], peuvent montrer une capacité accrue à la photosynthèse ».
L’acidification des océans semble déjà avoir un impact sur l’aquaculture dans le nord-ouest des Etats-Unis, selon le rapport, qui relève notamment des « fortes mortalités » dans les exploitations ostréicoles.
INCERTITUDES POUR LA FIN DU SIÈCLE
Pour l’avenir et à l’horizon de la fin du siècle, les incertitudes sur les conséquences du phénomène sont considérables, d’autant plus qu’il n’existe aucune situation analogue dans le proche passé. Les auteurs du rapport se sont donc penchés sur des observations conduites dans de petites zones de l’océan où des sources naturelles de carbone portent l’acidité des eaux à des niveaux semblables à ceux attendus pour la fin du siècle.
« En Méditerranée, l’étude d’une zone proche du Vésuve soumise à un pH comparable à celui  attendu pour 2100 suggère une baisse de 70 % de la biodiversité des organismes calcaires, explique M. Gattuso. Et une chute de quelque 30 % de la diversité des autres organismes. » D’autres travaux menés en Papouasie-Nouvelle-Guinée montrent, dans des conditions d’acidité semblables une forte prolifération des algues non-calcaires et une réduction d’environ 40 % de la biodiversité des coraux. Or, comme le note le rapport, les récifs coralliens sont actuellement une source de revenus indirecte pour environ 400 millions de personnes, vivant majoritairement en zone tropicale.
Ces travaux ne permettent toutefois pas de prévoir parfaitement l’avenir. « En étudiant ces zones, on ne tient pas compte de l’augmentation de la température attendue pour la fin du siècle, prévient le chercheur. Si l’on tient compte du réchauffement en plus de l’acidification, il est probable que les effets seront plus importants encore, en particulier pour les coraux. » Impossible d’avoir la moindre certitude quantifiée sur le devenir des écosystèmes marins. « Il est clair que dans les prochaines décennies nous allons sortir de ce que l’on nomme les planetary boundaries, c’est-à-dire les bornes d’évolution naturelles de la planète », dit l’océanographe.

lundi 6 octobre 2014

Le miel vendu en France contaminé par des microplastiques

Dans son magazine d'octobre 2014, 60 Millions de consommateurs alerte de la contamination du miel vendu en France par des particules de plastique (de taille de 0,01 à 9 mm). Le magazine a analysé 12 pots de miel (marques présentes en grande distribution y compris miels de montagne et issus de l'agriculture biologique). "Tous, sans exception, contiennent des microplastiques !", prévient le magazine.
Les miels "les plus pollués affichent jusqu'à 265 microrésidus par kilo, soit trois fois plus que les références les mieux notées". Toutefois, les deux références bio analysées figurent "parmi les moins touchées" (88 et 123 microrésidus).
Les microplastiques détectés sont de trois types : des fibres, qui pourraient être d'origine textile ; des fragments, dont "on peut supposer qu'il s'agit de produits de dégradation de plastiques plus volumineux" et des granules, qui pourraient provenir de "cosmétiques et/ou de rejets industriels", précise 60 Millions de consommateurs. Ces micro-plastiques "sont exactement les mêmes que ceux qu'on trouve dans le milieu marin".
Fin 2013, une étude allemande révélait déjà que du miel vendu outre-Rhin incorporait des microplastiques, rappelle le magazine. Les valeurs relevées sont "comparables à celles obtenues dans la publication allemande". Cette contamination serait liée à une "pollution environnementale" qui représenterait "l'hypothèse la plus probable", selon 60 Millions de consommateurs. Les chercheurs allemands ont détecté des microparticules "dans l'eau de pluie, dans l'atmosphère et dans certaines fleurs. Dispersées dans la nature, elles seraient collectées par les abeilles en même temps que le pollen, rapportées à la ruche, puis intégrées au miel".

mercredi 17 septembre 2014

Les réfugiés climatiques ont doublé ces 40 dernières années

Selon le rapport annuel "Global Estimates" publié ce mercredi 17 septembre par l'Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC) et le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), plus de 22 millions de personnes ont été contraintes de quitter leur domicile en 2013 en raison de catastrophes naturelles (inondation, tempête, séisme…). Ces aléas climatiques ont provoqué en 2013 le déplacement de "trois fois plus de personnes que les conflits". Plus de 600 événements ont été enregistrés au cours de l'année.
Les pays "riches" sont autant affectés que les pays "pauvres", même si ce sont les pays en développement qui "paient le plus lourd tribut, avec plus de 85% des déplacements", chiffre le rapport.
L'Asie la plus touchée, suivie de l'Afrique
Ainsi, comme les années précédentes, l'Asie a été le continent le plus touché, avec 19 millions de nouveaux déplacés. Soit 87,1% du nombre total. Aux Philippines, le typhon Haiyan a déplacé à lui seul 4,1 millions de personnes, soit un million de plus que dans les quatre autres régions réunies (Afrique, Amériques, Europe et Océanie). Un autre typhon, Trami, a fait 1,7 million de déplacés dans l'archipel. Les crues en Chine ont fait 1,6 million de déplacés.
Des inondations saisonnières ont aussi provoqué "d'importants déplacements" en Afrique sub-saharienne, tout particulièrement au Niger, au Tchad, au Soudan et au Soudan du Sud, "pays dont les populations extrêmement vulnérables sont également en proie à des conflits et à la sécheresse".  En 2013, 1,8 million de personnes ont été déplacées en Afrique, ce qui représente 8,1% du total mondial. Ils étaient 8,2 millions réfugiés en 2012. La population africaine étant appelée à doubler d'ici 2050, "les risques de déplacement devraient augmenter plus rapidement dans cette partie du monde que dans les autres régions au cours des prochaines décennies", alertent de nouveau les rapporteurs.
Les nations riches ne sont pas épargnées, comme le Japon avec le typhon Man-yi qui a déplacé 260.000 personnes dans la région de Chubu. Aux Etats-Unis, les tornades ont balayé l'Oklahoma et poussé 218.500 personnes à fuir. De "graves" inondations ont également frappé l'Europe, notamment l'Allemagne, la République tchèque, la Russie et le Royaume-Uni, provoquant le déplacement total de 149.000 personnes.
Alors qu'elles ont été très touchées en 2012 (1,3 millions de déplacés), les Amériques ont connu une "saison d'ouragans inhabituellement calme" : la région n'a pas été frappée "de grandes catastrophes géophysiques", précise l'étude.
Les réfugiés climatiques ont doublé ces 40 dernières années
Deux fois plus de personnes sont déplacées aujourd'hui que dans les années 1970. "Au vu du nombre croissant de personnes vivant et travaillant dans des zones à risque, cette tendance à la hausse va se poursuivre et devrait être exacerbée à l'avenir par les effets du changement climatique", indique Jan Egeland, secrétaire général du NRC.
La plupart des catastrophes sont autant d'origine humaine que naturelle. "Une amélioration de l'aménagement urbain, des moyens de protection contre les inondations et des normes de construction permettrait d'en atténuer l'impact", préconise Alfredo Zamudio, directeur de l'IDMC.
Les rapporteurs appellent la communauté internationale à agir lors du prochain sommet mondial sur le climat le 23 septembre à New York (USA). "Les décideurs doivent veiller à ce que les plans nationaux de réduction des risques de catastrophes naturelles et d'adaptation au changement climatique intègrent des mesures prenant en compte le risque et l'impact des déplacements". Les gouvernements doivent "faciliter" les migrations et prévoir "des relogements d'une façon qui respecte les populations vulnérables". Ils devraient être 250 millions de déplacés climatiques dans le monde d'ici 2050, selon le Haut commissaire adjoint de l'ONU pour les réfugiés. La conférence de Paris sur le climat fin 2015 pourrait ouvrir la voie à la création d'un statut de déplacé environnemental.

jeudi 11 septembre 2014

l'OMM pointe une accélération de la hausse de la concentration atmosphérique de CO2

Le 9 septembre, à l'occasion de la publication de son bulletin annuel sur les gaz à effet de serre (GES), l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a fait état d'une accélération de la hausse de la concentration de CO2 dans l'atmosphère en 2013. En conséquence, la teneur de l'atmosphère en GES atteint un nouveau sommet.
L'océan absorbe aujourd'hui environ le quart des émissions totales de CO2 et la biosphère un autre quart, limitant ainsi l'accroissement du CO2 atmosphérique, rappelle l'OMM.
"Le bulletin sur les gaz à effet de serre souligne que la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, loin de diminuer, a augmenté l'an dernier à un rythme inégalé depuis près de 30 ans", a résumé le Secrétaire général de l'OMM, Michel Jarraud, ajoutant : "Nous devons inverser cette tendance en réduisant les émissions de CO2 et d'autres gaz à effet de serre dans tous les domaines d'activité. Le temps joue contre nous".
400 ppm de CO2 dès 2015 ou 2016 ?
"En 2013, en moyenne mondiale, la teneur de l'atmosphère en CO2 était de 396,0 parties par million (ppm), soit 2,9 ppm de plus qu'en 2012", explique l'OMM. L'organisation onusienne souligne que la hausse de la concentration enregistrée en 2013 "représente la plus forte augmentation interannuelle de la période 1984-2013". Cette concentration de CO2 représente 142% de ce qu'elle était à l'époque préindustrielle, c'est-à-dire autour de 1750.
L'annonce intervient alors que le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) estime qu'il faut limiter la concentration de GES à 450 ppm en 2050 pour avoir de bonnes chances de limiter la hausse de la température mondiale moyenne à 2°C par rapport à l'ère préindustrielle, conformément à l'objectif politique adopté par la communauté internationale à Copenhague en 2009. Selon l'OMM, au rythme actuel, la concentration du seul CO2 dans l'atmosphère atteindrait 400 ppm en 2015 ou 2016.
Pour Michel Jarraud, qui estime que "plaider l'ignorance ne peut plus être une excuse pour ne pas agir", le constat dressé par l'OMM fournit aux décideurs des éléments scientifiques sur lesquels ils peuvent s'appuyer pour limiter à 2°C la hausse des températures.
Les autre GES suivent le même chemin
Parmi les autre GES, l'OMM constate que la concentration de méthane (CH4) dans l'atmosphère poursuit sa hausse constatée depuis 2007. En 2013, la concentration atmosphérique du deuxième plus important gaz à effet de serre a atteint 1.824 parties par milliard (ppb) environ. L'OMM pointe "l'accroissement des émissions anthropiques", c'est-à-dire des émissions de l'élevage de bétail, de la riziculture, de l'exploitation des combustibles fossiles, des décharges, ou encore de la combustion de biomasse. Ces émissions représentent environ 60% des rejets mondiaux de méthane, le solde étant lié à des phénomènes naturels. En 2013, la concentration atmosphérique de méthane représentait 253% de ce qu'elle était à l'époque préindustrielle.
Quant à la concentration atmosphérique du protoxyde d'azote (N2O), elle atteint quelque 325,9 parties par milliard en 2013. Si cette concentration est nettement plus faible que celles des deux autres gaz, son impact sur le climat "est 298 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2)", rappelle l'OMM. Les activités humaines, telles que la combustion de la biomasse, l'usage d'engrais et certains processus industriels, comptent pour environ 40% des émissions mondiales. En 2013, la concentration de protoxyde d'azote dans l'atmosphère représentait 121% de celle de l'époque préindustrielle.
L'acidification des océans, l'autre raison d'agir
Par ailleurs, le bulletin de l'OMM a été enrichi d'une nouvelle section sur l'acidification des océans. L'océan absorbe aujourd'hui le quart des émissions anthropiques de CO2, limitant ainsi l'accroissement du CO2 atmosphérique causé par l'exploitation des combustibles fossiles, rappelle l'organisation. Or, l'absorption de quantités accrues de CO2 par les mers modifie le cycle des carbonates marins et entraîne une acidification de l'eau de mer. "Celle-ci est déjà mesurable vu que les océans absorbent environ 4kg de CO2 par jour et par personne", explique l'OMM.
Par ailleurs, l'organisation souligne que le rythme actuel d'acidification des océans "semble sans précédent depuis au moins 300 millions d'années, si l'on en croit les données indirectes livrées par les paléo-archives". Et d'ajouter que ce phénomène continuera de s'accélérer au moins jusqu'au milieu du siècle, d'après les projections établies à l'aide de modèles.
Pour Wendy Watson-Wright, secrétaire exécutive de la commission océanographique intergouvernementale de l'Unesco, "si l'on estime que le réchauffement planétaire n'est pas une raison suffisante de réduire les émissions de CO2, il devrait en être autrement pour l'acidification des océans, dont les effets se font déjà sentir et ne feront que se renforcer dans les décennies à venir".
Parmi les conséquences attendues, figure l'influence néfaste de l'acidité sur la calcification des coraux, des algues, des mollusques et de certains planctons.

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