mercredi 5 décembre 2018

Le cuivre pourra encore être utilisé, mais avec des doses réduites

La Commission européenne a voté, le 27 novembre, en faveur de la réautorisation, pour sept ans, des composés issus du cuivre en agriculture. Cependant, elle a décidé de plafonner cet usage, à compter du 1er février 2019, à 28 kg/ha sur sept ans, soit en moyenne 4 kg/ha/an, contre une moyenne de 6 kg/ha/an aujourd'hui. L'exécutif européen suit ainsi les recommandations de l'agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui conseillait une diminution des doses de cuivre utilisables à 4 kg/ha/an.

Le cuivre est utilisé pour lutter contre les champignons et les bactéries, particulièrement en agriculture biologique. Mais son usage présente des risques pour la santé des sols et pour les organismes aquatiques et les organismes terrestres non-cibles, comme le pointait l'autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa), en janvier dernier. Celle-ci reconnaissait cependant que les méthodes d'évaluation n'étaient pas adaptées aux éléments minéraux métalliques.

La fédération nationale de l'agriculture biologique (Fnab) "se réjouit de la réautorisation et accompagnera la réduction des usages demandée par l'Europe mais insiste sur la nécessité d'un soutien public fort pour relever le défi de réduction des doses et sur le besoin de clarifier la situation pour l'avenir". A terme, cette substance devra être substituée. Une expertise collective, publiée par l'Institut de recherche agronomique (Inra), en janvier, estimait qu'il était possible de réduire de moitié les doses de cuivre, mais qu'il serait difficile, à court terme, de s'en passer totalement.
"La Fnab demande depuis plus d'un an la mise en place d'un plan cuivre transversal qui nous permette d'aborder sereinement la réduction des doses autorisées. Le ministère nous dit qu'une feuille de route sera mise en place en 2019. Là encore, nous nous réjouissons et nous attendons des moyens financiers pour lui donner corps", rappelle Sylvie Dulong, secrétaire nationale viticulture de la fédération. La filière demande davantage de moyens de recherche sur le mildiou, les impacts du cuivre et les alternatives en agriculture biologique.

mercredi 28 novembre 2018

Les microplastiques pourraient se concentrer dans les sols

"Beaucoup des microplastiques sont entraînés dans les égouts au moment de leur utilisation. En raison du traitement des eaux usées dans l'UE, généralement ces microplastiques ne seront pas rejetés directement dans les environnements aquatiques, mais devraient davantage de se concentrer dans les boues d'épuration fréquemment utilisées comme engrais dans les sols agricoles dans de nombreux États membres", a pointé Peter Simpson, responsable scientifique de l'Agence européenne des produits chimiques (Echa), lors de la conférence Micro 2018 sur le devenir et l'impact des microplastiques à Lanzarote, en Espagne.

Outre les déchets plastiques qui se fragmentent, les microplastiques peuvent également provenir d'une utilisation intentionnelle dans les cosmétiques, les détergents et produits ménagers, les peintures, les engrais ou les produits phytopharmaceutiques.

Selon l'Echa, ces microplastiques ajoutés aux produits risquent davantage de s'accumuler dans les milieux terrestres et d'eau douce, que dans les océans. "Une fois libérés, ils peuvent être extrêmement persistants dans l'environnement, certains ayant une demi-vie estimée à des milliers d'années. Cela signifie que leur accumulation sur des terres agricoles est une source de préoccupation, car nous ne pouvons actuellement évaluer les risques pour l'environnement résultant de cette accumulation et de cette exposition à long terme", a constaté Peter Simpson.

Pour réduire les déchets plastiques, la Commission européenne a lancé en janvier dernier une stratégie plastique et présenté en mai un projet de Directive sur la réduction de l'impact de certains produits en plastique sur l'environnement. Elle a également demandé à l'Echa de se pencher sur une éventuelle restriction à l'échelle de l'UE des microplastiques ajoutés intentionnellement. L'Echa doit évaluer les risques qu'ils représentent pour l'environnement et leur persistance. Elle se penchera également sur les plastiques oxo-dégradables. L'Agence devrait remettre son avis à la Commission en avril 2020.

Plus de 190 Etats réunis pour tenter d'enrayer l'effondrement de la biodiversité

Les COP, ça n'existe pas que pour le climat. Les parties à la convention sur la diversité biologique sont réunies jusqu'au 29 novembre en Égypte. L'enjeu de cette réunion internationale ? Préparer un plan stratégique post-2020 pour la biodiversité.

"Investir dans la biodiversité pour la planète et ses peuples". Tel est le thème de la 14e conférence des parties (COP14) à la convention sur la diversité biologique (CDB) qui se tient du 17 au 29 novembre à Charm el-Cheikh en Egypte. L'enjeu principal de cette conférence internationale est la préparation de la COP15, qui doit se tenir à Pékin en novembre 2020 et durant laquelle doit être adopté un nouveau plan stratégique mondial pour la biodiversité.
Cette conférence se tient alors que tous les signaux sont au rouge vif. La plupart des 20 objectifs d'Aichi qui fixaient le cadre de l'action internationale en faveur de la biodiversité pour les années 2001-2020 ne seront pas tenus. Parmi ceux-ci figuraient la division par deux du taux de perte des habitats naturels, la création d'aires protégées sur 17 % des surfaces terrestres et 10 % des zones maritimes, ainsi que la restauration d'au moins 15 % des espaces dégradés.
Non seulement ces objectifs ne seront pas atteints mais la dégradation s'aggrave. Les rapports de l'IPBES, publiés en mars 2018, qu'il s'agisse du rapport thématique sur les sols ou des rapports régionaux, confirment un dangereux déclin de la biodiversité. Deux ans plus tôt, le Giec de la biodiversité avait tiré le signal d'alarme concernant les pollinisateurs. Le dernier rapport Planète vivante du Fonds mondial pour la nature (WWF), publié fin octobre, est tout aussi inquiétant. Il montre que les populations de vertébrés ont chuté de 60 % entre 1970 et 2014 et que les espèces déclinent à un rythme jamais connu par l'histoire.

"Maladies bien connues"
Face à ce sombre tableau, les représentants des 196 Etats parties à la convention planchent sur les moyens d'intégrer la protection de la biodiversité dans cinq secteurs économiques : l'énergie, les activités minières, les infrastructures, la fabrication et la transformation, et la santé. D'autres questions stratégiques sont en discussion, rappelle le ministère de la Transition écologique : biodiversité et changements climatiques, aires terrestres et marines protégées, prévention des risques biotechnologiques et partage des avantages (APA) liés aux ressources génétiques.
"La CDB fait (…) face à un casse-tête : comment parvenir à renouveler la manière dont se passent les discussions internationales pour parvenir à déclencher plus d'effets transformateurs sur le terrain ?", expliquent Aleksandar Rankovic et Yann Laurans de l'Iddri dans un billet consacré à ces négociations.
"Les « maladies » dont souffrent la biodiversité sont bien connues, rappellent les chercheurs dans une tribune publiée dans le magazine Alternatives économiques : surexploitation des ressources, pollutions, changement d'occupation des sols, invasions d'espèces et changement climatique. Leurs causes renvoient en grande partie à nos modèles de production et de consommation : surpêche, intensification agricole, extension des surfaces cultivées, croissance urbaine non maîtrisée, etc.".
La mobilisation à tous les niveaux, "des citoyens aux entreprises, en passant par les ONG", se révèle impérieuse, alertent les chercheurs. Mais il faut aussi que "les Etats s'impliquent et soient représentés [dans les négociations internationales] au plus haut niveau". Les discussions de Charm el-Cheikh doivent "permettre de clarifier comment chaque État s'engage pour cesser la dégradation de sa propre biodiversité terrestre, de celle qu'il « importe » par la mondialisation des échanges et de celle qu'il provoque dans les océans", ajoutent-ils.

"Profond sentiment de déception"
Or, la mobilisation de la société civile ne semble pas au rendez-vous, comme le prouve la très faible couverture médiatique de la COP. Tout comme le volontarisme des Etats n'atteint pas le niveau nécessaire. "Ici en Égypte, nous ressentons un profond sentiment de déception, car nous n'avons pas encore constaté de vision ou d'orientation qui soit cohérente", déplorait le 21 novembre Marc Lambertini, directeur général du WWF International. Aussi, l'ONG appelle les Etats à "rehausser leur ambition dès cette COP14 à travers l'adoption d'une feuille de route solide, soutenue au plus haut niveau politique, qui puisse aboutir en 2020 à un accord ambitieux, avec pour objectif de mettre fin à l'érosion de la nature d'ici 2030".
"La stabilité de notre économie et de notre société dépend de la nature et des services qu'elle nous fournit gratuitement (…), rappelle l'ONG. Si l'on devait payer pour de l'air frais, de l'eau potable, pour l'alimentation, le montant serait estimé à 125.000 milliards de dollars par an, soit plus que le PIB mondial".
"Compte tenu de l'état des discussions et du nombre de questions qui restent ouvertes, la route séparant Charm el-Cheikh de Pékin sera longue ; mais le temps, lui, est bien court", résument Aleksandar Rankovic et Yann Laurans. "Rappelons que, pour le climat, six ans ont séparé l'impasse de la COP15 de Copenhague et la COP21 de Paris, ajoutent les chercheurs. Il [est] donc primordial d'identifier les points précis à inclure dans la décision de Pékin, et les points de progrès qui seront discutés par la suite, pour faire vivre la mécanique du cadre post-2020".
Rendez-vous le 29 novembre pour voir si les décisions actées par les Etats sont à la hauteur de l'urgence.

Intoxications aux pesticides métam-sodium : plus de 70 plaintes déposées

Près de 70 plaintes ont été déposées suite aux intoxications aux pesticides à base de métam-sodium, selon l'AFP. En octobre dernier, plusieurs cas d'irritations des voies oculaires et respiratoires avaient été constatés à Brain-sur-l'Authion et à Mazé Milon. L'utilisation de ces produits avaient été alors suspendue pour trois mois par le gouvernement à titre conservatoire : l'Anses était en cours de réexamen des autorisations de mise sur le marché (AMM). Celle-ci a tranché en novembre et estimé qu'il fallait retirer l'AMM pour ces produits. Selon elle, l'ensemble des usages représente un risque pour la santé humaine et l'environnement.

Les plaintes déposées auprès de la compagnie de gendarmerie d'Angers, le sont pour blessures involontaires par violation à une obligation de sécurité ou de prudence, selon l'AFP. Par ailleurs, l'association la Sauvegarde de l'Anjou a également déposé deux plaintes auprès des procureurs de Brain-sur-l'Authion et de Mazé Milon. "Nous réfléchissons également à lancer une action collective avec les victimes", a indiqué Yves Lepage, président de la Sauvegarde de l'Anjou.

vendredi 23 novembre 2018

L'Etat lance une plateforme de suivi des agriculteurs sortis du glyphosate

Ce jeudi 22 novembre, l'Elysée a mis en ligne une plateforme de suivi des agriculteurs français engagés à sortir de l'usage de l'herbicide glyphosate d'ici le 31 décembre 2020. Le plan gouvernemental de sortie du glyphosate prévoit de mettre fin sous trois ans à la majorité des usages du pesticide et sous cinq ans à la totalité.

La plateforme vise à partager les bonnes pratiques des agriculteurs pour arrêter de recourir à l'herbicide controversé. L'Elysée y rappelle que le rapport de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), paru en décembre 2017, montre que des alternatives au glyphosate existent déjà pour près de 90 % des surfaces agricoles.

Le site propose de suivre "en temps réel" la dynamique collective des agriculteurs français "déjà sortis" ou "engagés" à le faire via deux compteurs. Toutefois, à l'heure actuelle, aucune donnée n'est encore affichée concernant leur nombre. La plateforme invite les agriculteurs à déclarer leurs parcelles sans glyphosate, sur le site du ministère de l'Agriculture. Une carte de France permettra aussi de voir le nombre de parcelles, par département, déclarées sans glyphosate.

Selon l'agence Reuters, la plateforme proposera également, à partir du premier semestre 2019, un volet accompagnement, en lien avec la banque de ressources techniques accessible d'ici fin 2018. A cette même échéance, la cartographie des données d'achat et de vente de glyphosate sera rendue publique et les données sources mises à disposition, selon le ministère de l'Agriculture.

jeudi 22 novembre 2018

Pesticides : la consommation française cartographiée

L’association Générations futures a pu analyser une base de données des ventes de produits phytosanitaires

Voilà un prix dont elles se seraient sans doute bien passées. Les chambres d’agriculture du Vaucluse, de La Réunion et de la Martinique ne vont pas tarder à recevoir un diplôme symbolique autant qu’ironique : le « Glyph’Award », qui distingue les départements français les plus portés sur le glyphosate. La Gironde et l’Aube se voient décerner chacune un accessit par l’association Générations futures pour leur propension à recourir à l’herbicide le plus vendu au monde.
Tous les cinq enregistrent des records de plus d’un kilogramme de glyphosate par hectare vendu chaque année, alors que la moyenne nationale est de 326 grammes. Grandes cultures, viticulture, arboriculture en sont friandes. Les régions d’élevage du Massif central se situent en bas du classement.
« C’est tellement difficile d’alerter sur l’omniprésence des pesticides… On a essayé beaucoup de modes de communication, alors cette fois on tente l’humour », explique François Veillerette, directeur de l’association à l’origine de cette initiative.
Au-delà du glyphosate, une substance active emblématique des tensions autour du modèle agricole dominant, l’association a calculé qu’en France il se vend en moyenne 2,6 kilogrammes de produits phytosanitaires par hectare et par an. Le gouvernement, qui a lancé mardi 20 novembre une consultation publique sur la relance du plan Ecophyto destiné à réduire l’usage des pesticides, évalue, lui, à 3,7 kg les substances actives par hectare cultivé et indique que la France se classe au deuxième rang européen, avec 72 035 tonnes vendues.
A l’échelle d’un département, l’Aube se distingue à nouveau : comme en Gironde, on y achète plus de trois tonnes de phytosanitaires par an. La Marne, le Vaucluse, le Pas-de-Calais, le Gard et l’Aisne dépassent, pour leur part, les deux tonnes par an.
Ces cartes de France des pesticides donnent un aperçu des quantités achetées en 2017 ; elles ne montrent pas ce qui est réellement épandu dans les champs comme substances actives déclarées, ou achetées clandestinement hors des frontières. Chaque agriculteur est tenu de remplir précisément un registre récapitulant ce qu’il utilise sur ses parcelles, mais ces données restent inaccessibles. Elles intéresseraient pourtant le public, surtout les riverains.
Pour établir ces recensements, Générations futures s’est plongée dans une masse de relevés de 700 000 lignes extraites de la base de données des ventes des distributeurs agréés. L’exercice est inédit. Car si la loi sur l’eau et les milieux aquatiques de 2006 oblige ces derniers à déclarer leurs cessions annuelles de produits phytosanitaires afin d’établir le montant de la redevance pour pollutions diffuses, l’Etat ne permettait pas au public d’y mettre son nez. Jusqu’à ce que la Commission d’accès aux documents administratifs intervienne, en 2017, à la demande de l’association Eau et rivières de Bretagne.
Frugale Lozère
Le travail de Générations futures renseigne sur les zones probablement les plus exposées, avec la carte des quantités de substances actives vendues, rapportées aux surfaces agricoles cultivées dans chaque département. Rappelons que les collectivités locales ne sont plus autorisées à en faire usage dans leurs parcs et jardins. Le Vaucluse, une fois encore, apparaît comme le champion dans cette catégorie, avec presque 22 kg par hectare, loin devant le Gard (14,2 kg) et la Gironde (13 kg).
L’une des cartes réalisées par l’association présente, toujours par département, les quantités de phytosanitaires dont les substances actives sont classées cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques probables ou possibles dans la base de données sur les pesticides de l’Union européenne. Le Vaucluse (1,2 kg/ha) se classe alors en quatrième position derrière l’Aube (1,88), le Tarn-et-Garonne (1,3) et le Pas-de-Calais (1,24). Tandis qu’en Lozère, qui apparaît systématiquement comme la plus frugale, il s’en vend 0,0003 kg/ha.


Sur une autre carte, Générations futures montre la répartition des ventes de substances actives phytosanitaires suspectées d’être des perturbateurs endocriniens, toujours rapportée aux surfaces cultivées.
Alors que les débats se multiplient et que les questions se font pressantes sur les effets des épandages de produits chimiques, ces données mériteraient d’être croisées avec des résultats de recherches épidémiologiques.

Glyphosate : les faucheurs volontaires bretons portent aussi plainte

Selon Le Télégramme, 22 membres des "faucheurs volontaires" bretons ont déposé plainte, après avoir détecté des traces de l'herbicide glyphosate dans leurs analyses d'urine. Les plaignants sont membres du collectif des "Pisseurs et pisseuses involontaires de glyphosate". Ils ont déposé plainte, mardi 20 novembre, "pour tromperie aggravée, pollution de l'environnement et mise en danger de la vie d'autrui", auprès des procureurs de Quimper, Lorient et Saint-Brieuc. En septembre 2017, les taux de glyphosate révélés dans les urines des plaignants étaient de 0,19 à 3,5 nanogrammes par millilitre. Des taux supérieurs à la dose maximale autorisée dans l'eau potable, fixée par l'Europe, qui s'élève à 0,1 nanogramme par millilitre.

Contacté par Le Figaro, l'avocat des plaignants, Jérôme Bouquet-Elkaïm, a indiqué qu'environ "500 personnes devraient, dans les mois à venir, déposer plainte en Bretagne", après leurs résultats. Les plaintes ciblent les fabricants des pesticides à base de glyphosate, des organismes français et européens qui délivrent les autorisations et les laboratoires.

Le 15 octobre dernier, une cinquantaine de plaintes avaient déjà été déposées par un collectif ariégeois. Ils avaient également relevé des taux de glyphosate dans leurs urines, au-dessus des seuils autorisés. Toutes ces plaintes sont envoyées et traitées au pôle santé publique du parquet de Paris. En France, d'autres recours contre le glyphosate ont été lancés.

Ces poissons aux dents capables de couper le métal envahissent la Méditerranée : les pêcheurs sont désormais payés pour les capturer

Une mâchoire capable de sectionner du métal, une chair mortelle sans antidote connu, et des attaques déjà recensées sur des baigneurs : le p...