jeudi 17 décembre 2015

Bisphénol A, phtalates, pesticides : la Commission européenne condamnée pour son inaction

l n’y a, bien sûr, pas de condamnation pécuniaire, mais le coup est rude. Le Tribunal de l’Union européenne a condamné la Commission européenne, mercredi 16 décembre, pour « avoir manqué à [ses] obligations » sur le dossier des perturbateurs endocriniens (PE).

En vertu du règlement européen de 2012 sur les biocides, Bruxelles devait publier, au plus tard le 13 décembre 2013, les critères scientifiques permettant de réglementer ces molécules de synthèse agissant sur le système hormonal et présentes dans une variété de produits courants (pesticides, plastifiants, bisphénols, solvants, etc.). Or, constate le Tribunal dans son arrêt, « la Commission n’a pas adopté de tels actes » définissant les PE, en dépit d’« une obligation claire, pré́cise et inconditionnelle de [les] adopter » précisée par la réglementation.

« La Commission ne pourra pas attendre une année supplémentaire avant d’agir »

Le Tribunal de l’Union européenne, l’une des deux juridictions de la Cour de justice de l’Union européenne, avait été saisi par la Suède en juillet 2014 d’un « recours en carence » contre la Commission.
L’affaire est une question importante de santé publique : l’exposition des populations aux PE, à bas bruit, est suspectée d’être en cause dans l’augmentation d’une variété de troubles et de maladies (cancers hormono-dépendants, infertilité, troubles métaboliques ou neuro-comportementaux, etc.). D’autres Etats membres – la France, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas – se sont d’ailleurs associés à la plainte de la Suède, également rejoints par le Conseil européen et le Parlement de Strasbourg.
« Ce genre de recours, de la part d’un Etat membre contre la Commission est extrêmement rare, explique-t-on à la Cour de justice de l’Union européenne. En comptant le cas présent, cela ne s’est produit que quatre fois au cours des dix dernières années. » Mais jusqu’à présent, la Commission avait toujours eu gain de cause ; c’est la première fois que la Commission est condamnée pour défaut d’action. « L’arrêt rendu impose désormais à la Commission de remédier à son inaction dans un délai de temps raisonnable, poursuit-on à la haute juridiction européenne. Le terme “raisonnable” est bien sûr difficile à définir, mais nous constatons qu’il y a déjà deux ans de retard. La Commission ne pourra pas attendre une année supplémentaire avant d’agir. »

« Etude d’impact »

Pour expliquer son retard, la Commission avait plaidé devant le Tribunal la nécessité de conduire une « étude d’impact », avant de définir les critères englobant les PE. Et ce, afin notamment d’évaluer le fardeau économique pour les entreprises, que représenterait une telle réglementation.
L’argument n’a pas été jugé valable par les juges européens, qui constatent qu’« aucune disposition du ré̀glement n’exige une telle analyse d’impact ». Des documents internes à la Commission, rendus publics dans un document récent de la journaliste Stéphane Horel (Intoxication, La Découverte, 2015) montrent que cette étude d’impact, préalable à la prise d’une définition des PE, avait été expressément demandée au secrétariat général de la Commission par l’industrie chimique européenne.

« C’est un moment rare : l’abus du pouvoir conféré par le Parlement et le Conseil européen à la Commission a été pointé par la plus haute juridiction européenne, déclare l’Alliance pour la santé et l’environnement (Health and Environment Alliance, HEAL), une organisation non gouvernementale européenne qui rassemble une soixantaine d’associations de la société civile, de syndicats de soignants ou de mutuelles. La Commission va-t-elle couper court à son étude d’impact, ou va-t-elle la poursuivre, sans considération pour le coût d’un retard supplémentaire, en termes de santé publique ? »
L’association Générations futures salue également l’arrêt rendu. « Nous nous félicitons de ce jugement, déclare son porte-parole François Veillerette. Il reconnaît clairement qu’en ne publiant pas les critères scientifiques pour la détermination des propriétés perturbant le système endocrinien, la Commission a violé le droit européen, ce que nous disons depuis maintenant deux années. »

lundi 7 décembre 2015

Catastrophes naturelles : la facture des assureurs pourrait doubler en France d'ici 2040

En marge de la COP 21, l'association française de l'assurance alerte sur le coût des aléas climatiques qui pourrait grimper jusqu'à 92 milliards d'euros d'ici 2040 en France métropolitaine. Soit près du double de la facture des 25 années précédentes.
Sécheresses, inondations, submersions marines, tempêtes, grêles, neige dans l'Hexagone… Ces aléas naturels ont coûté, entre 1988 et 2013, 48 milliards d'euros aux assureurs. Soit une facture d'1,86 milliard d'euros de dommages matériels par an, chiffre l'Association française de l'assurance (Afa). Au cours des 25 dernières années, les assureurs ont ainsi indemnisé annuellement en moyenne 431.000 sinistrés.
Les coûts des aléas naturels pourraient doubler, entre 2014 et 2039, et franchir les 92 milliards d'euros en France métropolitaine, prévient l'Afa, partenaire officiel de la Conférence Paris Climat (COP 21), dans une étude parue ce 3 décembre. Celle-ci se concentre sur les dommages directs causés aux biens par les aléas naturels, y compris les pertes d'exploitation. L'étude n'intègre pas les dommages corporels ainsi que les dommages causés aux récoltes non engrangées des exploitants agricoles.
Le climat, deuxième facteur du surcoût des dégâts
"Les coûts cumulés des dégâts liés à la sécheresse, aux inondations, aux submersions marines et aux effets du vent, sur cette période, augmenteraient de 90% en euros constants par rapport à ceux des 25 années précédentes", alerte l'Afa. Soit une hausse de 44 milliards d'euros.
Plusieurs facteurs sont à l'origine de ce surcoût d'ici 2040. Le premier facteur est "l'enrichissement global de la France" (densité et valeur moyenne des logements, des entreprises, des biens des collectivités territoriales) qui "conduira naturellement à une augmentation des conséquences d'un événement climatique", expliquent les assureurs. Ce facteur "enrichissement" représente 43% du surcoût estimé, soit 19 milliards d'euros. Le changement climatique d'ici à 2040, et notamment les effets d'une hausse des températures, est le deuxième facteur. Son impact est estimé à 13 milliards d'euros. La répartition géographique des richesses sur le territoire métropolitain et la variation naturelle du climat auront quant à elles des conséquences évaluées respectivement à 8 et 4 milliards d'euros.
Ainsi, le coût de la sécheresse pourrait passer de 8 à 21 milliards d'euros d'indemnisations à l'horizon 2040. L'impact du changement climatique "est conséquent" et représente 60% de ce surcoût (soit 8 milliards d'euros). Concernant les inondations (issues des cours d'eau), l'addition passerait de 16 à 34 milliards d'euros. Soit +104% d'indemnisations par rapport à 1988 et 2013.

Facture salée des tempêtes
La France a également déjà subi 84 submersions marines, ces 30 dernières années. "La plupart sans conséquences majeures" hormis la tempête Xynthia en février 2010. Sur les 25 dernières années, le coût des submersions marines pour les assureurs a représenté 1 Md€ (dont 800 M€ pour Xynthia). D'ici 2040, l'Afa table sur un surcoût compris entre 3,2 et 4,2 milliards d'euros.
Les tempêtes, quant à elles, ont constitué l'aléa climatique le plus coûteux pour les assureurs depuis 1990. Les tempêtes Lothar et Martin de 1999 ont coûté 13,4 milliards d'euros. Leur caractère exceptionnel "amène à intégrer un facteur aléa climatique négatif" d'ici 2040. L'étude projette donc d'indemniser 33 milliards d'euros à cette échéance. Elle ne prend toutefois pas en compte les effets du réchauffement sur ce risque de tempêtes face à "une grande incertitude scientifique".
Des mesures de prévention et de protection à adapter
Cette étude "met en exergue l'importance d'adapter dès maintenant les politiques de prévention et le développement de la culture du risque dans notre pays", souligne le climatologue Jean Jouzel qui l'a préfacée.
Les assureurs observent en effet sur le terrain "des insuffisances" dans l'application "concrète" des politiques de prévention, estime l'Afa. Dans un livre blanc paru également ce 3 décembre, elle formule 34 propositions. Les assureurs appellent tout d'abord à intensifier les politiques publiques de prévention et protection. Comment ? En accélérant, notamment, le processus de prescription, d'approbation et de mise en oeuvre des Plans de prévention des risques littoraux (PPRL) non encore prescrits ou approuvés sur les communes prioritaires. Autre recommandation : réformer le Fonds de prévention des risques naturels majeurs (FPRNM) "tant du point de vue de sa gouvernance, de ses missions, de son contrôle que de sa maîtrise de la dépense". Les diagnostics des sols devraient également "être obligatoires", lors de toutes constructions ou cessions de terrain construit ou constructible, situées sur une zone répertoriée à risques et annexer le diagnostic à l'acte notarié du terrain.
L'Afa propose également des mesures visant à moderniser le régime d'assurance des catastrophes naturelles, en donnant la possibilité pour l'assureur de fixer "librement la franchise de cette garantie pour les contrats d'assurance couvrant des capitaux supérieurs à 50 M€, et pour ceux couvrant des collectivités territoriales quelle que soit leur taille". L'Afa recommande aussi de transférer l'indemnisation des sinistres résultant de la sécheresse "au régime de l'assurance de responsabilité décennale construction pour toute construction nouvelle répondant à l'obligation d'étude de sols".
 Ces publications constituent une contribution significative des assureurs français à la politique d'adaptation de notre pays au changement climatique", a déclaré Bernard Spitz, président de l'Afa. "Assureurs et réassureurs sont engagés dans la lutte contre le changement climatique à trois titres. Ils indemnisent les conséquences des aléas naturels. Ils organisent des mesures de prévention. Enfin, ils financent l'économie en investissant à long terme".
A l'initiative de l'Afa, 26 fédérations européennes et internationales d'assureurs et réassureurs ont appelé le 27 novembre les parties prenantes aux négociations, à parvenir à un accord permettant de limiter le réchauffement climatique à 2°C d'ici la fin du siècle. "Il nous semble essentiel aux côtés de nos homologues européens et internationaux d'appeler au succès des négociations", a ajouté M. Spitz. "Nous n'avons pas le choix : un monde à +2°C serait encore assurable, un monde à +4°C ne le serait certainement plus", a prévenu en octobre dernier Henri De Castries, PDG d'Axa.

jeudi 3 décembre 2015

Un nouveau prototype de batterie sans lithium

Des chercheurs du CNRS et du CEA ont mis au point une technologie alternative aux batteries lithium-ion. Au sein du Réseau sur le stockage électrochimique de l'énergie (RS2E), ils ont réussi à élaborer une batterie à base d'ions sodium "18650", un format standard utilisé dans l'industrie.

Beaucoup plus abondant (1.000 fois plus) et moins coûteux que le lithium, le sodium permet d'obtenir des batteries avec des performances comparables. Sa densité d'énergie (la quantité d'électricité que l'on peut stocker par kilogramme de batterie) atteint 90Wh/kg, un chiffre comparable à celui des batteries lithium-ion à leur début. Quant à sa durée de vie, exprimée en nombre maximum de cycles de charge et de décharge sans perte significative de performance, elle est de plus de 2.000 cycles.

L'ensemble de ces travaux a fait l'objet de plusieurs publications et brevets déposés par le CNRS et le CEA. Il a bénéficié des soutiens notamment du ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, du CNRS, du CEA, de l'Agence nationale de la recherche (ANR) et de la Direction générale de l'armement (DGA).

mardi 10 novembre 2015

Réchauffement climatique : des grandes villes menacées par la montée des eaux

Un rapport de chercheurs américains publié dimanche souligne qu’à + 2 °C, le niveau des mers continuera à s’élever, pour couvrir des territoires aujourd’hui peuplés de 280 millions de personnes. A + 4 °C, le phénomène concernerait plus de 600 millions d’habitants, pointe l’étude de l’institut de recherche Climate Central, publiée à trois semaines de la conférence sur le climat de Paris, la COP21.
« Un réchauffement de + 2 °C représente une menace pour l’existence à long terme de nombreuses grandes villes et régions côtières », souligne Ben Strauss, l’un des auteurs. Mais les mesures prises pour réduire rapidement et drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, qui dérèglent le climat et persistent dans l’atmosphère, feront malgré tout une différence : « Nous avons encore devant nous un vaste éventail de choix », ajoute le chercheur.
Deux cents ans ou deux mille, il est difficile d’estimer la vitesse à laquelle la mer va monter, souligne l’étude. En tout cas, si les émissions continuent sur leur lancée, entraînant un réchauffement de + 4 °C, le niveau des océans gagnera 8,9 m (chiffre médian), avance le rapport. Avec un réchauffement à + 3 °C, qui est la trajectoire tracée par les promesses actuelles des Etats pour freiner les émissions, les mers monteraient de 6,4 m, couvrant des zones de plus de 400 millions d’habitants aujourd’hui.
A + 2 °C, la mer gagne 4,7 m (3 à 6,3 m), et on passe à environ deux fois moins de personnes affectées. A + 1,5 °C maximum, objectif réclamé par les pays les plus vulnérables comme les petits Etats insulaires, l’élévation reste à 2,9 m et encore moitié moins de population concernée (137 millions).

La Chine en première ligne

En termes de population, la Chine serait en première ligne : à + 4 °C, la montée des eaux concernerait un territoire aujourd’hui peuplé de 145 millions de personnes, un chiffre divisé par deux à + 2 °C, selon cette étude, qui ne tient compte ni de l’évolution démographique ni de la construction d’infrastructures comme des digues.
Parmi les autres pays particulièrement affectés : Inde, Bangladesh, Vietnam, Indonésie, Japon, Etats-Unis, Philippines, Egypte, Brésil, Thaïlande, Birmanie, Pays-Bas… Parmi les villes principales, Hongkong, Calcutta, Dacca, Jakarta, Shanghaï, Bombay, Hanoi, Rio, Buenos Aires, New York ou Tokyo.
Un lien sur le site de Climate Central permet de visualiser les impacts pour chaque grande ville côtière. Les projections prennent en compte la dilatation de l’océan quand il se réchauffe, la fonte des glaciers, mais aussi la dégradation des calottes du Groenland et de l’Antarctique, irréversible au-delà d’un certain seuil.
Mais les mesures qui devraient être entérinées lors de la COP21 afin de réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre feront malgré tout une différence. « Certaines réunions historiques ont dessiné des frontières territoriales, rappelle Ben Strauss. La COP de Paris affectera la frontière globale entre terre et mer. »


jeudi 5 novembre 2015

El Nino accentue la prolifération de la dengue

L'Institut de recherche pour le développement (IRD) alerte sur une possible épidémie de dengue en Asie du Sud-Est en lien avec l'épisode El Nino de cet hiver. Une étude, publiée dans Pnas, se base sur 18 ans de rapports sanitaires issus de huit pays du Sud-Est asiatique. Elle permet aux auteurs d'affirmer qu'il existe une "corrélation des grandes vagues épidémiques [de dengue] avec des températures atmosphériques anormalement élevées liées aux événements El Nino intenses".
El Nino est un phénomène climatique qui a lieu en moyenne tous les cinq ans. Il prend naissance dans l'océan Pacifique où un courant d'eau chaude s'accumule et provoque une hausse des températures atmosphériques. Cette montée du thermomètre favorise les moustiques, vecteurs de la maladie qui se reproduisent plus vite et prolifèrent.
L'IRD rappelle que 390 millions de personnes sont touchées par la dengue chaque année. Elle observe une recrudescence des cas en Asie du Sud-Est. Cette maladie est même qualifiée de "ré-émergente".
Pour cet hiver, les climatologues annoncent un épisode de forte intensité d'El Nino. Ils craignent une grande épidémie de fièvre hémorragique en Asie en janvier 2016. Les scientifiques soulignent toutefois qu'il est encore temps pour les autorités de mettre en place des mesures de prévention.
Le 2 novembre, l'IRD a lancé, en partenariat avec le CNRS et l'Institut de la mer du Pérou, une étude du phénomène El Nino en déployant une série de capteurs le long de la côte péruvienne et au large. Objectif : mesurer les impacts de cet événement climatique extrême sur la dynamique océanique et l'écosystème côtier.

vendredi 23 octobre 2015

La plastisphère, cet écosystème qui menace les océans

Après 60 ans d'une consommation planétaire de produits à base de plastique, les océans du monde entier sont transformés en dépotoirs flottants. Si bien qu'un nouvel écosystème océanique fait son apparition.
Il existe maintenant des « îles flottantes » à la surface de tous les océans. Les courants circulaires appelés « gyres océaniques » ont concentré les déchets de plastique dans le Pacifique Nord et Sud, dans l'Atlantique Nord et Sud, dans l'océan Indien, et même la Méditerranée, une mer intérieure, en est recouverte. 
Au total, on évalue que les 192 territoires dont les frontières touchent les océans déversent environ 10 millions de tonnes de matières plastiques par année.
« C'est devenu un phénomène océanographique planétaire qui nous force maintenant à agir », affirme Kara Lavander Law, océanographe à l'école d'océanographie Sea Education Association, à Woods Hole, aux États-Unis.
Cette océanographe étudie depuis de nombreuses années la gyre de l'Atlantique Nord. Elle constate que les plastiques des gyres sont composés à 90 % de tout petits fragments. Sous l'action des rayons ultraviolets, de la chimie des eaux salées et des microorganismes, de gros objets comme des téléphones ou des bouteilles se décomposent graduellement et forment une soupe de « microplastiques ».

Le plastique océanique colonisé
 
« La nouvelle, c'est que nous découvrons que ces gyres de plastique ont un impact direct sur l'écosystème des océans », soutient Linda Amaral Zettler, biologiste au Marine Biological Laboratory de Woods Hole. Elle et son conjoint, le biologiste Érik Zettler, découvrent que toute une faune de microorganismes vivent directement sur le plastique et s'en nourrissent : des algues diatomées et des bactéries de toutes sortes.
La bactérie qui inquiète le plus le couple de chercheurs est le Vibrio. Elle fait partie d'une classe de bactéries dont la plus connue est celle qui cause le choléra chez l'humain. Celle que l'on retrouve sur le plastique océanique s'attaque au système digestif des poissons.
Le Vibrio est déjà présent dans l'océan. Ce que constatent les chercheurs, c'est que la bactérie a le potentiel de se reproduire en grande quantité dans les gyres. 
« Trente minutes après son arrivée dans l'océan, un plastique est colonisé. S'il flotte dans une aquaculture, il a le potentiel de la contaminer. »
Les derniers travaux du chercheur espagnol Andres Cozar confirment que la Méditerranée est maintenant recouverte de déchets de plastique. Il n'y a pas de gyre dans cette mer intérieure. Les plastiques se dégradent sur place lentement.
L'inquiétude est de savoir jusqu'où la contamination du plastique se rend dans la chaîne alimentaire.
« On est déjà exposés au plastique dans notre alimentation et notre environnement. Il est encore trop tôt pour mesurer l'impact du plastique océanique sur notre santé. » — Érik Zettler, biologiste





lundi 12 octobre 2015

La Question : les élus locaux, seuls responsables d’une urbanisation excessive ?

Le 8 octobre, 32 communes ont été placées en état de catastrophe naturelle par un décret, après les inondations qui ont frappé la Côte d’Azur cinq jours plus tôt. Vingt personnes ont alors perdu la vie. L’urbanisation excessive de la région aurait contribué au sinistre en empêchant l’évacuation des eaux pluies. Les élus locaux portent-ils seuls la responsabilité d’un aménagement du territoire insensible aux risques d’inondations ?


  • Les élus ne font que répondre à nos demandes, par Sylvain Rotillon, chef bureau des risques à la Direction départementale des territoires 91.
« Après les inondations, les élus ont été mis en accusation pour avoir favorisé à outrance l’urbanisation. Formellement, ce sont les maires qui signent les permis de construire, ce sont donc les grands coupables. Pourtant, s’il existe des élus indélicats, reporter la faute sur les seuls édiles est un peu rapide. Si l’urbanisation progresse, plus rapidement que la population, c’est parce que nos modes de vie sont consommateurs d’espace. Séparation des couples, confort, envie de pavillon… individuellement, on s’étale, on imperméabilise. En zone inondable, on préfère construire plus grand que plus sûr. Le coût de la prévention est pour le particulier, celui de la réparation est collectif. Les élus se retrouvent sous pression de leurs administrés pour délivrer ces autorisations, quitte à s’affranchir des règles de sécurité. Difficile de refuser à un futur électeur un projet dont on ne perçoit pas qu’additionné aux autres il va générer le risque. Les élus ne font que répondre à nos demandes. »


  • N’oublions pas le rôle joué par la décentralisation, par Mathilde Gralepois, maître de conférences Université de Tours et Lisa Lévy, maître assistante à l’université de Genève.

« La responsabilité des élus est encastrée dans les enjeux du développement urbain et de la prévention des risques. Nos villes se sont construites au bord des cours d’eau et des littoraux. Les 20 dernières années ont été marquées par des constructions qui se font dans des zones inondables déjà urbanisées, plus que par l’expansion de la ville. Il est facile de pointer du doigt la responsabilité des “maires-constructeurs en zone inondable”. Rares sont les élus qui développent leur ville illégalement. Par contre, pour s’accrocher aux ressources économiques et politiques du développement local, ils choisissent les interprétations a minima, développant la ville aux franges des zones non définies comme inondables et en délivrant des permis de construire en périodes d’incertitude réglementaire. Par exemple, Nice a continué à construire en zones inondables pendant les dix ans qu’ont duré les négociations sur le plan de prévention des risques. La responsabilité complexe des élus doit être saisie dans le lot de conséquences des transferts récents des compétences de l’État vers les collectivités : maîtrise de l’urbanisation, protection par les ouvrages, planification des secours, alerte… Les contradictions de la décentralisation dans la prévention des risques accroissent la

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Une mâchoire capable de sectionner du métal, une chair mortelle sans antidote connu, et des attaques déjà recensées sur des baigneurs : le p...