vendredi 13 février 2015

Et les médecins se plaignent.


A l’heure où les médecins généralistes réclament une revalorisation de 2 euros de la consultation en secteur 1, actuellement à 23 euros, une étude de l’Insee publiée mercredi 11 février vient rappeler la diversité des revenus chez les 57 000 médecins généralistes et les 52 000 médecins spécialistes.
En 2011, le revenu d’activité d’un médecin s’est ainsi élevé en moyenne à 106 140 euros, ce qui correspond à un revenu moyen net de 8 845 euros par mois. Ce chiffre cache cependant de grandes disparités, prévient l’Insee, dans la mesure où le revenu moyen « varie du simple au double suivant les spécialités ». Les anesthésistes et les radiologues déclarent plus de 189 000 euros annuels quand les dermatologues ne touchent « que » 86 230 euros par an. En bas de cette échelle des revenus, les généralistes ont touché eux en moyenne 82 020 euros en 2011, soit 6 835 euros net par mois.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/02/12/combien-gagnent-les-medecins-en-france_4575552_3224.html#vS8xyIMXARh8aEAT.99

mercredi 11 février 2015

La Cour des comptes étrille la gestion des agences de l’eau

Subventions généreuses, contrôles inexistants, mansuétude envers les pollueurs, mélanges des genres, conflits d'intérêts : la Cour des comptes étrille les six agences chargées de la politique de l'eau en France, et leur réserve une place de choix en ouverture de son rapport annuel, rendu public mercredi 11 janvier. Ces établissements collectent et redistribuent les redevances eau pour la préservation de la ressource et la protection des milieux aquatiques, soit beaucoup d'argent public. Ils devaient verser 13,6 milliards d'euros pendant leur 9e programme, qui couvre la période 2007 à 2012, afin d'améliorer des réseaux de collecte, financer des unités de traitement des eaux usées et, dans une bien moindre mesure, subventionner des actions de restaurer de rivières ou de zones humides. Les agences ont en fait dépenser un peu plus, 14,9 milliards d'euros.

Lire sur le rapport : La Cour des comptes préconise de nouvelles économies dans les services publics locaux
En quelques dizaines de pages explicites, les juges montrent à quel point le fameux principe du pollueur-payeur, censé porter la politique nationale de l'eau, tend à devenir un mythe républicain. L'application de ce principe « a reculé » ces dernières années, concluent-ils, et « ceux dont l'activité est à l'origine des pollutions graves ne sont pas sanctionnés en proportion des dégâts qu'ils provoquent ».

Pollueurs-payés

Le déséquilibre est criant. Les usagers domestiques règlent l'essentiel de la facture : en 2013, ils ont acquitté 87 % du montant total de la redevance, tandis que la part des industriels (en baisse de 15 %) est descendue à 7 % et celle des agriculteurs stagnait à 6 % en moyenne. Il s'agit d'une moyenne, la situation est hétérogène entre les six agences, dont le découpage correspond aux grands bassins fluviaux – Adour-Garonne, Artois-Picardie, Loire-Bretagne, Rhin-Meuse, Rhône-Méditerranée et Corse, Seine-Normandie. En y regardant de plus près, on mesure que leurs pratiques reflètent nettement l'influence qu'elles subissent de la part des acteurs socio-économiques dominants dans leur région.
Ainsi, dans le bassin Rhin-Meuse, marqué par diverses pollutions industrielles, la contribution des entreprises de ce secteur n'était plus que de 11 % du total en 2013, contre 22 % six ans plus tôt. Dans le bassin rhodanien, où le prélèvement d'eau est le plus disputé avec celui d'Adour-Garonne, la redevance payée par les agriculteurs irrigants est « très inférieure » à la moyenne, pointe le rapport. Résultat : l'irrigation ne paie dans cette grande région que 3 % du montant total des redevances alors qu'elle capte 70 % des eaux prélevées en surface. Et, à la différence des autres secteurs, l'agriculture ne rend pas à la nature ce qu'elle a pompé après usage. Quant à l'agence de la Seine-Normandie, elle avait décidé de faire peser 92 % de ses recettes sur les seuls usagers. Le ministère de l'écologie, tutelle des agences, est même intervenu pour faire redresser légèrement la barre depuis.

Pollution et exemption

La Cour des comptes réserve un passage de choix à la question des pollutions diffuses d'origine agricole qui vaut à la France d'être sous la menace d'une très grosse amende de la part de la Cour de justice de l'Union européenne. En Loire-Bretagne, la part de la redevance collectée auprès des agriculteurs s'élève à 10 %, dont 0,6 % seulement au titre des activités d'élevage. En outre, cette contribution-là a chuté de 58 % en six ans dans le Grand Ouest (et de 84 % en Rhône-Méditerranée) ! Il faut rappeler que les concentrations d'animaux d'élevage produisent de gigantesques quantités de composés azotés qui, transformés en nitrates, provoquent la prolifération des algues vertes dans les rivières.
Pourtant, en France, le montant de la redevance payée par les éleveurs « n'était que de 3 millions d'euros en 2013 alors que le seul coût du nettoyage des algues vertes sur le littoral est estimé au minimum à 30 millions d'euros par an », précisent les magistrats. Et pour achever le tableau, il est précisé que si les produits phytosanitaires sont assujettis à une taxe qui abonde le budget des agences de l'eau, les engrais azotés, eux, en sont exemptés. « Ce qui est paradoxal », commentent les rapporteurs.

Absence de contrôle

La Cour est en outre sévère sur la gestion des six établissements publics – celle-ci est certes différente d'une agence à l'autre, mais elle laisse à désirer partout. Ils soulignent la « transparence insuffisante » qui accompagne les attributions de subventions. Ils dénoncent l'absence de contrôles, et parfois des prêts généreux accordés aux pollueurs. Les magistrats réclament une harmonisation des financements et l’instauration de règles afin de limiter une distribution trop systématique et des aides pour des projets sur-dimensionnés.
Plus de rigueur permettrait d'éviter un fonctionnement sur mesure en faveur de telle collectivité locale, tel industriel, voire telle autre administration de l'Etat. Ainsi, pourquoi donc l'établissement de Seine-Normandie a-t-il financé si largement le Forum mondial de l'eau qui s'est tenu à Marseille, s'interrogent les juges ? Autre exemple, celui de Rio Tinto : en échange d'un engagement vague à cesser de déverser ses résidus de bauxite en Méditerranée, le groupe a obtenu une sacrée ristourne. Il a eu ainsi à régler une redevance de 2,5 millions d'euros au lieu de 13 millions.
Comment en est-on arrivé à ces injustices et ces incohérences vis-à-vis des lois françaises sur l'eau et des directives européennes ? La Cour met clairement en cause la composition des conseils d'administration des agences où l'Etat est minoritaire, dont les membres sont élus ou choisis au sein des comités de bassin. La France est très fière de ces assemblées, communément appelées « parlements de l'eau », où différents collèges sont censés représenter tous les utilisateurs de l'eau.

Conflits d’intérêts

La Cour des comptes voit surtout dans cette organisation la source de nombreux « conflits d'intérêts ». De fait, la démocratie n'y est que de façade : les principaux pollueurs y occupent une large place. Ici ce sont les industriels qui se sont emparés d'un maximum des sièges dévolus aux « usagers », là ce sont des agriculteurs qui accaparent les mandats, soit en tant qu’exploitant, soit en tant que représentant de l'industrie agroalimentaire, pour peu qu'il soit membre d'une coopérative agricole, soit en tant qu'élu local... En outre, comme ce sont les chambres d'agriculture qui désignent ceux qui siégeront aux comités de bassin, c'est le syndicat majoritaire, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, qui dispose de fait « d'un quasi-monopole de représentation », souligne le rapport
Les représentants issus de ces comités décident ensuite au sein de commissions d'attribution, de financer un barrage pour l'irrigation, comme sur le fameux site de Sivens, dans le Tarn, ou bien de construire une nouvelle station d'épuration nécessaire au futur Center Parcs de Roybon, dans l'Isère, pour prendre des exemples dans l’actualité.
Profitant du renouvellement de ces assemblées en juin, la ministre de l'écologie, Ségolène Royal, avait imposé un – petit – rééquilibrage au profit des associations de défense des consommateurs et de la protection de la nature, qui occupent un strapontin dans ces instances, ainsi que pour l'agriculture biologique. Avant même la publication du rapport de la Cour des comptes, Ségolène Royal a fait savoir, mardi, qu'elle demanderait à l'avenir la publication des aides attribuées, et promis un décret instituant « de nouvelles règles avant l'été » afin de prévenir les conflits d'intérêts.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/ressources-naturelles/article/2015/02/11/la-cour-des-compte-etrille-la-gestion-des-agences-de-l-eau_4574335_1652731.html#EgMcMuiJRljVR5lY.99

mardi 3 février 2015

Chasse à l'oie : Ségolène Royal envoie un mauvais signal avant la loi biodiversité

La ministre de l'Ecologie a adressé les 28 et 29 janvier des courriers au directeur général de l'ONCFS et aux préfets leur rappelant que la date de fermeture de la chasse à l'oie était fixée au 31 janvier par l'arrêté du 19 janvier 2009. Mais elle précise que "la verbalisation prendra effet à compter du lundi 9 février".
Par cette instruction, "Ségolène Royal officialise le braconnage des oies !", s'indigne Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). "Cette pirouette en faveur des chasseurs est d'autant plus vulgaire que, quelques heures plus tôt, [la ministre] se faisait un point d'honneur à lutter contre le braconnage… des éléphants !", n'hésite pas à ajouter le représentant de l'association de protection de la nature.
La LPO annonce préparer une information auprès de la Commission européenne pour qu'"une suite soit donnée au comportement français". Une démarche qu'annonce engager également France Nature Environnement (FNE), qui rencontre des représentants de l'exécutif européen la semaine prochaine. Les deux ONG pointent la contradiction avec l'engagement du président de la République sur le devoir d'exemplarité de la France en matière de biodiversité, et alors que la discussion du projet de loi sur la biodiversité est annoncée pour le mois de mars.
Vulnérabilité des espèces
La première semaine de février fait l'objet de querelles récurrentes entre les chasseurs qui souhaitent poursuivre leur saison de chasse à l'oie sur cette période et les écologistes qui peuvent se prévaloir de plusieurs décisions de justice favorables à l'interdiction. Le 19 décembre dernier, le Conseil d'Etat a annulé un énième arrêté ministériel qui avait repoussé la fermeture de la chasse du 31 janvier au 10 février 2014, en raison de la vulnérabilité de ces espèces qui ont déjà commencé leur période de migration à cette période de l'année.
"En France, toutes les données scientifiques, y compris la très récente étude conduite par l'ONCFS sur les oies, démontrent que cette migration débute fin janvier et que la chasse doit fermer au plus tard le 31 janvier. Pourtant, les chasseurs ne cessent de réclamer un report de la fermeture et lorsqu'ils n'obtiennent pas satisfaction, ils font pression auprès des élus et des pouvoirs publics afin de pouvoir braconner en toute impunité !", s'indigne FNE.

vendredi 9 janvier 2015

Pour limiter le réchauffement à 2° C, combien de pétrole, gaz et charbon en moins ?

Un tiers des réserves de pétrole, la moitié de celles de gaz et plus de 80 % de celles de charbon devront rester inexploitées, si l'on veut éviter la surchauffe de la planète. C'est la thérapie de choc que prescrivent deux chercheurs britanniques dans une étude publiée dans l'édition de la revue Nature du jeudi 8 janvier. Il s'agit d'un sevrage radical pour une économie mondiale marquée par son addiction aux ressources fossiles. Toutefois, le traitement préconisé est différencié selon les grandes zones de production, ce qui fait tout l'intérêt de ce travail.

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a prévenu : pour conserver au moins une chance sur deux de contenir la hausse des températures à la fin du siècle sous la barre de 2°C par rapport à la période préindustrielle – seuil de danger retenu par la communauté internationale en 2009 –, les émissions mondiales de CO2 ne devront pas dépasser, entre 2011 et 2050, une fourchette allant de 860 à 1 180 milliards de tonnes, ou gigatonnes (Gt).
S'ABSTENIR D'EXTRAIRE LA PLUS GRANDE PARTIE DES RÉSERVES FOSSILES
Or, les réserves fossiles du globe représentent un stock d'environ 2 900 Gt de CO2 – près de trois fois plus que les émissions tolérables donc –, selon les estimations des auteurs qui se fondent notamment sur les évaluations du World Energy Council, de l'Institut d'études géologiques des Etats-Unis et de l'Institut fédéral allemand pour les géosciences et les ressources naturelles. Encore ne s'agit-il que des réserves, c'est-à-dire des volumes récupérables aux conditions techniques et économiques actuelles, dans des gisements déjà exploités ou en voie de l'être. Les ressources, elles, c'est-à-dire l'ensemble des matières fossiles présentes dans le sous-sol terrestre, sont près de quatre fois plus importantes (environ 11 000 Gt).
La conclusion s'impose : il faut, jusqu'à 2050, s'abstenir d'extraire et de brûler la plus grande partie des réserves fossiles. L'originalité de l'étude des deux chercheurs, Christophe McGlade et Paul Ekins, de l'University College London, est d'avoir cherché à quantifier le « sacrifice » nécessaire, en fonction des pays ou ensembles de pays, mais aussi en distinguant entre pétrole conventionnel ou non conventionnel, gaz conventionnel ou non conventionnel, et charbon.
Pour ce faire, ils ont fait tourner un modèle technico-économique utilisé par les énergéticiens. Celui-ci combine une série de paramètres caractérisant les grandes régions du monde – réserves, extraction, transport, transformation et usages des différentes sources d'énergie, technologies existantes et futures, équilibre entre l'offre et la demande, exportations, etc – pour « optimiser » le système énergétique mondial. Autrement dit, pour obtenir un coût de l'énergie minimal. A ce modèle, ils ont ajouté une contrainte supplémentaire : la limitation du réchauffement à 2 °C.
EFFORT INÉGALEMENT RÉPARTI SELON LES PAYS
Résultats : 35 % des réserves de pétrole, 52 % de gaz et 88 % de charbon doivent rester sous terre. Le recours au captage-stockage du CO2 – une technologie encore embryonnaire – ne permettrait qu'une faible diminution de ces pourcentages (respectivement 33 %, 49 % et 82 %). Mais l'effort est inégalement réparti. Les pays producteurs du Moyen-Orient, qui possèdent l'essentiel des réserves, doivent renoncer à 38 % de leur pétrole et 61 % de leur gaz, l'Afrique à respectivement 26 % et 34 %, la Chine et l'Inde réunies à 25 % et 53 %, l'Europe à 21 % et 6 %, les pays de l'ex-Union soviétique à 19 % et 59 %.
Le Canada, lui, doit se priver de 75 % de son pétrole et 24 % de son gaz. En revanche, les Etats-Unis échappent, ou presque, à ces restrictions, puisqu'ils ne doivent abandonner que 9 % de leurs gisements de pétrole et 6 % de ceux de gaz. Ce que les auteurs expliquent par la proximité des centres de production et de consommation qui réduit les coûts. Mais c'est pour le charbon que, partout, les restrictions sont les plus drastiques, le Moyen-Orient devant même en laisser dans le sol 99 %.
LAISSER DORMIR LES HYDROCARBURES NON CONVENTIONNELS
Pour ce qui est du cas particulier des hydrocarbures non conventionnels (pétrole et gaz de schiste, sables bitumineux), les auteurs concluent qu'une hausse de leur production actuelle est incompatible avec la volonté de juguler le réchauffement. Ce qui pénaliserait donc la production américaine de gaz et huiles de schiste et celle, canadienne, de sables bitumineux. De même, soulignent-ils, « toutes les ressources de l'Arctique en hydrocarbures devraient être classées comme non brûlables ».
« Les hommes politiques doivent réaliser que leur instinct consistant à recourir aux énergies fossiles disponibles sur leur territoire, est incompatible avec leur engagement à tenir l'objectif de 2 °C », conclut Christophe McGlade.
« COMPENSATION ENTRE GAGNANTS ET PERDANTS »
Roland Vially, géologue à l'IFP Energies nouvelles, prend des distances avec l'étude. Il met ainsi en cause la pertinence de l'utilisation, sur ce sujet, d'un modèle d'optimisation économique. A ses yeux, « il aurait été plus intéressant de faire une optimisation en termes d'émissions de CO2 plutôt qu'en termes de coût ».
« Il y a un grand absent dans cet article : le consommateur, observe-t-il en outre. Les pays producteurs sont implicitement rendus responsables de la consommation mondiale, alors qu'il faut [pour rester sous la limite de 2°C] que les pays consommateurs consomment moins et donc que la demande diminue ».
Chercheur au Potsdam Institute for Climate Impact (Allemagne), Jérôme Hilaire, cosignataire avec son collègue Michael Jakob d'un commentaire dans le même numéro de Nature, juge en revanche ce travail « très intéressant », dans la mesure où il est « le premier à identifier de façon aussi détaillée où se trouvent les réserves et les ressources fossiles à ne pas exploiter ». Surtout, ajoute-t-il, ces résultats mettent en lumière la nécessité de politiques climatiques prévoyant « un système de compensation entre gagnants et perdants ».
On voit mal en effet comment – et l'étude n'apporte pas la réponse – convaincre un pays producteur, riche ou pauvre, ou une compagnie pétrolière ou gazière, de renoncer à la rente des hydrocarbures, sans la mise en place de mécanismes tels qu'un marché mondial du carbone, ou que le Fonds vert pour le climat, destiné à aider les pays en développement à prendre leur part dans la lutte contre le réchauffement. Des questions qui seront au cœur de la conférence mondiale sur le climat de Paris, en décembre 2015.

mardi 2 décembre 2014

L'Anses relaye deux études sur l'exposition des enfants aux pesticides

Deux études relayées par l'Anses reviennent sur l'exposition environnementale et alimentaire de jeunes enfants aux résidus de pesticides. Elles confirment la dérive des pesticides pulvérisés et l'implication des aliments dans l'exposition.
 Quelle est l'exposition environnementale et alimentaire des jeunes enfants aux résidus de pesticides ? Ce sujet a été à l'origine de crispations cet été lors de la préparation de la loi d'Avenir pour l'agriculture : Ségolène Royal avait alors annoncé "une interdiction des épandages de produits phytosanitaires « à moins de 200 mètres des écoles »".
Au final, la loi n'a retenu que la mise en place de mesures de protection près des lieux sensibles (écoles, hôpitaux, etc.) : "des haies, des équipements pour le traitement ou des dates et horaires de traitement permettant d'éviter la présence de personnes vulnérables".
Dans son dernier bulletin de veille scientifique, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) vient alimenter le débat à travers la présentation de deux études : l'une se penche sur l'exposition d'écoles d'Afrique du Sud situées à proximité de vignobles et la seconde tente d'évaluer la contribution de certains aliments à l'exposition de jeunes enfants.
Si l'Agence souligne dans son analyse "la difficulté de documenter les sources d'exposition aux pesticides" du fait de leur "présence ubiquiste (…) dans l'environnement et au nombre élevé de molécules mises sur le marché", elle relève toutefois les apports documentaires de ces deux études.
Le suivi des concentrations résiduelles de pesticides dans l'air, les poussières et la pelouse d'écoles à proximité de vignobles (30 et 100 m) en Afrique du Sud (à l'ouest de la ville du Cap) montre en effet que six des onze pesticides détectés dans les échantillons figurent dans le planning de pulvérisation des exploitations.
Mise en évidence de dérive de pesticides
Selon cette étude, les résultats "en lien avec les données météorologiques (direction du vent, données pluviométriques) ont confirmé la dérive des pesticides utilisés dans les vignobles vers les deux écoles".
L'Anses regrette toutefois que tous les pesticides utilisés dans les fermes aux alentours ainsi que dans les écoles en question n'aient été étudiés. "Compte tenu du phénomène de dérive sur des distances pouvant atteindre 750 m, il aurait été pertinent de connaître l'environnement des écoles sur un rayon équivalent", pointe-t-elle également.
La seconde étude a mesuré la concentration de résidus de pesticides dans les urines de 135 enfants, âgés de deux à cinq ans, après la consommation de jus de fruits frais, céréales, légumes et pain aux Etats-Unis (Caroline du Nord et Ohio).
Elle montre ainsi que 99% des enfants ont été exposés aux insecticides TCP, 64% à l'acide 3-phénoxybenzoïque (3-BPA) et 92% à l'herbicide, l'acide dichloro 2,4 phénoxyacétique.
Selon les auteurs, les enfants consommant des pommes et des jus de fruits à une fréquence d'au moins trois fois par semaine présentent une concentration moyenne de TCP plus élevée.
De la même manière, lorsque ces derniers mangent du poulet ou de la dinde à une fréquence supérieure ou égale à trois fois par semaine, leur niveau urinaire de 3-BPA s'avérait plus important.
"La documentation du poids ou du volume des aliments consommés aurait pu permettre une meilleure caractérisation des sources d'exposition", note l'Anses. Pour l'Agence, les auteurs auraient également pu prendre en compte des critères complémentaires comme les concentrations en pesticides dans les légumes, une analyse de l'eau du robinet, la consommation de produits bio, etc.
Selon l'Anses, une voie d'exposition qui pourrait ne pas être négligeable serait également l'ingestion de terre contenant des pesticides : les enfants absorberaient en effet en moyenne 31 mg/jour (et jusqu'à 137 mg/jour) de terre et de poussières.
En France, quelques études se sont intéressées à cette question : l'étude épidémiologique Timoun en Guadeloupe s'efforce de caractériser les éventuels impacts du chlordécone sur le développement de l'enfant et la grossesse. Des scientifiques ont ainsi montré que cette exposition peut conduire à un risque augmenté de prématurité.
Dans le cadre du volet alimentation du projet de recherche Popeye, l'exposition aux pesticides des couples mères-enfants de la cohorte nationale Elfe doit également être étudiée ainsi que les impacts possibles d'une exposition pendant la grossesse.
De manière plus large, l'Institut de veille sanitaire avait alerté en avril 2013 sur les niveaux d'exposition de la population française (adulte) aux organophosphorés et aux pyréthrinoïdes.
Lors de la table ronde santé-environnement de la Conférence environnementale, plusieurs associations ont appuyé sur la nécessité de réduire l'usage des pesticides, la feuille de route qui en découlera en janvier montrera si le Gouvernement a entendu leur appel.

Microplastiques : les poissons d'eau douce aussi sont contaminés

Pour la première fois, des chercheurs de l'Ineris apportent la preuve de la pollution des milieux aquatiques terrestres par des microplastiques. Reste à évaluer les effets biologiques de cette contamination.
 Si la contamination des océans par les microplastiques est désormais bien connue grâce notamment à des expéditions scientifiques dans le Pacifique et plus récemment en mer Ligure, ce n'est pas le cas pour les milieux d'eau douce. Les premières études ont mis en évidence la présence de microplastiques dans les eaux de surface et dans les sédiments de certains écosystèmes lentiques comme le lac de Garde en Italie, le lac de Genève en Suisse ou même le lac Hovsgol en Mongolie. De même, la contamination de sédiments a été observée dans des écosystèmes lotiques comme le fleuve Saint Laurent au Canada. En France, l'Institut national de l'environnement et des risques (Ineris) a commencé à s'intéresser à la question. Grâce à une étude exploratoire menée sur deux ans, les chercheurs ont constaté une contamination des poissons similaire à celle observée en milieu marin.
10% des goujons sont contaminés
Les équipes de l'Ineris ont développé pour cette étude une méthodologie spécifique pour mieux détecter les microplastiques, permettant la séparation et le marquage du contaminant lors de l'analyse du contenu de l'estomac des individus. Sur les 812 goujons prélevés sur 33 sites, 10% contenaient dans leur intestin des fibres ou microbilles en plastique. D'autres études ayant mis en évidence la présence de microplastiques dans le milieu (eau et/ou sédiment) n'avaient pas retrouvé ces contaminants dans les poissons. L'espèce "sentinelle" étudiée par l'Ineris se nourrit en fouissant dans les sédiments et les graviers ce qui l'expose aux microplastiques présents dans le milieu.
Des impacts sanitaires inconnus
Même si aucune étude n'a recherché directement la présence de microplastiques dans les rivières françaises, le travail de l'Ineris démontre la contamination des milieux aquatiques par les microplastiques et, via la chaîne alimentaire, l'exposition des poissons à cette pollution. Par contre, il ne dit rien sur les effets biologiques de cette contamination. Des bioessais d'écotoxicité réalisés en laboratoire ont souligné récemment l'impact des microplastiques sur la croissance de certaines algues et sur la mortalité et la reproduction de micro-crustacés.
L'étude de l'Ineris a été réalisée sur des prélèvements effectués dans le cadre d'une recherche de l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema) sur l'intersexualité des poissons. Les chercheurs de l'Ineris n'ont pas résisté à l'idée de comparer la présence de microplastiques avec le changement de sexe, même si l'étude n'avait pas été construite dans ce but. Résultat, aucun lien n'a pu être établi.
Reste que ces microplastiques peuvent être des sources d'exposition à des substances qui perturbent les cycles hormonaux. Les phtalates et autre bisphenol utilisés pour la fabrication de plastique sont en effet des perturbateurs endocriniens suspectés. Les microplastiques peuvent également être porteurs de substances chimiques.
Un microplastique, c'est quoi ?
L'Ineris soulève aussi la question de la source de ces microplastiques. Définis comme étant des débris de moins de 5 mm, ces éléments proviennent des activités humaines. Ils peuvent être présents directement sous cette taille dès leur émission ou progressivement réduits à l'état de particules par l'érosion. Surtout retrouvés sous forme de fibres dans les poissons, les microplastiques proviennent des cosmétiques (billes d'exfoliants par exemple), des eaux usées qui charrient les fibres synthétiques issues des vêtements lavés en machine…

mercredi 8 octobre 2014

L’acidification des océans aura d’importantes conséquences pour la biodiversité

Le fait est encore relativement méconnu du grand public : le changement climatique n’est pas la seule conséquence des émissions humaines de dioxyde de carbone (CO2). Celles-ci sont aussi responsables de l’acidification des océans, phénomène qui aura des conséquences importantes sur la biodiversité marine d’ici à la fin du siècle. Une trentaine de spécialistes internationaux de biologie marine ont conduit une synthèse des connaissances sur le sujet, rendue publique mercredi 8 octobre à Pyeongchang (Corée du Sud), au cours de la 12e Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique.


Les auteurs rappellent d’abord que le phénomène ne se réduit pas à une prévision pour l’avenir, mais qu’il est d’ores et déjà mesurable. « Par rapport à la période préindustrielle, l’acidité des océans a augmenté d’environ 26 % », écrivent-ils. Le lien entre ce phénomène, qui tend à rendre les eaux de surface de plus en plus corrosives, et les émissions anthropiques de CO2 est sans équivoque. « Au cours des deux derniers siècles, l’océan a absorbé un quart du CO2 émis par les activités humaines », estiment les scientifiques.
ACIDIFICATION INÉDITE DEPUIS CINQUANTE-SIX MILLIONS D’ANNÉES
Si les émissions humaines se poursuivent au rythme actuel, préviennent les chercheurs, les océans verront « leur acidité augmenter d’environ 170 % par rapport aux niveaux préindustriels d’ici à 2100 ». Selon des travaux publiés en 2012 dans la revue Science, le phénomène actuel est d’une amplitude inédite depuis cinquante-six millions d’années et se produit à une rapidité jamais vue depuis trois cents millions d’années.
« Il est désormais inévitable que dans les cinquante à cent prochaines années, la poursuite des émissions portera cette acidité à des niveaux qui auront des impacts à grande échelle, essentiellement négatifs, sur les organismes et les écosystèmes marins, ainsi que sur les biens et les services qu’ils prodiguent », annonce le rapport.
« Par rapport aux précédents travaux de synthèse conduits sur le sujet qui traitent souvent des effets sur des organismes particuliers, nous nous sommes cette fois intéressés aux effets plus larges sur la biodiversité, ce qui est un exercice bien plus complexe », précise Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) au Laboratoire océanographique de Villefranche-sur-mer et coauteur du rapport.
LES MOLLUSQUES ET CORAUX TOUCHÉS
Les créatures les plus vulnérables à cette réduction rapide du pH des eaux de surface de l’océan sont connues. Ce sont celles constituées d’une structure calcaire ou d’une coquille — mollusques, coraux, certains phytoplanctons, etc. Selon le rapport, les foraminifères (organismes planctoniques) et les ptéropodes (mollusques planctoniques) sont parmi les plus fragiles et « verront probablement une calcification réduite, voire une dissolution dans les conditions projetées pour le futur ». Au contraire, même dans de telles conditions, « les phytoplanctons non calcaires, comme les diatomées [microalgues unicellulaires], peuvent montrer une capacité accrue à la photosynthèse ».
L’acidification des océans semble déjà avoir un impact sur l’aquaculture dans le nord-ouest des Etats-Unis, selon le rapport, qui relève notamment des « fortes mortalités » dans les exploitations ostréicoles.
INCERTITUDES POUR LA FIN DU SIÈCLE
Pour l’avenir et à l’horizon de la fin du siècle, les incertitudes sur les conséquences du phénomène sont considérables, d’autant plus qu’il n’existe aucune situation analogue dans le proche passé. Les auteurs du rapport se sont donc penchés sur des observations conduites dans de petites zones de l’océan où des sources naturelles de carbone portent l’acidité des eaux à des niveaux semblables à ceux attendus pour la fin du siècle.
« En Méditerranée, l’étude d’une zone proche du Vésuve soumise à un pH comparable à celui  attendu pour 2100 suggère une baisse de 70 % de la biodiversité des organismes calcaires, explique M. Gattuso. Et une chute de quelque 30 % de la diversité des autres organismes. » D’autres travaux menés en Papouasie-Nouvelle-Guinée montrent, dans des conditions d’acidité semblables une forte prolifération des algues non-calcaires et une réduction d’environ 40 % de la biodiversité des coraux. Or, comme le note le rapport, les récifs coralliens sont actuellement une source de revenus indirecte pour environ 400 millions de personnes, vivant majoritairement en zone tropicale.
Ces travaux ne permettent toutefois pas de prévoir parfaitement l’avenir. « En étudiant ces zones, on ne tient pas compte de l’augmentation de la température attendue pour la fin du siècle, prévient le chercheur. Si l’on tient compte du réchauffement en plus de l’acidification, il est probable que les effets seront plus importants encore, en particulier pour les coraux. » Impossible d’avoir la moindre certitude quantifiée sur le devenir des écosystèmes marins. « Il est clair que dans les prochaines décennies nous allons sortir de ce que l’on nomme les planetary boundaries, c’est-à-dire les bornes d’évolution naturelles de la planète », dit l’océanographe.

Ces poissons aux dents capables de couper le métal envahissent la Méditerranée : les pêcheurs sont désormais payés pour les capturer

Une mâchoire capable de sectionner du métal, une chair mortelle sans antidote connu, et des attaques déjà recensées sur des baigneurs : le p...