mercredi 8 octobre 2014

L’acidification des océans aura d’importantes conséquences pour la biodiversité

Le fait est encore relativement méconnu du grand public : le changement climatique n’est pas la seule conséquence des émissions humaines de dioxyde de carbone (CO2). Celles-ci sont aussi responsables de l’acidification des océans, phénomène qui aura des conséquences importantes sur la biodiversité marine d’ici à la fin du siècle. Une trentaine de spécialistes internationaux de biologie marine ont conduit une synthèse des connaissances sur le sujet, rendue publique mercredi 8 octobre à Pyeongchang (Corée du Sud), au cours de la 12e Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique.


Les auteurs rappellent d’abord que le phénomène ne se réduit pas à une prévision pour l’avenir, mais qu’il est d’ores et déjà mesurable. « Par rapport à la période préindustrielle, l’acidité des océans a augmenté d’environ 26 % », écrivent-ils. Le lien entre ce phénomène, qui tend à rendre les eaux de surface de plus en plus corrosives, et les émissions anthropiques de CO2 est sans équivoque. « Au cours des deux derniers siècles, l’océan a absorbé un quart du CO2 émis par les activités humaines », estiment les scientifiques.
ACIDIFICATION INÉDITE DEPUIS CINQUANTE-SIX MILLIONS D’ANNÉES
Si les émissions humaines se poursuivent au rythme actuel, préviennent les chercheurs, les océans verront « leur acidité augmenter d’environ 170 % par rapport aux niveaux préindustriels d’ici à 2100 ». Selon des travaux publiés en 2012 dans la revue Science, le phénomène actuel est d’une amplitude inédite depuis cinquante-six millions d’années et se produit à une rapidité jamais vue depuis trois cents millions d’années.
« Il est désormais inévitable que dans les cinquante à cent prochaines années, la poursuite des émissions portera cette acidité à des niveaux qui auront des impacts à grande échelle, essentiellement négatifs, sur les organismes et les écosystèmes marins, ainsi que sur les biens et les services qu’ils prodiguent », annonce le rapport.
« Par rapport aux précédents travaux de synthèse conduits sur le sujet qui traitent souvent des effets sur des organismes particuliers, nous nous sommes cette fois intéressés aux effets plus larges sur la biodiversité, ce qui est un exercice bien plus complexe », précise Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) au Laboratoire océanographique de Villefranche-sur-mer et coauteur du rapport.
LES MOLLUSQUES ET CORAUX TOUCHÉS
Les créatures les plus vulnérables à cette réduction rapide du pH des eaux de surface de l’océan sont connues. Ce sont celles constituées d’une structure calcaire ou d’une coquille — mollusques, coraux, certains phytoplanctons, etc. Selon le rapport, les foraminifères (organismes planctoniques) et les ptéropodes (mollusques planctoniques) sont parmi les plus fragiles et « verront probablement une calcification réduite, voire une dissolution dans les conditions projetées pour le futur ». Au contraire, même dans de telles conditions, « les phytoplanctons non calcaires, comme les diatomées [microalgues unicellulaires], peuvent montrer une capacité accrue à la photosynthèse ».
L’acidification des océans semble déjà avoir un impact sur l’aquaculture dans le nord-ouest des Etats-Unis, selon le rapport, qui relève notamment des « fortes mortalités » dans les exploitations ostréicoles.
INCERTITUDES POUR LA FIN DU SIÈCLE
Pour l’avenir et à l’horizon de la fin du siècle, les incertitudes sur les conséquences du phénomène sont considérables, d’autant plus qu’il n’existe aucune situation analogue dans le proche passé. Les auteurs du rapport se sont donc penchés sur des observations conduites dans de petites zones de l’océan où des sources naturelles de carbone portent l’acidité des eaux à des niveaux semblables à ceux attendus pour la fin du siècle.
« En Méditerranée, l’étude d’une zone proche du Vésuve soumise à un pH comparable à celui  attendu pour 2100 suggère une baisse de 70 % de la biodiversité des organismes calcaires, explique M. Gattuso. Et une chute de quelque 30 % de la diversité des autres organismes. » D’autres travaux menés en Papouasie-Nouvelle-Guinée montrent, dans des conditions d’acidité semblables une forte prolifération des algues non-calcaires et une réduction d’environ 40 % de la biodiversité des coraux. Or, comme le note le rapport, les récifs coralliens sont actuellement une source de revenus indirecte pour environ 400 millions de personnes, vivant majoritairement en zone tropicale.
Ces travaux ne permettent toutefois pas de prévoir parfaitement l’avenir. « En étudiant ces zones, on ne tient pas compte de l’augmentation de la température attendue pour la fin du siècle, prévient le chercheur. Si l’on tient compte du réchauffement en plus de l’acidification, il est probable que les effets seront plus importants encore, en particulier pour les coraux. » Impossible d’avoir la moindre certitude quantifiée sur le devenir des écosystèmes marins. « Il est clair que dans les prochaines décennies nous allons sortir de ce que l’on nomme les planetary boundaries, c’est-à-dire les bornes d’évolution naturelles de la planète », dit l’océanographe.

lundi 6 octobre 2014

Le miel vendu en France contaminé par des microplastiques

Dans son magazine d'octobre 2014, 60 Millions de consommateurs alerte de la contamination du miel vendu en France par des particules de plastique (de taille de 0,01 à 9 mm). Le magazine a analysé 12 pots de miel (marques présentes en grande distribution y compris miels de montagne et issus de l'agriculture biologique). "Tous, sans exception, contiennent des microplastiques !", prévient le magazine.
Les miels "les plus pollués affichent jusqu'à 265 microrésidus par kilo, soit trois fois plus que les références les mieux notées". Toutefois, les deux références bio analysées figurent "parmi les moins touchées" (88 et 123 microrésidus).
Les microplastiques détectés sont de trois types : des fibres, qui pourraient être d'origine textile ; des fragments, dont "on peut supposer qu'il s'agit de produits de dégradation de plastiques plus volumineux" et des granules, qui pourraient provenir de "cosmétiques et/ou de rejets industriels", précise 60 Millions de consommateurs. Ces micro-plastiques "sont exactement les mêmes que ceux qu'on trouve dans le milieu marin".
Fin 2013, une étude allemande révélait déjà que du miel vendu outre-Rhin incorporait des microplastiques, rappelle le magazine. Les valeurs relevées sont "comparables à celles obtenues dans la publication allemande". Cette contamination serait liée à une "pollution environnementale" qui représenterait "l'hypothèse la plus probable", selon 60 Millions de consommateurs. Les chercheurs allemands ont détecté des microparticules "dans l'eau de pluie, dans l'atmosphère et dans certaines fleurs. Dispersées dans la nature, elles seraient collectées par les abeilles en même temps que le pollen, rapportées à la ruche, puis intégrées au miel".

mercredi 17 septembre 2014

Les réfugiés climatiques ont doublé ces 40 dernières années

Selon le rapport annuel "Global Estimates" publié ce mercredi 17 septembre par l'Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC) et le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), plus de 22 millions de personnes ont été contraintes de quitter leur domicile en 2013 en raison de catastrophes naturelles (inondation, tempête, séisme…). Ces aléas climatiques ont provoqué en 2013 le déplacement de "trois fois plus de personnes que les conflits". Plus de 600 événements ont été enregistrés au cours de l'année.
Les pays "riches" sont autant affectés que les pays "pauvres", même si ce sont les pays en développement qui "paient le plus lourd tribut, avec plus de 85% des déplacements", chiffre le rapport.
L'Asie la plus touchée, suivie de l'Afrique
Ainsi, comme les années précédentes, l'Asie a été le continent le plus touché, avec 19 millions de nouveaux déplacés. Soit 87,1% du nombre total. Aux Philippines, le typhon Haiyan a déplacé à lui seul 4,1 millions de personnes, soit un million de plus que dans les quatre autres régions réunies (Afrique, Amériques, Europe et Océanie). Un autre typhon, Trami, a fait 1,7 million de déplacés dans l'archipel. Les crues en Chine ont fait 1,6 million de déplacés.
Des inondations saisonnières ont aussi provoqué "d'importants déplacements" en Afrique sub-saharienne, tout particulièrement au Niger, au Tchad, au Soudan et au Soudan du Sud, "pays dont les populations extrêmement vulnérables sont également en proie à des conflits et à la sécheresse".  En 2013, 1,8 million de personnes ont été déplacées en Afrique, ce qui représente 8,1% du total mondial. Ils étaient 8,2 millions réfugiés en 2012. La population africaine étant appelée à doubler d'ici 2050, "les risques de déplacement devraient augmenter plus rapidement dans cette partie du monde que dans les autres régions au cours des prochaines décennies", alertent de nouveau les rapporteurs.
Les nations riches ne sont pas épargnées, comme le Japon avec le typhon Man-yi qui a déplacé 260.000 personnes dans la région de Chubu. Aux Etats-Unis, les tornades ont balayé l'Oklahoma et poussé 218.500 personnes à fuir. De "graves" inondations ont également frappé l'Europe, notamment l'Allemagne, la République tchèque, la Russie et le Royaume-Uni, provoquant le déplacement total de 149.000 personnes.
Alors qu'elles ont été très touchées en 2012 (1,3 millions de déplacés), les Amériques ont connu une "saison d'ouragans inhabituellement calme" : la région n'a pas été frappée "de grandes catastrophes géophysiques", précise l'étude.
Les réfugiés climatiques ont doublé ces 40 dernières années
Deux fois plus de personnes sont déplacées aujourd'hui que dans les années 1970. "Au vu du nombre croissant de personnes vivant et travaillant dans des zones à risque, cette tendance à la hausse va se poursuivre et devrait être exacerbée à l'avenir par les effets du changement climatique", indique Jan Egeland, secrétaire général du NRC.
La plupart des catastrophes sont autant d'origine humaine que naturelle. "Une amélioration de l'aménagement urbain, des moyens de protection contre les inondations et des normes de construction permettrait d'en atténuer l'impact", préconise Alfredo Zamudio, directeur de l'IDMC.
Les rapporteurs appellent la communauté internationale à agir lors du prochain sommet mondial sur le climat le 23 septembre à New York (USA). "Les décideurs doivent veiller à ce que les plans nationaux de réduction des risques de catastrophes naturelles et d'adaptation au changement climatique intègrent des mesures prenant en compte le risque et l'impact des déplacements". Les gouvernements doivent "faciliter" les migrations et prévoir "des relogements d'une façon qui respecte les populations vulnérables". Ils devraient être 250 millions de déplacés climatiques dans le monde d'ici 2050, selon le Haut commissaire adjoint de l'ONU pour les réfugiés. La conférence de Paris sur le climat fin 2015 pourrait ouvrir la voie à la création d'un statut de déplacé environnemental.

jeudi 11 septembre 2014

l'OMM pointe une accélération de la hausse de la concentration atmosphérique de CO2

Le 9 septembre, à l'occasion de la publication de son bulletin annuel sur les gaz à effet de serre (GES), l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a fait état d'une accélération de la hausse de la concentration de CO2 dans l'atmosphère en 2013. En conséquence, la teneur de l'atmosphère en GES atteint un nouveau sommet.
L'océan absorbe aujourd'hui environ le quart des émissions totales de CO2 et la biosphère un autre quart, limitant ainsi l'accroissement du CO2 atmosphérique, rappelle l'OMM.
"Le bulletin sur les gaz à effet de serre souligne que la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, loin de diminuer, a augmenté l'an dernier à un rythme inégalé depuis près de 30 ans", a résumé le Secrétaire général de l'OMM, Michel Jarraud, ajoutant : "Nous devons inverser cette tendance en réduisant les émissions de CO2 et d'autres gaz à effet de serre dans tous les domaines d'activité. Le temps joue contre nous".
400 ppm de CO2 dès 2015 ou 2016 ?
"En 2013, en moyenne mondiale, la teneur de l'atmosphère en CO2 était de 396,0 parties par million (ppm), soit 2,9 ppm de plus qu'en 2012", explique l'OMM. L'organisation onusienne souligne que la hausse de la concentration enregistrée en 2013 "représente la plus forte augmentation interannuelle de la période 1984-2013". Cette concentration de CO2 représente 142% de ce qu'elle était à l'époque préindustrielle, c'est-à-dire autour de 1750.
L'annonce intervient alors que le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) estime qu'il faut limiter la concentration de GES à 450 ppm en 2050 pour avoir de bonnes chances de limiter la hausse de la température mondiale moyenne à 2°C par rapport à l'ère préindustrielle, conformément à l'objectif politique adopté par la communauté internationale à Copenhague en 2009. Selon l'OMM, au rythme actuel, la concentration du seul CO2 dans l'atmosphère atteindrait 400 ppm en 2015 ou 2016.
Pour Michel Jarraud, qui estime que "plaider l'ignorance ne peut plus être une excuse pour ne pas agir", le constat dressé par l'OMM fournit aux décideurs des éléments scientifiques sur lesquels ils peuvent s'appuyer pour limiter à 2°C la hausse des températures.
Les autre GES suivent le même chemin
Parmi les autre GES, l'OMM constate que la concentration de méthane (CH4) dans l'atmosphère poursuit sa hausse constatée depuis 2007. En 2013, la concentration atmosphérique du deuxième plus important gaz à effet de serre a atteint 1.824 parties par milliard (ppb) environ. L'OMM pointe "l'accroissement des émissions anthropiques", c'est-à-dire des émissions de l'élevage de bétail, de la riziculture, de l'exploitation des combustibles fossiles, des décharges, ou encore de la combustion de biomasse. Ces émissions représentent environ 60% des rejets mondiaux de méthane, le solde étant lié à des phénomènes naturels. En 2013, la concentration atmosphérique de méthane représentait 253% de ce qu'elle était à l'époque préindustrielle.
Quant à la concentration atmosphérique du protoxyde d'azote (N2O), elle atteint quelque 325,9 parties par milliard en 2013. Si cette concentration est nettement plus faible que celles des deux autres gaz, son impact sur le climat "est 298 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2)", rappelle l'OMM. Les activités humaines, telles que la combustion de la biomasse, l'usage d'engrais et certains processus industriels, comptent pour environ 40% des émissions mondiales. En 2013, la concentration de protoxyde d'azote dans l'atmosphère représentait 121% de celle de l'époque préindustrielle.
L'acidification des océans, l'autre raison d'agir
Par ailleurs, le bulletin de l'OMM a été enrichi d'une nouvelle section sur l'acidification des océans. L'océan absorbe aujourd'hui le quart des émissions anthropiques de CO2, limitant ainsi l'accroissement du CO2 atmosphérique causé par l'exploitation des combustibles fossiles, rappelle l'organisation. Or, l'absorption de quantités accrues de CO2 par les mers modifie le cycle des carbonates marins et entraîne une acidification de l'eau de mer. "Celle-ci est déjà mesurable vu que les océans absorbent environ 4kg de CO2 par jour et par personne", explique l'OMM.
Par ailleurs, l'organisation souligne que le rythme actuel d'acidification des océans "semble sans précédent depuis au moins 300 millions d'années, si l'on en croit les données indirectes livrées par les paléo-archives". Et d'ajouter que ce phénomène continuera de s'accélérer au moins jusqu'au milieu du siècle, d'après les projections établies à l'aide de modèles.
Pour Wendy Watson-Wright, secrétaire exécutive de la commission océanographique intergouvernementale de l'Unesco, "si l'on estime que le réchauffement planétaire n'est pas une raison suffisante de réduire les émissions de CO2, il devrait en être autrement pour l'acidification des océans, dont les effets se font déjà sentir et ne feront que se renforcer dans les décennies à venir".
Parmi les conséquences attendues, figure l'influence néfaste de l'acidité sur la calcification des coraux, des algues, des mollusques et de certains planctons.

mercredi 27 août 2014

Production apicole française : la saison 2014 en berne

"Des pertes de production de 50 à 80% dans de nombreuses régions, une mortalité des ruches qui s'accélère… La saison apicole 2014 vient confirmer le désastre annoncé depuis des années", a alerté la Confédération Paysanne ce mardi 26 août en décrétant "l'état d'urgence pour les apiculteurs".
Alors que l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf) a déploré une production nationale de miel en 2013 "inférieure à 15.000 tonnes (…), la plus faible jamais connue en France", cette saison 2014 s'annonce "encore pire" dans beaucoup de régions de France, prévient Olivier Belval, son président. "La tendance générale de la production est encore à la baisse".
Détresse des apiculteurs
Début août, la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA) du Languedoc-Roussillon et l'Association de développement de l'apiculture professionnelle (Adapro-LR) ont averti, dans un communiqué, de "la perte moyenne de 50% de la production régionale de miel", occasionnée par "les aléas climatiques de 2014, précédés de deux ou trois années de difficultés". Soit un manque à gagner "d'environ 10 millions d'euros". Les apiculteurs pointent les impacts de la sécheresse ("carence en nectar et en pollen due à un printemps trop sec"), des parasites varroa et cynips du châtaignier ("le châtaignier constitue les plus gros volumes du miel régional"), du frelon asiatique, prédateur des abeilles, des "intoxications et maladies". Ce qui a entraîné "des coûts supplémentaires pour combler les besoins alimentaires des abeilles qui se répercutent aujourd'hui gravement sur la saison 2014" qui s'avère "de très mauvais augure", ont-ils déploré.
Selon France 3, certains apiculteurs du Limousin accusent également des pertes de 40% pour cette saison 2014.  Ces derniers imputent, de leur côté, la perturbation de leurs cheptels aux traitements phytosanitaires.
La plupart des floraisons précoces ont été "littéralement grillées par le vent et les fortes chaleurs de juin (…). Les conditions météo y sont évidemment pour quelque chose, mais la très longue rémanence des pesticides néonicotinoïdes dans le sol, accumulés depuis des années, peut aussi être incriminée", a de nouveau mis en cause Olivier Belval. Selon l'Unaf, la mortalité des colonies (en hiver, printemps et été) liée aux pesticides avoisinerait les 30% en France.
Néonicotinoïdes : désaccords entre scientifiques et agrochimistes
Fin juin dernier, 29 chercheurs internationaux ont confirmé dans une étude l'impact des pesticides néonicotinoïdes et du fipronil, insecticide de la famille des phénylpyrazoles, sur la santé des abeilles mais aussi celle des papillons ou des vers de terre. Parmi ces néonicotinoïdes figurent la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame fabriqués par les groupes Bayer et Syngenta. Ces substances ont été suspendues fin 2013 par la Commission européenne pour leur nocivité sur les abeilles, pendant deux ans. Ces restrictions ont été prises à l'issue des avis de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Fin 2013, le fipronil, matière active du pesticide Régent de BASF, a également été interdit par l'UE pendant deux ans. Les scientifiques ont également pointé l'impact d'autres néonicotinoïdes restés autorisés dans l'UE : l'acétamipride, le dinotéfurane, le nitenpyram, la nithiazine et le thiaclopride.
En août 2013, les groupes chimiques suisse Syngenta et allemand Bayer ont contesté devant la Cour de justice de l'Union européenne la suspension de Bruxelles. Pour Syngenta, l'allégation selon laquelle les produits phytosanitaires à base de néonicotinoïdes "sont fondamentalement préjudiciables aux colonies ou aux populations d'abeilles n'est pas avérée dans les conditions pratiques. Il n'existe donc pas de corrélation directe entre l'utilisation des néonicotinoïdes et la mauvaise santé des abeilles, alors qu'il peut en exister une entre les disparitions d'abeilles et la présence du varroa", défend-il sur son site. Et d'ajouter : "En France, l'effondrement des colonies est la même en zone montagneuse que sur les terres agricoles".
De son côté, Bayer assure que "les néonicotinoïdes utilisés de façon correcte et responsable, conformément aux instructions figurant sur les étiquettes, ne nuisent pas aux colonies d'abeilles en conditions réelles du terrain". En Europe, les abeilles "sont en bien meilleure santé que ne le suggèrent de nombreuses publications récentes", a déclaré le 7 août la firme. Bayer s'appuie sur les résultats d'une étude de l'association de recherche sur les abeilles Coloss (Prévention des pertes de colonies d'abeilles mellifères), menée sur environ 400.000 colonies d'abeilles démontrant "une forte baisse" des pertes de colonies durant l'hiver 2013/2014.
"Il n'y a que l'industrie de l'agrochimie pour considérer, comme vient de le faire Bayer, que la santé des abeilles est aujourd'hui satisfaisante. Il est temps de prendre la mesure de la situation", dénonce la Confédération paysanne.

lundi 25 août 2014

Météorologie : des défis à relever

Lors de la première Conférence scientifique publique mondiale sur la météorologie, qui s'est déroulée du 16 au 21 août à Montréal, plus de 1.000 scientifiques se sont penchés sur la question de l'avenir de la météo. Une hausse de 1 degré génère 7% plus de vapeur d'eau, et comme l'évaporation est le moteur de la circulation des flux dans l'atmosphère, une accélération des phénomènes météorologiques est à prévoir. Avec le réchauffement climatique, "les nuages vont se former plus facilement, plus rapidement et les pluies vont être plus fortes", de même que les grands épisodes de froid, de chaleur et de sécheresse, a affirmé Simon Wang de l'Université Utah State, dont les propos sont relayés par l'AFP.
Cette influence des changements climatiques sur la météo aura des impacts très concrets sur nos modes de transports. Par exemple, les changements climatiques donnent plus de force aux jet-streams. Ainsi, d'ici 2050, nous passerons "deux fois plus de temps en vol dans des turbulences", relève l'AFP, citant le météorologue Paul Williams. De même, si la concentration en dioxyde de carbone augmente de façon exponentielle dans les prochaine années, difficile de savoir comment les avions réagiront à ces "masses d'air très agitées", relaie l'AFP. Côté transport maritime, la hauteur des vagues augmentera, ne facilitant pas la tâche des transporteurs qui rencontrent déjà aujourd'hui des vagues notoirement plus impressionnantes qu'auparavant.

mercredi 20 août 2014

Ressources naturelles : l'humanité vit « à crédit » pour le reste de l'année

Depuis 1992 et le Sommet de la Terre de Rio, l’ONG Global Footprint Network calcule tous les ans le jour où l’empreinte écologique de l’humanité dépasse la « biocapacité » de la planète, c'est-à-dire sa capacité à reconstituer ses ressources et absorber les déchets, y compris le CO2.

Pour 2014,  ce « jour de dépassement » est le mardi 19 août. A compter du 20 août et jusqu'à la fin de l'année, l’humanité va vivre en quelque sorte « à crédit » : pour continuer à boire, à manger, à se chauffer, à se déplacer, à produire, nous allons surexploiter le milieu naturel et compromettre sa capacité de régénération, en puisant dans les stocks de ressources naturelles, ceux de poissons par exemple déjà surexploités, et en polluant davantage, notamment en accumulant dans l’atmosphère du CO2, l'un des principaux gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique.
DETTE ECOLOGIQUE
Cette « dette écologique » ne cesse de s’alourdir. Le « jour de dépassement est de plus en plus précoce. Au milieu des années 1990, il tombait en novembre. En 2000, c’était le 1er octobre.  
Encore excédentaire en 1961 avec un quart des ses réserves non consommées, la Terre est devenu déficitaire au début des années 1970. Ce basculement coïncide avec la croissance démographique de la planète et l’avènement de la société de consommation. Aujourd’hui, selon les calculs de Global Footprint Network, les besoins de l’humanité dépassent de 50 % les réserves de ressources renouvelables disponibles. Autrement dit, il faudrait une planète et demie pour produire les ressources écologiques renouvelables nécessaires pour soutenir l’empreinte actuelle de l’humanité.
BIOCAPACITE
Dans le top cinq des pays qui consomment le plus, on trouve la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, le Brésil et la Russie. « A eux seuls ils représentent 50 % de l’empreinte écologique mondiale », souligne Diane Simiu, directrice des programmes de conservation de WWF France. Bien que quatrième plus gros consommateur mondial, le Brésil reste « créditeur » : sa biocapacité reste encore supérieure à son empreinte écologique. En revanche, la production en ressources naturelles de la Chine nécessiterait d’être deux fois plus importante pour satisfaire aujourd'hui la demande des Chinois.
Aujourd’hui, 86 % de la population mondiale vit dans des pays qui demandent plus à la nature que ce que leur écosystème peut renouveler. L’empreinte écologique des habitants des pays développés est cinq fois supérieure à celle des pays pauvres. Le Japon aurait besoin de 7 fois plus de ressources  pour satisfaire sa consommation actuelle. La palme du déficit écologique revient aux Emirats Arables Unis : les réserves de ce pays devraient être 12,3 fois plus élevées. Ayant la « chance » d’avoir un nature assez généreuse, la France, quant à elle,  aurait besoin de ressources naturelles 1,6 fois plus importantes.
En situation de déficit écologique,  les pays riches s’en sortent plutôt bien. Car « ils ont les moyens d’exporter leur empreinte écologique en important des denrées alimentaires notamment. En France, un produit sur dix contient de l’huile de palme. Or la production d’huile de palme est à l’origine de la disparition d’un million d’hectares de forêts en Indonésie, déforestation qui favorise l'émission des gaz à effet de serre », illustre Diane Simiu.
RESSOURCES DE TROIS PLANÈTES
Selon les calculs de Global Footprint Network, bâtis sur des estimations de consommation énergétique et alimentaire, et de croissance démographique modérées, il faudra en 2050 l’équivalent des ressources écologiques renouvelables de trois planètes pour répondre aux besoins de consommation et absorber la pollution. « Les coûts de ce dépassement planétaire sont non seulement écologiques mais aussi économiques et humains, faisant peser des menaces sur la sécurité alimentaire des pays les plus vulnérables », insiste Diane Simiu.
« Nous pouvons encore prendre des mesures audacieuses et construire un avenir fondé sur une utilisation durable des ressources, ajoute-t-elle. Des solutions existent  qui permet de s’attaquer au problème : passer massivement aux énergies renouvelables, repenser l’urbanisation, la mobilité,  la fiscalité, recycler davantage…. Mais il faut agir dès maintenant. En tant que consommateur, on peut aussi manger moins de viande dont la production dégage 20 à 30 % de plus de gaz à effet de serre que celle de légumes, et sélectionner des produits en s’assurant quils proviennent de sources gérées durablement. 

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