mercredi 20 janvier 2016

La surpêche et le déclin des ressources ont été largement sous-estimés

Dans les mers et les océans du globe, on prélève nettement plus de poissons que les statistiques officielles ne le prétendent. Néanmoins, malgré la forte croissance des armements, la diffusion des techniques industrielles de pêche jusque dans les coins les plus reculés de la planète et la sophistication toujours plus poussée du matériel, les tonnages des captures ne cessent de diminuer depuis les années 1990. Autrement dit, les pêcheurs dépensent toujours plus d’efforts et de carburant pour rapporter de moins en moins de poissons.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, la pêche mondiale a connu un pic en 1996, avec 86 millions de tonnes de poissons sortis de l’eau, puis elle est restée quasiment « stable » selon son administration, perdant juste 0,38 tonne par an. Il n’y aurait donc pas de quoi trop s’inquiéter pour l’état des stocks. Las, ces chiffres sont largement sous-estimés, montre une étude de Daniel Pauly et Dirk Zeller, de l’université de Colombie-Britannique, au Canada, publiée mardi 19 janvier par le site Nature Communications.
Le secteur a effectivement atteint un sommet en 1996, constatent-ils, mais qu’ils chiffrent à 130 millions de tonnes. Puis les performances de la pêche ont régressé trois fois plus fortement que les statistiques de la FAO ne l’indiquent : de 1,2 million de tonnes par an. Globalement, les deux chercheurs observent une différence de 53 % entre les quantités répertoriées officiellement et leurs propres calculs.

Chute de la pêche industrielle

Leur travail devrait faire date : c’est la première fois que sont publiées des estimations à l’échelle mondiale en dehors de celles de la FAO. Daniel Pauly, directeur du Fisheries Center de l’université de Vancouver, est l’un des plus fameux halieutes sur la scène internationale. Ce biologiste récompensé de multiples prix est le premier à avoir développé des techniques d’évaluation basées sur de multiples documents et a créé une base de données unique et réputée, Sea arounds us.

« Cela a pris beaucoup de temps de mettre à jour les séries temporelles des prises, sans interruption de 1950 à 2010, témoigne-t-il. Mais ça y est : nous avons les statistiques documentées de 200 pays, c’est ce résumé que nous publions aujourd’hui. »
Ce sont les rendements faiblissants de la pêche industrielle qui expliquent largement le déclin global. Selon la FAO, le chalutage de crevettes, par exemple, a chuté entre les années 1990 et 2000, de 27 millions à 7 millions de tonnes environ. La pêche artisanale, quant à elle, est passée de 8 millions de tonnes en 1950 à 22 millions de tonnes en 2010 et semble moins soumise aux variations d’une saison à l’autre.
Pourtant de nombreux Etats la négligent dans leur collecte de données. Ils dédaignent plus encore la pêche de subsistance que l’étude évalue à 3,8 millions de tonnes, sans parler de celle de loisir. Ils ignorent en outre l’ampleur des pratiques illégales qui pillent leurs eaux ou bien les campagnes auxquelles se livrent certains de leurs navires, sans licence, dans les eaux de pays en développement. L’absence de ces éléments génère des sous-estimations chroniques.

Statistiques qui diffèrent selon les pays

Entre la Chine, qui surestime ses prises, « parce que, politiquement, le régime veut afficher des résultats toujours plus productifs » et l’Espagne, « où cela ferait scandale si l’on quantifiait précisément les prises de la pêche clandestine », chaque pays a sa propre vision des performances de ses pêcheurs, analyse le biologiste. On ne peut pas se fier aux seules caisses débarquées au port. Il faut décortiquer la situation au cas par cas, évaluer le fuel consommé, le nombre de bateaux, éplucher des centaines d’articles.

« Dans des régions du Pacifique, pour citer un autre exemple, on ne rapporte que les exportations, nobles, de thon. On ne prend pas en considération les crustacés et les petits poissons que les femmes collectent dans les récifs coralliens et qui nourrissent pourtant la population », rapporte le chercheur. De plus, les statistiques de l’Union européenne ou des Etats-Unis ne sont pas comparables à celles de l’Afrique, imprécises faute de moyens. « En Asie du Sud-Est, ce sont des sociétés qui produisent des données, en appliquant invariablement le même ratio. Nous avions pu le constater lorsque le cyclone Narguis avait détruit la moitié de la flotte de pêche de Birmanie en 2008, sans qu’aucun impact n’apparaisse cette année-là… »

Déclin d’un apport en protéines essentielles

L’étude admet une part d’approximation, mais bien inférieure à celle de la FAO. Récemment, le travail dirigé par Daniel Pauly a nourri une polémique ayant pour cible la FAO. Les agents de l’ONU n’ont pas les moyens de vérifier les données que leur transmettent les Etats, souligne M. Pauly, en précisant les avoir prévenus de la teneur de sa publication. « Il nous arrive de demander à des pays de revoir leurs méthodologies, nous les y aidons parfois, précise Lahsen Ababouch, directeur de la division de la pêche et de l’aquaculture à la FAO. Nos données sont plus fiables depuis 2000. Le propos de M. Pauly est d’évaluer tout ce qui est retiré de la mer, notre mission est de fournir des tendances avec le moins d’incertitudes possible. »
L’important est surtout de mesurer l’ampleur du déclin d’un secteur qui reste un apport de protéines essentielles auprès de beaucoup de populations côtières, rappelle l’étude publiée par Nature Communications. Or, globalement, les tendances mondiales sont à la baisse, hormis dans quelques rares régions du monde où l’on voit des stocks se régénérer comme aux Etats-Unis, en Australie, ou commencer à se redresser comme dans l’Atlantique nord-ouest, où l’Union européenne a imposé des quotas. « Même si des statistiques fantaisistes tendent à le compenser, le déclin est clair et net, insiste Daniel Pauly. Il est même sans doute plus élevé que ce que nous disons. » Les auteurs de l’étude suggèrent à la FAO de faire équipe avec d’autres chercheurs pour établir ses statistiques, comme elle le fait pour recenser les forêts.

lundi 11 janvier 2016

NDDL : les travaux stoppés par la découverte de cinq nouvelles espèces protégées ?

"Au moins cinq espèces protégées n'ont pas été prises en compte dans les dossiers réglementaires. Ni observées ou recherchées par les bureaux d'études, elles n'ont donc pas été évaluées dans les dossiers", dénonce le Collectif des naturalistes en lutte qui a réalisé des inventaires sur la zone d'aménagement de Notre-Dame-des-Landes (NDDL). "Par conséquent, aucune demande de dérogation pour la destruction de ces espèces protégées n'a été faite. Puisque la préfecture de Loire-Atlantique et le ministère de l'Ecologie en ont été informés et que nous sommes dans un état de droit, les travaux ne peuvent pas commencer", assure-t-il.

L'association a identifié trois plantes, un amphibien et un mammifère qui pourraient ainsi venir contrarier le planning de la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ils ont transmis leurs fiches descriptives et leurs localisations dans la zone d'aménagement de NDDL au ministère de l'Ecologie et à la préfecture. Interrogée par Actu-environnement, cette dernière a indiqué ne pas souhaiter s'exprimer sur ce sujet.

"Dès lors que la présence des espèces protégées est prouvée, les demandes de dérogation sont obligatoires : c'est au préfet de le vérifier et de demander une étude complémentaire, précise François de Beaulieu, membre des Naturalistes en lutte. Comme nous sommes sur un terrain privé, nous n'avons pas le droit de faire intervenir nous même un huissier".
Une des cinq espèces identifiées, la plante rampante, la Sibthorpie d'Europe, s'avère protégée au niveau régional (arrêté du 25 janvier 1993) et figure parmi les plantes en danger de disparition de la liste rouge régionale des Pays de la Loire.

La petite fleur de la famille des Gentianacées, la Cicendie naine (Exaculum pusillum) est également protégée au niveau régional (arrêté du 25 janvier 1993). Elle figure sur la liste rouge du massif armoricain et sur la liste des plantes vulnérables de la liste rouge régionale des Pays de la Loire. La fleur jaune Pulicaire commune (Pulicaria vulgaris Gaertn) est protégée quant à elle au niveau national (arrêté du 20 janvier 1982), inscrite sur la liste rouge de l'UICN, et également dans la liste rouge du massif armoricain.

Le Triton de Blasius est protégé au niveau national (article 3 de l'arrêté du 19 novembre 2007). Enfin, la Crossope aquatique (Neomys fodiens), une musaraigne vivant dans des zones humides, est également protégée sur le territoire national (arrêté du 23 avril 2007).

jeudi 17 décembre 2015

Bisphénol A, phtalates, pesticides : la Commission européenne condamnée pour son inaction

l n’y a, bien sûr, pas de condamnation pécuniaire, mais le coup est rude. Le Tribunal de l’Union européenne a condamné la Commission européenne, mercredi 16 décembre, pour « avoir manqué à [ses] obligations » sur le dossier des perturbateurs endocriniens (PE).

En vertu du règlement européen de 2012 sur les biocides, Bruxelles devait publier, au plus tard le 13 décembre 2013, les critères scientifiques permettant de réglementer ces molécules de synthèse agissant sur le système hormonal et présentes dans une variété de produits courants (pesticides, plastifiants, bisphénols, solvants, etc.). Or, constate le Tribunal dans son arrêt, « la Commission n’a pas adopté de tels actes » définissant les PE, en dépit d’« une obligation claire, pré́cise et inconditionnelle de [les] adopter » précisée par la réglementation.

« La Commission ne pourra pas attendre une année supplémentaire avant d’agir »

Le Tribunal de l’Union européenne, l’une des deux juridictions de la Cour de justice de l’Union européenne, avait été saisi par la Suède en juillet 2014 d’un « recours en carence » contre la Commission.
L’affaire est une question importante de santé publique : l’exposition des populations aux PE, à bas bruit, est suspectée d’être en cause dans l’augmentation d’une variété de troubles et de maladies (cancers hormono-dépendants, infertilité, troubles métaboliques ou neuro-comportementaux, etc.). D’autres Etats membres – la France, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas – se sont d’ailleurs associés à la plainte de la Suède, également rejoints par le Conseil européen et le Parlement de Strasbourg.
« Ce genre de recours, de la part d’un Etat membre contre la Commission est extrêmement rare, explique-t-on à la Cour de justice de l’Union européenne. En comptant le cas présent, cela ne s’est produit que quatre fois au cours des dix dernières années. » Mais jusqu’à présent, la Commission avait toujours eu gain de cause ; c’est la première fois que la Commission est condamnée pour défaut d’action. « L’arrêt rendu impose désormais à la Commission de remédier à son inaction dans un délai de temps raisonnable, poursuit-on à la haute juridiction européenne. Le terme “raisonnable” est bien sûr difficile à définir, mais nous constatons qu’il y a déjà deux ans de retard. La Commission ne pourra pas attendre une année supplémentaire avant d’agir. »

« Etude d’impact »

Pour expliquer son retard, la Commission avait plaidé devant le Tribunal la nécessité de conduire une « étude d’impact », avant de définir les critères englobant les PE. Et ce, afin notamment d’évaluer le fardeau économique pour les entreprises, que représenterait une telle réglementation.
L’argument n’a pas été jugé valable par les juges européens, qui constatent qu’« aucune disposition du ré̀glement n’exige une telle analyse d’impact ». Des documents internes à la Commission, rendus publics dans un document récent de la journaliste Stéphane Horel (Intoxication, La Découverte, 2015) montrent que cette étude d’impact, préalable à la prise d’une définition des PE, avait été expressément demandée au secrétariat général de la Commission par l’industrie chimique européenne.

« C’est un moment rare : l’abus du pouvoir conféré par le Parlement et le Conseil européen à la Commission a été pointé par la plus haute juridiction européenne, déclare l’Alliance pour la santé et l’environnement (Health and Environment Alliance, HEAL), une organisation non gouvernementale européenne qui rassemble une soixantaine d’associations de la société civile, de syndicats de soignants ou de mutuelles. La Commission va-t-elle couper court à son étude d’impact, ou va-t-elle la poursuivre, sans considération pour le coût d’un retard supplémentaire, en termes de santé publique ? »
L’association Générations futures salue également l’arrêt rendu. « Nous nous félicitons de ce jugement, déclare son porte-parole François Veillerette. Il reconnaît clairement qu’en ne publiant pas les critères scientifiques pour la détermination des propriétés perturbant le système endocrinien, la Commission a violé le droit européen, ce que nous disons depuis maintenant deux années. »

lundi 7 décembre 2015

Catastrophes naturelles : la facture des assureurs pourrait doubler en France d'ici 2040

En marge de la COP 21, l'association française de l'assurance alerte sur le coût des aléas climatiques qui pourrait grimper jusqu'à 92 milliards d'euros d'ici 2040 en France métropolitaine. Soit près du double de la facture des 25 années précédentes.
Sécheresses, inondations, submersions marines, tempêtes, grêles, neige dans l'Hexagone… Ces aléas naturels ont coûté, entre 1988 et 2013, 48 milliards d'euros aux assureurs. Soit une facture d'1,86 milliard d'euros de dommages matériels par an, chiffre l'Association française de l'assurance (Afa). Au cours des 25 dernières années, les assureurs ont ainsi indemnisé annuellement en moyenne 431.000 sinistrés.
Les coûts des aléas naturels pourraient doubler, entre 2014 et 2039, et franchir les 92 milliards d'euros en France métropolitaine, prévient l'Afa, partenaire officiel de la Conférence Paris Climat (COP 21), dans une étude parue ce 3 décembre. Celle-ci se concentre sur les dommages directs causés aux biens par les aléas naturels, y compris les pertes d'exploitation. L'étude n'intègre pas les dommages corporels ainsi que les dommages causés aux récoltes non engrangées des exploitants agricoles.
Le climat, deuxième facteur du surcoût des dégâts
"Les coûts cumulés des dégâts liés à la sécheresse, aux inondations, aux submersions marines et aux effets du vent, sur cette période, augmenteraient de 90% en euros constants par rapport à ceux des 25 années précédentes", alerte l'Afa. Soit une hausse de 44 milliards d'euros.
Plusieurs facteurs sont à l'origine de ce surcoût d'ici 2040. Le premier facteur est "l'enrichissement global de la France" (densité et valeur moyenne des logements, des entreprises, des biens des collectivités territoriales) qui "conduira naturellement à une augmentation des conséquences d'un événement climatique", expliquent les assureurs. Ce facteur "enrichissement" représente 43% du surcoût estimé, soit 19 milliards d'euros. Le changement climatique d'ici à 2040, et notamment les effets d'une hausse des températures, est le deuxième facteur. Son impact est estimé à 13 milliards d'euros. La répartition géographique des richesses sur le territoire métropolitain et la variation naturelle du climat auront quant à elles des conséquences évaluées respectivement à 8 et 4 milliards d'euros.
Ainsi, le coût de la sécheresse pourrait passer de 8 à 21 milliards d'euros d'indemnisations à l'horizon 2040. L'impact du changement climatique "est conséquent" et représente 60% de ce surcoût (soit 8 milliards d'euros). Concernant les inondations (issues des cours d'eau), l'addition passerait de 16 à 34 milliards d'euros. Soit +104% d'indemnisations par rapport à 1988 et 2013.

Facture salée des tempêtes
La France a également déjà subi 84 submersions marines, ces 30 dernières années. "La plupart sans conséquences majeures" hormis la tempête Xynthia en février 2010. Sur les 25 dernières années, le coût des submersions marines pour les assureurs a représenté 1 Md€ (dont 800 M€ pour Xynthia). D'ici 2040, l'Afa table sur un surcoût compris entre 3,2 et 4,2 milliards d'euros.
Les tempêtes, quant à elles, ont constitué l'aléa climatique le plus coûteux pour les assureurs depuis 1990. Les tempêtes Lothar et Martin de 1999 ont coûté 13,4 milliards d'euros. Leur caractère exceptionnel "amène à intégrer un facteur aléa climatique négatif" d'ici 2040. L'étude projette donc d'indemniser 33 milliards d'euros à cette échéance. Elle ne prend toutefois pas en compte les effets du réchauffement sur ce risque de tempêtes face à "une grande incertitude scientifique".
Des mesures de prévention et de protection à adapter
Cette étude "met en exergue l'importance d'adapter dès maintenant les politiques de prévention et le développement de la culture du risque dans notre pays", souligne le climatologue Jean Jouzel qui l'a préfacée.
Les assureurs observent en effet sur le terrain "des insuffisances" dans l'application "concrète" des politiques de prévention, estime l'Afa. Dans un livre blanc paru également ce 3 décembre, elle formule 34 propositions. Les assureurs appellent tout d'abord à intensifier les politiques publiques de prévention et protection. Comment ? En accélérant, notamment, le processus de prescription, d'approbation et de mise en oeuvre des Plans de prévention des risques littoraux (PPRL) non encore prescrits ou approuvés sur les communes prioritaires. Autre recommandation : réformer le Fonds de prévention des risques naturels majeurs (FPRNM) "tant du point de vue de sa gouvernance, de ses missions, de son contrôle que de sa maîtrise de la dépense". Les diagnostics des sols devraient également "être obligatoires", lors de toutes constructions ou cessions de terrain construit ou constructible, situées sur une zone répertoriée à risques et annexer le diagnostic à l'acte notarié du terrain.
L'Afa propose également des mesures visant à moderniser le régime d'assurance des catastrophes naturelles, en donnant la possibilité pour l'assureur de fixer "librement la franchise de cette garantie pour les contrats d'assurance couvrant des capitaux supérieurs à 50 M€, et pour ceux couvrant des collectivités territoriales quelle que soit leur taille". L'Afa recommande aussi de transférer l'indemnisation des sinistres résultant de la sécheresse "au régime de l'assurance de responsabilité décennale construction pour toute construction nouvelle répondant à l'obligation d'étude de sols".
 Ces publications constituent une contribution significative des assureurs français à la politique d'adaptation de notre pays au changement climatique", a déclaré Bernard Spitz, président de l'Afa. "Assureurs et réassureurs sont engagés dans la lutte contre le changement climatique à trois titres. Ils indemnisent les conséquences des aléas naturels. Ils organisent des mesures de prévention. Enfin, ils financent l'économie en investissant à long terme".
A l'initiative de l'Afa, 26 fédérations européennes et internationales d'assureurs et réassureurs ont appelé le 27 novembre les parties prenantes aux négociations, à parvenir à un accord permettant de limiter le réchauffement climatique à 2°C d'ici la fin du siècle. "Il nous semble essentiel aux côtés de nos homologues européens et internationaux d'appeler au succès des négociations", a ajouté M. Spitz. "Nous n'avons pas le choix : un monde à +2°C serait encore assurable, un monde à +4°C ne le serait certainement plus", a prévenu en octobre dernier Henri De Castries, PDG d'Axa.

jeudi 3 décembre 2015

Un nouveau prototype de batterie sans lithium

Des chercheurs du CNRS et du CEA ont mis au point une technologie alternative aux batteries lithium-ion. Au sein du Réseau sur le stockage électrochimique de l'énergie (RS2E), ils ont réussi à élaborer une batterie à base d'ions sodium "18650", un format standard utilisé dans l'industrie.

Beaucoup plus abondant (1.000 fois plus) et moins coûteux que le lithium, le sodium permet d'obtenir des batteries avec des performances comparables. Sa densité d'énergie (la quantité d'électricité que l'on peut stocker par kilogramme de batterie) atteint 90Wh/kg, un chiffre comparable à celui des batteries lithium-ion à leur début. Quant à sa durée de vie, exprimée en nombre maximum de cycles de charge et de décharge sans perte significative de performance, elle est de plus de 2.000 cycles.

L'ensemble de ces travaux a fait l'objet de plusieurs publications et brevets déposés par le CNRS et le CEA. Il a bénéficié des soutiens notamment du ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, du CNRS, du CEA, de l'Agence nationale de la recherche (ANR) et de la Direction générale de l'armement (DGA).

mardi 10 novembre 2015

Réchauffement climatique : des grandes villes menacées par la montée des eaux

Un rapport de chercheurs américains publié dimanche souligne qu’à + 2 °C, le niveau des mers continuera à s’élever, pour couvrir des territoires aujourd’hui peuplés de 280 millions de personnes. A + 4 °C, le phénomène concernerait plus de 600 millions d’habitants, pointe l’étude de l’institut de recherche Climate Central, publiée à trois semaines de la conférence sur le climat de Paris, la COP21.
« Un réchauffement de + 2 °C représente une menace pour l’existence à long terme de nombreuses grandes villes et régions côtières », souligne Ben Strauss, l’un des auteurs. Mais les mesures prises pour réduire rapidement et drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, qui dérèglent le climat et persistent dans l’atmosphère, feront malgré tout une différence : « Nous avons encore devant nous un vaste éventail de choix », ajoute le chercheur.
Deux cents ans ou deux mille, il est difficile d’estimer la vitesse à laquelle la mer va monter, souligne l’étude. En tout cas, si les émissions continuent sur leur lancée, entraînant un réchauffement de + 4 °C, le niveau des océans gagnera 8,9 m (chiffre médian), avance le rapport. Avec un réchauffement à + 3 °C, qui est la trajectoire tracée par les promesses actuelles des Etats pour freiner les émissions, les mers monteraient de 6,4 m, couvrant des zones de plus de 400 millions d’habitants aujourd’hui.
A + 2 °C, la mer gagne 4,7 m (3 à 6,3 m), et on passe à environ deux fois moins de personnes affectées. A + 1,5 °C maximum, objectif réclamé par les pays les plus vulnérables comme les petits Etats insulaires, l’élévation reste à 2,9 m et encore moitié moins de population concernée (137 millions).

La Chine en première ligne

En termes de population, la Chine serait en première ligne : à + 4 °C, la montée des eaux concernerait un territoire aujourd’hui peuplé de 145 millions de personnes, un chiffre divisé par deux à + 2 °C, selon cette étude, qui ne tient compte ni de l’évolution démographique ni de la construction d’infrastructures comme des digues.
Parmi les autres pays particulièrement affectés : Inde, Bangladesh, Vietnam, Indonésie, Japon, Etats-Unis, Philippines, Egypte, Brésil, Thaïlande, Birmanie, Pays-Bas… Parmi les villes principales, Hongkong, Calcutta, Dacca, Jakarta, Shanghaï, Bombay, Hanoi, Rio, Buenos Aires, New York ou Tokyo.
Un lien sur le site de Climate Central permet de visualiser les impacts pour chaque grande ville côtière. Les projections prennent en compte la dilatation de l’océan quand il se réchauffe, la fonte des glaciers, mais aussi la dégradation des calottes du Groenland et de l’Antarctique, irréversible au-delà d’un certain seuil.
Mais les mesures qui devraient être entérinées lors de la COP21 afin de réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre feront malgré tout une différence. « Certaines réunions historiques ont dessiné des frontières territoriales, rappelle Ben Strauss. La COP de Paris affectera la frontière globale entre terre et mer. »


jeudi 5 novembre 2015

El Nino accentue la prolifération de la dengue

L'Institut de recherche pour le développement (IRD) alerte sur une possible épidémie de dengue en Asie du Sud-Est en lien avec l'épisode El Nino de cet hiver. Une étude, publiée dans Pnas, se base sur 18 ans de rapports sanitaires issus de huit pays du Sud-Est asiatique. Elle permet aux auteurs d'affirmer qu'il existe une "corrélation des grandes vagues épidémiques [de dengue] avec des températures atmosphériques anormalement élevées liées aux événements El Nino intenses".
El Nino est un phénomène climatique qui a lieu en moyenne tous les cinq ans. Il prend naissance dans l'océan Pacifique où un courant d'eau chaude s'accumule et provoque une hausse des températures atmosphériques. Cette montée du thermomètre favorise les moustiques, vecteurs de la maladie qui se reproduisent plus vite et prolifèrent.
L'IRD rappelle que 390 millions de personnes sont touchées par la dengue chaque année. Elle observe une recrudescence des cas en Asie du Sud-Est. Cette maladie est même qualifiée de "ré-émergente".
Pour cet hiver, les climatologues annoncent un épisode de forte intensité d'El Nino. Ils craignent une grande épidémie de fièvre hémorragique en Asie en janvier 2016. Les scientifiques soulignent toutefois qu'il est encore temps pour les autorités de mettre en place des mesures de prévention.
Le 2 novembre, l'IRD a lancé, en partenariat avec le CNRS et l'Institut de la mer du Pérou, une étude du phénomène El Nino en déployant une série de capteurs le long de la côte péruvienne et au large. Objectif : mesurer les impacts de cet événement climatique extrême sur la dynamique océanique et l'écosystème côtier.

Ces poissons aux dents capables de couper le métal envahissent la Méditerranée : les pêcheurs sont désormais payés pour les capturer

Une mâchoire capable de sectionner du métal, une chair mortelle sans antidote connu, et des attaques déjà recensées sur des baigneurs : le p...