Le toxicologue allemand Peter Clausing met, à son tour, en cause les
agences européennes dans l'évaluation de l'impact du glyphosate sur les
cancers. Nouveau rebondissement à l'heure du vote sur la ré-autorisation
de l'herbicide par les Etats.
La controverse se poursuit autour des évaluations scientifiques menées
par l'Agence de sécurité alimentaire européenne (Efsa) et l'Agence
européenne des produits chimiques (Echa) sur la sûreté de l'herbicide
glyphosate. Le 24 août, l'ONG Générations Futures a présenté les travaux
réalisés par le toxicologue allemand Peter Clausing pour l'association
autrichienne Global 2000. Dans son rapport daté de juillet 2017, le Dr
Peter Clausing accuse, à son tour, les deux agences européennes de
sous-estimer des études démontrant des cas de cancers sur des rongeurs,
après le toxicologue américain Christopher Portier, fin mai dernier. "Sur
les douze études disponibles sur la cancérogénicité du glyphosate
menées chez les rats et les souris, sept montrent un risque accru pour
les rongeurs exposés à cette substance, mais les agences européennes ne
les ont pas prises en compte", dénonce ce rapport. Il pointe la
méthode statistique retenue par les agences, les données utilisées pour
comparer les résultats à ceux d'animaux non exposés.
Selon ce rapport, la conclusion des autorités "qui
affirme que le glyphosate ne cause pas de lymphomes malins, se base sur
trois études. Deux d'entre elles, des preuves par la négative, étaient
inutiles ou douteuses après examen. Pour la troisième étude, qui
démontrait une augmentation significative et dose-dépendante des
lymphomes malins, les autorités européennes semblent avoir fabriqué une «
dévaluation » en ignorant l'analyse statistique correcte".
Le rapport "édifiant montr[e] que les autorités n'ont pu
parvenir à la conclusion que le glyphosate n'était pas cancérogène qu'en
violant le règlement européen 1272/2008 [relatif à la classification et
étiquetage des produits chimiques], leur propre recommandation de 2015
(de l'Echa), celle de l'Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE) de 2012, et en taisant et déformant certains faits", fustige Générations Futures qui a traduit l'étude.
Ré-autorisation du glyphosate : Nicolas Hulot appelé à se prononcer
Le 13 juin 2017, les députés européens ont audité le
commissaire européen à la santé et à la sécurité alimentaire Vytenis
Andriukaitis qui a confirmé vouloir ré-autoriser la substance herbicide pour dix ans, après le feu vert de l'Efsa et de l'Echa. Le commissaire estime "qu'il n'y a aucune raison de remettre en question les évaluations basées sur des faits scientifiques" sur la sûreté du glyphosate mais recommande d'interdire le coformulant POE-tallowamine dans les produits à base de glyphosate. Il propose aussi de réduire l'utilisation du glyphosate dans les parcs publics et avant la récolte.
Selon Générations Futures, le vote des experts représentant les
Etats membres sur cette ré-autorisation pourrait intervenir lors d'un
comité les 5 et 6 octobre 2017. La position de la France doit être
communiquée au début de septembre à l'Union européenne. "Si la
précédente ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, avait toujours été
très claire sur ses intentions, aujourd'hui on ne connait pas la
position officielle de la France sur ce sujet ! C'est pourquoi
Générations Futures a lancé une pétition
pour demander au ministre de la Transition écologique [Nicolas Hulot]
de prendre une position claire et rapide d'opposition à la
ré-homologation du glyphosate en Europe !", a déclaré François
Veillerette, son porte-parole. Cette pétition recueille aujourd'hui plus
de 20.000 signataires. Elle fait suite à l'initiative citoyenne ayant recueilli plus de 1,3 million de signatures en Europe, demandant à la Commission européenne d'interdire le glyphosate.
On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. Le Petit Prince (1943) de Antoine de Saint-Exupéry
vendredi 25 août 2017
mardi 11 juillet 2017
La sixième extinction de masse des animaux s’accélère
Dans une étude très alarmante, des
chercheurs concluent que les espèces de vertébrés reculent de manière
massive sur Terre, à la fois en nombre d’animaux et en étendue.
Cette approche présente plusieurs défauts à leurs yeux : l’opinion publique peine à mesurer la gravité du phénomène à l’œuvre (deux espèces disparaissent chaque année, ce qui paraît faible, surtout quand ces dernières sont peu connues ou peu répandues). Et elle ne permet pas de correctement évaluer le problème en cours. Les espèces les plus communes (dont les populations sont largement présentes) enregistrent des reculs massifs de leurs effectifs, sans pour autant être déjà menacées. « Or, la disparition des populations est un prélude à celle des espèces, préviennent les scientifiques. Une analyse détaillée du déclin des effectifs d’animaux rend le problème bien plus clair et inquiétant. »
Les chercheurs ont alors mené une vaste analyse, sur la moitié des espèces de vertébrés connues : ils ont examiné les évolutions des populations de 27 600 espèces de mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens terrestres, réparties sur les cinq continents, en utilisant la base de données de la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui constitue l’inventaire mondial le plus complet de l’état de conservation de la biodiversité. Ils ont également passé à la loupe, plus spécifiquement, 177 espèces de mammifères, pour lesquels ils avaient des données sur l’aire de répartition entre 1900 et 2015.
C’est ce qu’ils nomment « un anéantissement biologique ». Dans une étude très alarmante, publiée lundi 10 juillet dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs américains et mexicain concluent que les espèces de vertébrés reculent de manière massive sur Terre, à la fois en nombre d’animaux et en étendue. Une « défaunation » aux conséquences « catastrophiques » pour les écosystèmes et aux impacts écologiques, économiques et sociaux majeurs.
Les trois auteurs, Gerardo Ceballos (Université nationale autonome du Mexique), Paul Ehrlich et Rodolfo Dirzo (Stanford) n’en sont pas à leur coup d’essai sur le thème de l’érosion de la biodiversité. En juin 2015, les deux premiers avaient déjà publié une autre étude dans la revue Science Advances, qui montrait que la faune de la Terre était d’ores et déjà en train de subir sa sixième extinction de masse. Ils avaient calculé que les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis 1900, soit un rythme sans équivalent depuis l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années.Disparition des populations
Cette fois, les chercheurs ont cherché à quantifier le déclin non plus du nombre d’espèces mais des populations, c’est-à-dire des groupes d’animaux sur un territoire. « L’accent mis sur l’extinction des espèces peut donner l’impression que la biodiversité terrestre n’est pas dramatiquement et immédiatement menacée, mais qu’elle entre juste lentement dans un épisode d’érosion majeur, que l’on pourra combattre plus tard », expliquent les auteurs.Cette approche présente plusieurs défauts à leurs yeux : l’opinion publique peine à mesurer la gravité du phénomène à l’œuvre (deux espèces disparaissent chaque année, ce qui paraît faible, surtout quand ces dernières sont peu connues ou peu répandues). Et elle ne permet pas de correctement évaluer le problème en cours. Les espèces les plus communes (dont les populations sont largement présentes) enregistrent des reculs massifs de leurs effectifs, sans pour autant être déjà menacées. « Or, la disparition des populations est un prélude à celle des espèces, préviennent les scientifiques. Une analyse détaillée du déclin des effectifs d’animaux rend le problème bien plus clair et inquiétant. »
Les chercheurs ont alors mené une vaste analyse, sur la moitié des espèces de vertébrés connues : ils ont examiné les évolutions des populations de 27 600 espèces de mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens terrestres, réparties sur les cinq continents, en utilisant la base de données de la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui constitue l’inventaire mondial le plus complet de l’état de conservation de la biodiversité. Ils ont également passé à la loupe, plus spécifiquement, 177 espèces de mammifères, pour lesquels ils avaient des données sur l’aire de répartition entre 1900 et 2015.
« La réelle ampleur de l’extinction de masse qui touche la faune a été sous-estimée : elle est catastrophique », jugent-ils. Au total, 32 % des espèces étudiées déclinent en termes de population et d’étendue. Plusieurs mammifères qui se portaient bien il y a une ou deux décennies sont maintenant en voie de disparition.
En 2016, la planète ne comptait que 7 000 guépards et 35 000 lions africains (− 43 % depuis 1993). Les populations d’orangs-outans de Bornéo ont chuté de 25 % ces dix dernières années, pour atteindre 80 000 individus, tandis que celles de girafes sont passées de 115 000 spécimens en 1985 à 97 000 en 2015. Celles de pangolins ont été décimées.
Tous les continents sont concernés par cette érosion spectaculaire de la biodiversité. Les zones les plus touchées, notamment pour les mammifères et les oiseaux, sont celles situées aux tropiques (Amazonie, bassin du Congo, Asie du Sud-Est) car ce sont les plus riches en termes de faune. Mais les régions tempérées enregistrent des taux similaires voire plus élevés en valeur relative – c’est-à-dire comparé à la richesse de leur biodiversité.
Corollaire de la perte d’effectifs, la faune voit son territoire diminuer comme une peau de chagrin. Parmi les 177 espèces de mammifères scrutées plus spécifiquement par l’étude, quasiment tous ont perdu au moins 30 % de leur aire de répartition historique depuis 1900 et 40 % en ont perdu plus de 80 %. Cas emblématique, le lion a longtemps régné sur la majeure partie de l’Afrique, du sud de l’Europe et du Moyen-Orient, jusqu’au nord-ouest de l’Inde ; on ne compte aujourd’hui qu’une poignée de populations dispersées en Afrique subsaharienne et une population dans la forêt de Gir, en Inde.
En 2016, la planète ne comptait que 7 000 guépards et 35 000 lions africains (− 43 % depuis 1993). Les populations d’orangs-outans de Bornéo ont chuté de 25 % ces dix dernières années, pour atteindre 80 000 individus, tandis que celles de girafes sont passées de 115 000 spécimens en 1985 à 97 000 en 2015. Celles de pangolins ont été décimées.
30 % des espèces en déclin sont communes
Ce que l’on sait moins, c’est que près de 30 % de ces espèces en déclin sont considérées comme communes. Elles sont (encore) classées en tant que « faible préoccupation » et non pas « en danger » par l’UICN. En France, le chardonneret a, par exemple, enregistré une baisse de 40 % de ses effectifs depuis dix ans. « Qu’autant d’espèces communes voient leurs effectifs diminuer est un signe fort de la gravité de l’épisode d’extinction biologique actuel », prévient Gerardo Ceballos.Tous les continents sont concernés par cette érosion spectaculaire de la biodiversité. Les zones les plus touchées, notamment pour les mammifères et les oiseaux, sont celles situées aux tropiques (Amazonie, bassin du Congo, Asie du Sud-Est) car ce sont les plus riches en termes de faune. Mais les régions tempérées enregistrent des taux similaires voire plus élevés en valeur relative – c’est-à-dire comparé à la richesse de leur biodiversité.
Corollaire de la perte d’effectifs, la faune voit son territoire diminuer comme une peau de chagrin. Parmi les 177 espèces de mammifères scrutées plus spécifiquement par l’étude, quasiment tous ont perdu au moins 30 % de leur aire de répartition historique depuis 1900 et 40 % en ont perdu plus de 80 %. Cas emblématique, le lion a longtemps régné sur la majeure partie de l’Afrique, du sud de l’Europe et du Moyen-Orient, jusqu’au nord-ouest de l’Inde ; on ne compte aujourd’hui qu’une poignée de populations dispersées en Afrique subsaharienne et une population dans la forêt de Gir, en Inde.
Au total, plus de 50 % des animaux ont disparu depuis quarante ans, estiment les scientifiques, qualifiant leurs résultats de « prudents ». Des conclusions qui confirment celles du dernier rapport « Planète vivante », publié en octobre 2016 par le Fonds mondial pour la nature
(WWF) : il estimait que les populations de vertébrés ont chuté de 58 %
entre 1970 et 2012. L’intérêt de la nouvelle étude, publiée dans les PNAS, réside dans le jeu de données bien plus vaste (27 600 espèces examinées contre 3 700 pour le WWF) et l’analyse géographique.
« Cette publication montre que la situation est très alarmante, plus que ce que peut laisser voir notre liste rouge », abonde Florian Kirchner, chargé du programme « espèces » pour la branche française de l’UICN, qui n’émet qu’une réserve : avoir concentré l’analyse sur les seuls vertébrés terrestres – les plus étudiés – et non les poissons, les invertébrés et les plantes, dont les populations reculent aussi massivement. Selon l’UICN, 42 % des espèces d’invertébrés terrestres (papillons, vers de terre, etc.) et 25 % de celles d’invertébrés marins (comme les bivalves ou éponges) sont menacés d’extinction.
Deux ou trois décennies pour agir
« L’approche de cette étude est très intéressante : au lieu de se focaliser sur les extinctions, que l’on a du mal à quantifier, elle se concentre sur l’évolution des populations, qui confirme et renseigne sur la gravité de la situation », juge Benoît Fontaine, biologiste de la conservation au Muséum national d’histoire naturelle, qui n’a pas participé à l’étude.« Cette publication montre que la situation est très alarmante, plus que ce que peut laisser voir notre liste rouge », abonde Florian Kirchner, chargé du programme « espèces » pour la branche française de l’UICN, qui n’émet qu’une réserve : avoir concentré l’analyse sur les seuls vertébrés terrestres – les plus étudiés – et non les poissons, les invertébrés et les plantes, dont les populations reculent aussi massivement. Selon l’UICN, 42 % des espèces d’invertébrés terrestres (papillons, vers de terre, etc.) et 25 % de celles d’invertébrés marins (comme les bivalves ou éponges) sont menacés d’extinction.
Les causes de ces reculs sont connues : ils sont imputables, en premier lieu, à la perte et à la dégradation de l’habitat sous l’effet de l’agriculture,
de l’exploitation forestière, de l’urbanisation ou de l’extraction
minière. Viennent ensuite la surexploitation des espèces (chasse, pêche,
braconnage), la pollution, les espèces invasives, les maladies et, plus
récemment, le changement climatique. « Les moteurs ultimes de la sixième extinction de masse sont moins souvent cités, jugent les auteurs. Il
s’agit de la surpopulation humaine, liée à une croissance continue de
la population, et de la surconsommation, en particulier par les
riches. »
« Nous ne disposons que d’une petite fenêtre pour agir, deux ou trois décennies au maximum », préviennent-ils. Il en va de la survie de la biodiversité mais également de l’humanité. « L’érosion des espèces entraîne de graves conséquences en cascades sur l’ensemble des écosystèmes, ainsi que des impacts économiques et sociaux pour l’humain », rappelle Gerardo Ceballos. La faune et la flore nous rendent en effet de nombreux services, qu’il s’agisse de la pollinisation, de l’amélioration de la productivité des terres, de l’assainissement de l’air et de l’eau ou du stockage du CO2.
« Nous ne disposons que d’une petite fenêtre pour agir, deux ou trois décennies au maximum », préviennent-ils. Il en va de la survie de la biodiversité mais également de l’humanité. « L’érosion des espèces entraîne de graves conséquences en cascades sur l’ensemble des écosystèmes, ainsi que des impacts économiques et sociaux pour l’humain », rappelle Gerardo Ceballos. La faune et la flore nous rendent en effet de nombreux services, qu’il s’agisse de la pollinisation, de l’amélioration de la productivité des terres, de l’assainissement de l’air et de l’eau ou du stockage du CO2.
Parmi les actions prioritaires, les scientifiques appellent à réduire la croissance de la population humaine et de sa consommation, à utiliser des technologies moins destructrices pour l’environnement, à endiguer le commerce des espèces en voie de disparition ou encore à aider les pays en développement à maintenir les habitats naturels et à protéger leur biodiversité.
jeudi 29 juin 2017
Le plancton
| Le plancton est la base de l’alimentation de tous les individus marins, comme le montre la pyramide alimentaire marine
1000 grammes de phytoplancton nourrissent 100 grammes de zooplancton
qui donnent 10 grammes d’alevins (juvéniles) de poissons et crustacés
qui permettent de produire 1 gramme de poissons fourrage (petits
poissons), ce gramme donnant 0,1 gramme de thon. Schématiquement, il faut 10 tonnes de phytoplancton pour produire 1 kilo de thon. |
Néonicotinoïdes : malgré les restrictions européennes, leur utilisation n'a pas baissé en France
D'après des chiffres obtenus auprès du ministère de l'Agriculture par
l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf), les ventes de
néonicotinoïdes n'ont pas baissé entre 2013 et 2015 alors même que trois
substances (imidaclopride, thiaméthoxam et clothianidine) se voyaient
frappées d'une interdiction partielle
par l'Union européenne en décembre 2013. Au contraire, toutes molécules
confondues, l'usage des néonicotinoïdes a augmenté de 4%.
"Les volumes de vente de l'imidaclopride sont restés constants entre 2013 et 2015, encore une fois malgré l'interdiction européenne et cela s'explique par le maintien de son autorisation sur les céréales à paille. L'imidaclopride est l'insecticide qui contamine le plus les eaux de surfaces françaises, une « tendance préoccupante » selon un rapport du ministère de l'Environnement", souligne l'Unaf.
En revanche, l'utilisation du thiaméthoxam et de la clothianidine a chuté de 72% en trois ans. Cependant, note l'Unaf, "les usages interdits par l'UE du thiaméthoxam et de la clothianidine se sont reportés sur le thiaclopride, dont l'utilisation a été multipliée par 2,5 entre 2013 et 2015, bien que l'Europe considère le thiaclopride comme un perturbateur endocrinien au point d'en envisager sa substitution".
La publication de ces chiffres intervient quelques jours après la polémique sur l'intention du gouvernement de lever l'interdiction de sept néonicotinoïdes à partir de 2018. Le Premier ministre a dû éteindre le feu en affirmant que la France ne reviendrait pas sur cette disposition, inscrite dans la loi biodiversité.
"Les volumes de vente de l'imidaclopride sont restés constants entre 2013 et 2015, encore une fois malgré l'interdiction européenne et cela s'explique par le maintien de son autorisation sur les céréales à paille. L'imidaclopride est l'insecticide qui contamine le plus les eaux de surfaces françaises, une « tendance préoccupante » selon un rapport du ministère de l'Environnement", souligne l'Unaf.
En revanche, l'utilisation du thiaméthoxam et de la clothianidine a chuté de 72% en trois ans. Cependant, note l'Unaf, "les usages interdits par l'UE du thiaméthoxam et de la clothianidine se sont reportés sur le thiaclopride, dont l'utilisation a été multipliée par 2,5 entre 2013 et 2015, bien que l'Europe considère le thiaclopride comme un perturbateur endocrinien au point d'en envisager sa substitution".
La publication de ces chiffres intervient quelques jours après la polémique sur l'intention du gouvernement de lever l'interdiction de sept néonicotinoïdes à partir de 2018. Le Premier ministre a dû éteindre le feu en affirmant que la France ne reviendrait pas sur cette disposition, inscrite dans la loi biodiversité.
lundi 12 juin 2017
Plancton malade, océans en danger
A cause de la pollution humaine et du réchauffement climatique, le plancton s’appauvrit ou voit certains des organismes le composant disparaître, menaçant l’équilibre environnemental.
Mystère dans le golfe du Lion : " Depuis 2008, les stocks d'anchois et de sardines de Méditerranée sont de plus en plus petits et faméliques ",
analyse Claire Saraux, chercheuse à l'Ifremer. Ce qui entraîne une
chute drastique du tonnage, les pêcheurs ramenant aujourd'hui dans leurs
filets 600 tonnes par an, contre plus de 12 000 tonnes il y a dix ans.
L'enquête sur cette disparition a été menée de 2012 à 2015 dans le cadre
du projet franco-espagnol EcoPelGol. Conclusion : les responsables ne
sont ni les pêcheurs - dont la pression sur le milieu n'a pas été plus
importante au cours des vingt dernières années -, ni les prédateurs
naturels (thons rouges, dauphins) - qui ne prélèvent que 1 à 2 % des
populations d'anchois et de sardines -, ni les virus ou autres
pathogènes faiblement présents. Le coupable, c'est la faim. Anchois et
sardines souffrent d'un déficit énergétique. Ces espèces se nourrissent
en effet de plancton
dont la composition s'est modifiée au cours des dernières décennies en
raison des pollutions humaines et du changement climatique. Le plancton
actuel serait ainsi moins nourrissant.
Une seule espèce disparaît et l'écosystème est déstabilisé
Sa mauvaise santé se constate à l'échelle planétaire, où le réchauffement entraîne une stratification des eaux. Celle-ci freine la remontée des sels nutritifs indispensables à ces micro-organismes vivant près de la surface. De plus, à l'instar du vinaigre qui dissout le calcaire, l'acidification des océans par excès de CO2 a un impact sur les enveloppes calcaires de certaines espèces de plancton (mollusques, crustacés) dont la survie est menacée. Enfin, il ne faut pas sous-estimer le rôle des pesticides, qui se retrouvent dans les eaux littorales, soulignent Geneviève Arzul et Françoise Quiniou, écotoxicologues à l'Ifremer. Fongicides, herbicides, insecticides impactent directement le phytoplancton et le zooplancton. En outre, il suffit qu'une seule espèce disparaisse pour déstabiliser durablement un écosystème. En effet, une étude récente, dirigée par Lionel Guidi, chercheur au CNRS de Villefranche-sur-Mer, montre l'importance du réseau social planctonique, avec des interactions et interdépendances très fortes entre espèces et conditions environnementales. La moindre variation peut avoir des conséquences encore mal mesurées. Or notre propre survie dépend de la bonne santé du plancton. Car celui-ci absorbe du CO2, le piège, et en échange nous fournit 50 % de notre oxygène. Conséquence : tandis que le plancton disparaît, les océans perdent chaque année une capacité d'absorption de 190 millions de tonnes de carbone…mercredi 31 mai 2017
Des microplastiques découverts dans les sels de table
Les microplastiques envahissent de plus en plus notre alimentation. Aujourd'hui, on en découvre dans les sels de table, annonce une équipe malaise.
Les nutritionnistes n’arrêtent pas de le seriner avec raison : manger trop salé est mauvais pour la santé, notamment pour le cœur et les artères. Une autre raison pourrait vous pousser à diminuer votre consommation de sel : en dépit de sa blancheur immaculée, ce condiment s’avère aujourd’hui totalement pollué de microplastiques!Que ces polluants soient de plus en plus présents dans tous les milieux marins, y compris dans les zones polaires, est documentée depuis les années 1970. Ingérés par le zooplancton et les larves de poissons, les microplastiques sont aujourd’hui présents dans l’intégralité de la chaine trophique. Même les oiseaux de mer, les otaries et les lions de mer, en consommant des poissons en contenant, en sont truffés.
Mais une équipe de chercheurs malaisiens de l’université Putra Malaysia a voulu aller un cran plus loin. Elle s’est demandé à quel point les différents sels vendus dans le commerce à travers le monde contenaient ces polluants, en scrutant 17 marques issues de 8 pays. La réponse publiée dans la revue Scientific Reports fait froid dans le dos: pratiquement tous! Seule une marque y échappe. Cocorico, elle est française. Sinon, pas trop de raison de pavoiser: les cinq autres marques françaises étudiées en contiennent. Malheureusement, Ali Karami, premier auteur de l’étude, n’a pas le droit de révéler de quelle marque il s’agit. Tout juste peut-il préciser que ce sel est emballé dans du verre et non du plastique, sans que la nature du contenant ait d’ailleurs une quelconque incidence sur cette pollution.
Pollution qui serait beaucoup plus étendue que cela. “Nous pensons que la plupart des produits issus de la mer sont contaminés avec des microplastiques, s’alarme Ali Karami. Nous n’en sommes qu’au début du cauchemar! Viendra le moment où nous n’oserons plus manger un seul poisson!“ Les microplastiques proviennent de sources diverses mais la majorité d’entre eux sont issus de la dégradation de déchets plastiques abandonnés par les touristes ou les bateaux de pêche.
"Sans oublier les microbilles de plastique employées en cosmétique comme dans les exfoliants. Les microplastiques ont une durée de vie très longue et peuvent persister dans l’environnement durant des décennies", précise Abolfazi Glieskardi, principal collaborateur de Ali Karami. Même si, selon les calculs de ce dernier, "la quantité de microplastiques dans les sels n’est pas préoccupante à l’heure actuelle, notre planète est en train d’être silencieusement conquise par ces ‘microbombes’ ". Et le chercheur d’aller encore plus loin: “Je pense que la pollution par les plastiques est de nature à éradiquer toute vie sur la planète. C’est le grand méchant loup du XXIe siècle!"
Glyphosate et cancer : un toxicologue américain relance le débat
La Commission européenne a proposé un renouvellement de l'autorisation
du glyphosate pour 10 ans, après le feu vert des agences d'expertise
européennes. Ces dernières auraient sous-estimé des études démontrant
des cas de cancers sur des rongeurs.
Dans une lettre adressée le 28 mai au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le toxicologue américain Christopher Portier dénonce l'évaluation scientifique d'études, menée par l'Agence de sécurité alimentaire européenne (Efsa) et l'Agence européenne des produits chimiques (Echa), qui sous-estimeraient le lien entre plusieurs cas de cancer et la substance herbicide glyphosate. Ces agences d'expertise "ont échoué à identifier tous les cas statistiquement significatifs d'augmentation d'incidence de cancers, dans les études de cancérogénicité chronique menées sur les rongeurs", a indiqué M. Portier dans sa lettre.
Le glyphosate, substance active controversée notamment du Roundup de Monsanto, est la plus utilisée dans le monde. Le 16 mai dernier, la Commission européenne a proposé de réautoriser sa mise sur le marché pour dix ans dans l'UE, après le feu vert de l'Echa. L'agence a en effet jugé, le 15 mars dernier, que les connaissances scientifiques disponibles ne permettaient pas de classer le glyphosate comme substance cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction (CMR). "Il est improbable que le glyphosate présente un danger cancérogène pour l'Homme", avait également assuré l'Efsa en novembre 2015. Les agences ont publié leur avis après que le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) de l'OMS (Organisation mondiale de la santé) a pourtant classé, en mars 2015, cette substance comme probablement cancérogène pour l'Homme. Selon le Circ, des "preuves convaincantes" avaient montré que le glyphosate peut causer le cancer chez les animaux de laboratoire. Le glyphosate serait aussi à l'origine de lésion sur le matériel génétique de cellules humaines.
Huit cas cancérigènes répertoriés
M. Portier a précisé, au journal Le Monde, avoir passé en revue les données brutes d'une quinzaine d'études industrielles menées sur des rongeurs transmises aux agences. Dans sa lettre, l'expert international indique avoir "trouvé huit cas de hausses significatives de la fréquence de tumeurs qui n'apparaissent dans aucune des publications ou des évaluations officielles présentées par l'Efsa et l'Echa. (…) Certaines de ces tumeurs étaient également présentes dans plusieurs autres travaux, renforçant la cohérence des résultats entre études". Selon M. Portier, il s'agit de tumeurs au niveau du poumon des rongeurs, de la thyroïde, des tissus mous, du rein, du foie, de la peau et des glandes mammaires.
M. Portier a été sollicité par des députés européens pour mener une réanalyse de ces données. Les eurodéputés socialistes, démocrates et écologistes ont dénoncé le renouvellement de l'autorisation du glyphosate proposé par la Commission. Les eurodéputés socialistes français Eric Andrieu et belge Marc Tarabella ont soutenu cette lettre de M. Portier. "Quand on sait que les travaux de ces agences se sont appuyés sur des études parrainées par Monsanto pour leur évaluation de la sécurité du glyphosate, on ne peut pas ne pas s'interroger !", estiment les deux députés. Ils réclament de nouveau plus de transparence et la mise à disposition publique des études scientifiques. M. Portier a appelé M. Juncker à "s'abstenir de prendre toute décision sur le glyphosate" jusqu'à ce que les nouveaux éléments mis au jour soient inclus dans l'évaluation européenne. "Cela nous conforte dans l'idée qu'il faille prôner le principe de précaution : tant que nous ne sommes pas sûrs que le produit soit inoffensif, on ne peut donner l'autorisation de l'utiliser : les citoyens ne sont pas des cobayes !", a ajouté le député Marc Tarabella.
Les Etats membres devraient se prononcer d'ici peu sur sa réautorisation pour 10 ans. La Commission a rappelé que chaque Etat membre gardait le droit d'autoriser ou non l'utilisation de pesticides à base de glyphosate sur son territoire.
Dans une lettre adressée le 28 mai au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le toxicologue américain Christopher Portier dénonce l'évaluation scientifique d'études, menée par l'Agence de sécurité alimentaire européenne (Efsa) et l'Agence européenne des produits chimiques (Echa), qui sous-estimeraient le lien entre plusieurs cas de cancer et la substance herbicide glyphosate. Ces agences d'expertise "ont échoué à identifier tous les cas statistiquement significatifs d'augmentation d'incidence de cancers, dans les études de cancérogénicité chronique menées sur les rongeurs", a indiqué M. Portier dans sa lettre.
Le glyphosate, substance active controversée notamment du Roundup de Monsanto, est la plus utilisée dans le monde. Le 16 mai dernier, la Commission européenne a proposé de réautoriser sa mise sur le marché pour dix ans dans l'UE, après le feu vert de l'Echa. L'agence a en effet jugé, le 15 mars dernier, que les connaissances scientifiques disponibles ne permettaient pas de classer le glyphosate comme substance cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction (CMR). "Il est improbable que le glyphosate présente un danger cancérogène pour l'Homme", avait également assuré l'Efsa en novembre 2015. Les agences ont publié leur avis après que le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) de l'OMS (Organisation mondiale de la santé) a pourtant classé, en mars 2015, cette substance comme probablement cancérogène pour l'Homme. Selon le Circ, des "preuves convaincantes" avaient montré que le glyphosate peut causer le cancer chez les animaux de laboratoire. Le glyphosate serait aussi à l'origine de lésion sur le matériel génétique de cellules humaines.
Huit cas cancérigènes répertoriés
M. Portier a précisé, au journal Le Monde, avoir passé en revue les données brutes d'une quinzaine d'études industrielles menées sur des rongeurs transmises aux agences. Dans sa lettre, l'expert international indique avoir "trouvé huit cas de hausses significatives de la fréquence de tumeurs qui n'apparaissent dans aucune des publications ou des évaluations officielles présentées par l'Efsa et l'Echa. (…) Certaines de ces tumeurs étaient également présentes dans plusieurs autres travaux, renforçant la cohérence des résultats entre études". Selon M. Portier, il s'agit de tumeurs au niveau du poumon des rongeurs, de la thyroïde, des tissus mous, du rein, du foie, de la peau et des glandes mammaires.
M. Portier a été sollicité par des députés européens pour mener une réanalyse de ces données. Les eurodéputés socialistes, démocrates et écologistes ont dénoncé le renouvellement de l'autorisation du glyphosate proposé par la Commission. Les eurodéputés socialistes français Eric Andrieu et belge Marc Tarabella ont soutenu cette lettre de M. Portier. "Quand on sait que les travaux de ces agences se sont appuyés sur des études parrainées par Monsanto pour leur évaluation de la sécurité du glyphosate, on ne peut pas ne pas s'interroger !", estiment les deux députés. Ils réclament de nouveau plus de transparence et la mise à disposition publique des études scientifiques. M. Portier a appelé M. Juncker à "s'abstenir de prendre toute décision sur le glyphosate" jusqu'à ce que les nouveaux éléments mis au jour soient inclus dans l'évaluation européenne. "Cela nous conforte dans l'idée qu'il faille prôner le principe de précaution : tant que nous ne sommes pas sûrs que le produit soit inoffensif, on ne peut donner l'autorisation de l'utiliser : les citoyens ne sont pas des cobayes !", a ajouté le député Marc Tarabella.
Les Etats membres devraient se prononcer d'ici peu sur sa réautorisation pour 10 ans. La Commission a rappelé que chaque Etat membre gardait le droit d'autoriser ou non l'utilisation de pesticides à base de glyphosate sur son territoire.
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