La Commission européenne a proposé un renouvellement de l'autorisation
du glyphosate pour 10 ans, après le feu vert des agences d'expertise
européennes. Ces dernières auraient sous-estimé des études démontrant
des cas de cancers sur des rongeurs.
Dans une lettre
adressée le 28 mai au président de la Commission européenne Jean-Claude
Juncker, le toxicologue américain Christopher Portier dénonce
l'évaluation scientifique d'études, menée par l'Agence de sécurité
alimentaire européenne (Efsa) et l'Agence européenne des produits
chimiques (Echa), qui sous-estimeraient le lien entre plusieurs cas de
cancer et la substance herbicide glyphosate. Ces agences d'expertise "ont
échoué à identifier tous les cas statistiquement significatifs
d'augmentation d'incidence de cancers, dans les études de
cancérogénicité chronique menées sur les rongeurs", a indiqué M. Portier dans sa lettre.
Le glyphosate, substance active controversée notamment du Roundup de
Monsanto, est la plus utilisée dans le monde. Le 16 mai dernier, la
Commission européenne a proposé de réautoriser sa mise sur le marché pour dix ans
dans l'UE, après le feu vert de l'Echa. L'agence a en effet jugé, le 15
mars dernier, que les connaissances scientifiques disponibles ne
permettaient pas de classer le glyphosate comme substance cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction (CMR). "Il est improbable que le glyphosate présente un danger cancérogène pour l'Homme", avait également assuré l'Efsa en novembre 2015. Les
agences ont publié leur avis après que le Centre international de
recherche sur le cancer (Circ) de l'OMS (Organisation mondiale de la
santé) a pourtant classé, en mars 2015, cette substance comme probablement cancérogène pour l'Homme. Selon le Circ, des "preuves convaincantes"
avaient montré que le glyphosate peut causer le cancer chez les animaux
de laboratoire. Le glyphosate serait aussi à l'origine de lésion sur le
matériel génétique de cellules humaines.
Huit cas cancérigènes répertoriés
M. Portier a précisé, au journal Le Monde, avoir passé en revue les données brutes d'une quinzaine d'études industrielles menées sur des rongeurs transmises aux agences. Dans sa lettre, l'expert international indique avoir "trouvé
huit cas de hausses significatives de la fréquence de tumeurs qui
n'apparaissent dans aucune des publications ou des évaluations
officielles présentées par l'Efsa et l'Echa. (…) Certaines de ces
tumeurs étaient également présentes dans plusieurs autres travaux,
renforçant la cohérence des résultats entre études". Selon M. Portier, il s'agit de tumeurs au niveau du poumon des rongeurs, de la thyroïde, des tissus mous, du rein, du foie, de la peau et des glandes mammaires.
M. Portier a été sollicité par des députés européens pour mener
une réanalyse de ces données. Les eurodéputés socialistes, démocrates
et écologistes ont dénoncé le renouvellement de l'autorisation du
glyphosate proposé par la Commission. Les eurodéputés socialistes
français Eric Andrieu et belge Marc Tarabella ont soutenu cette lettre
de M. Portier. "Quand on sait que les travaux de ces agences se sont
appuyés sur des études parrainées par Monsanto pour leur évaluation de
la sécurité du glyphosate, on ne peut pas ne pas s'interroger !", estiment
les deux députés. Ils réclament de nouveau plus de transparence et la
mise à disposition publique des études scientifiques. M. Portier a
appelé M. Juncker à "s'abstenir de prendre toute décision sur le glyphosate" jusqu'à ce que les nouveaux éléments mis au jour soient inclus dans l'évaluation européenne. "Cela
nous conforte dans l'idée qu'il faille prôner le principe de
précaution : tant que nous ne sommes pas sûrs que le produit soit
inoffensif, on ne peut donner l'autorisation de l'utiliser : les
citoyens ne sont pas des cobayes !", a ajouté le député Marc Tarabella.
Les Etats membres devraient se prononcer d'ici peu sur sa
réautorisation pour 10 ans. La Commission a rappelé que chaque Etat
membre gardait le droit d'autoriser ou non l'utilisation de pesticides à
base de glyphosate sur son territoire.
On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. Le Petit Prince (1943) de Antoine de Saint-Exupéry
mercredi 31 mai 2017
mardi 23 mai 2017
L'action climatique des pays du G20 boostera le PIB mondial d'ici 2050, selon l'OCDE
L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publie, ce 23 mai, un rapport qui démontre qu'"agir contre le changement climatique peut stimuler la croissance économique à moyen et long terme". Ce rapport a été réalisé dans le cadre de la présidence allemande du G20.
"Loin d'être un frein, l'intégration de l'action climatique à la politique en faveur de la croissance peut avoir un effet économique positif", a affirmé Angel Gurría, secrétaire général de l'OCDE, dans un communiqué. Les pays du G20 représentent 85% du PIB (produit intérieur brut) mondial et 80% des émissions carbone. Dans le cadre de leurs stratégies pour une croissance inclusive et le développement, ces pays devraient "conjuguer des mesures climatiques telles que la tarification du carbone avec des mesures économiques d'appui pour entraîner une croissance inclusive centrée sur l'investissement dans des infrastructures à faibles émissions et résilientes face au climat", préconise le rapport. Des mesures qui permettraient d'accroître le PIB des pays du G20 de 1% d'ici 2021 et 2,8% d'ici 2050. "Si l'on prend en compte les retombées économiques positives de l'élimination de certains effets du changement climatique, comme les dommages imputables aux inondations côtières et aux tempêtes, l'augmentation nette du PIB en 2050 est proche de 5%", estime l'OCDE.
Limiter la hausse de la température mondiale en dessous de 2 degrés, prévu par l'Accord de Paris sur le climat, nécessitera des investissements dans les infrastructures estimés à 6.900 milliards de dollars USD par an d'ici 2030. Soit "seulement 10% de plus qu'une croissance intensive en carbone", ajoute l'organisation. De plus, les infrastructures respectueuses du climat "sont moins énergivores et permettraient de faire chaque année des économies d'énergies fossiles de 1.700 milliards USD au total, ce qui compenserait de loin le surcoût".
"Loin d'être un frein, l'intégration de l'action climatique à la politique en faveur de la croissance peut avoir un effet économique positif", a affirmé Angel Gurría, secrétaire général de l'OCDE, dans un communiqué. Les pays du G20 représentent 85% du PIB (produit intérieur brut) mondial et 80% des émissions carbone. Dans le cadre de leurs stratégies pour une croissance inclusive et le développement, ces pays devraient "conjuguer des mesures climatiques telles que la tarification du carbone avec des mesures économiques d'appui pour entraîner une croissance inclusive centrée sur l'investissement dans des infrastructures à faibles émissions et résilientes face au climat", préconise le rapport. Des mesures qui permettraient d'accroître le PIB des pays du G20 de 1% d'ici 2021 et 2,8% d'ici 2050. "Si l'on prend en compte les retombées économiques positives de l'élimination de certains effets du changement climatique, comme les dommages imputables aux inondations côtières et aux tempêtes, l'augmentation nette du PIB en 2050 est proche de 5%", estime l'OCDE.
Limiter la hausse de la température mondiale en dessous de 2 degrés, prévu par l'Accord de Paris sur le climat, nécessitera des investissements dans les infrastructures estimés à 6.900 milliards de dollars USD par an d'ici 2030. Soit "seulement 10% de plus qu'une croissance intensive en carbone", ajoute l'organisation. De plus, les infrastructures respectueuses du climat "sont moins énergivores et permettraient de faire chaque année des économies d'énergies fossiles de 1.700 milliards USD au total, ce qui compenserait de loin le surcoût".
mardi 9 mai 2017
Tous les indicateurs du réchauffement climatique sont au rouge
Alors que les Etats-Unis menacent de quitter l’accord de Paris et que s’est ouverte lundi 8 mai, à Bonn (Allemagne), la session annuelle des négociations climatiques, le réchauffement de la planète se poursuit, à bride abattue. Selon les données du National Climatic Data Center (NCDC) américain, le premier trimestre de l’année en cours est en effet le deuxième plus chaud jamais enregistré, à moins de 2/10ede degré Celsius derrière les trois premiers mois de l’année 2016.
Or celle-ci, marquée par un phénomène El Niño d’une intensité exceptionnelle, a été celle de tous les excès. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), sa température moyenne a excédé de 1,1 °C les niveaux de l’ère préindustrielle, battant ainsi le record de l’année 2015. Qui elle-même battait le record de l’année précédente.Depuis 2014, les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) semblent toutefois stagner autour de 41 milliards de tonnes par an – en incluant les émissions dues à la déforestation et à l’utilisation des sols. Mais ce palier se situe à un niveau élevé et l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère, principale cause du réchauffement en cours, ne faiblit pas.
Le 5 mai, le dernier pointage de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) indiquait qu’un nouveau record était atteint, avec une concentration atmosphérique de CO2 de plus de 410 parties par million (ppm) relevé au laboratoire de Mauna Loa – un niveau jamais atteint depuis le pliocène, il y a quelque 2 millions d’années. Le taux atmosphérique de CO2 est demeuré sous 280 ppm tout au long du dernier million d’années.
Tous les indicateurs sont, et demeurent, au rouge. Chaque jour, la perspective s’éloigne un peu plus de pouvoir conserver le climat
terrestre sous la barre des 2°C d’augmentation de la température
moyenne, par rapport à l’ère préindustrielle – aujourd’hui, plus
personne ou presque ne nourrit encore l’espoir de le maintenir
sous le seuil de 1,5 °C de réchauffement, pourtant inscrit dans le
marbre de l’accord de Paris, adopté en décembre 2015 au terme de la
COP 21.
Les phénomènes s’aggravent
Non seulement les températures moyennes continuent de s’élever inexorablement, mais tous les phénomènes liés à l’élévation du mercure s’accentuent. Les surfaces de banquise, en Arctique tout comme en Antarctique, ont atteint des niveaux exceptionnellement bas tout au long de 2016. Au mois de novembre, le déficit de glaces de mer par rapport à la moyenne 1980-2010 affichait 4 millions de km2, une anomalie sans précédent connu à cette période de l’année. Aucun rebond ne se fait jour depuis début 2017 : au nord comme dans l’hémisphère austral, les surfaces de banquise sont nettement en deçà des normales. En avril, selon le National Snow and Ice Data Center (NSIDC), ce déficit excédait légèrement 1 million de kilomètres carrés…
Les températures élevées ne contribuent
pas uniquement à la réduction des superficies de banquises : elles
endommagent également la productivité biologique de l’océan. Depuis
2016, comme de nombreux autres récifs tropicaux, la Grande Barrière de
corail, en Australie,
a été touchée par un phénomène de blanchissement et de mortalité des
coraux à grande échelle. Seuls deux autres épisodes semblables ont été
jusqu’à présent observés, en 1998 et en 2002. Avec, comme conséquence,
comme l’a noté fin mars l’OMM dans son bilan de l’année écoulée, « des impacts importants sur la chaîne alimentaire marine, les écosystèmes et les pêcheries ».
D’autres phénomènes s’aggravent plus vite qu’escomptés. Des chercheurs français et suisses viennent ainsi de conduire une nouvelle analyse, publiée fin avril dans la revue Geophysical Research Letters, suggérant que la montée du niveau marin s’est accélérée au cours des deux dernières décennies. Celle-ci aurait été 25 % à 30 % plus rapide entre 2004 et 2015 qu’entre 1993 et 2004… En cause : la perte de glace des calottes polaires du Groenland et de l’Antarctique qui s’accélère fortement depuis vingt ans.
Plus étonnant : certaines manifestations de ce dernier Niño semblent n’avoir pas disparu avec lui, laissant comme des stigmates dans le système climatique. Ainsi, des accumulations d’eaux chaudes dans le Pacifique, au large de pays d’Amérique centrale, ont-elles persisté alors même que les indices majeurs marquant l’activité d’un Niño avaient disparu… Ces étrangetés climatiques, qui plongent les scientifiques dans la perplexité, sont à l’origine des pluies diluviennes et des coulées de boue qui ont frappé en mars la Colombie et le Pérou, causant plusieurs centaines de morts.
Dans le Pacifique, la situation actuelle est suffisamment inhabituelle pour que les scientifiques de la NOAA prévoient un retour possible d’El Niño avant la fin de l’année. Généralement, l’« enfant terrible du Pacifique » revient tous les trois à sept ans, et un retour si rapide n’a jusqu’à présent été observé qu’il y a plus d’un demi-siècle. Difficile, toutefois, d’affirmer qu’il s’agit là d’une nouvelle manifestation du réchauffement en cours.
D’autres phénomènes s’aggravent plus vite qu’escomptés. Des chercheurs français et suisses viennent ainsi de conduire une nouvelle analyse, publiée fin avril dans la revue Geophysical Research Letters, suggérant que la montée du niveau marin s’est accélérée au cours des deux dernières décennies. Celle-ci aurait été 25 % à 30 % plus rapide entre 2004 et 2015 qu’entre 1993 et 2004… En cause : la perte de glace des calottes polaires du Groenland et de l’Antarctique qui s’accélère fortement depuis vingt ans.
Des scientifiques perplexes
A cette accélération de fond viennent s’ajouter des sursauts ponctuels. Le puissant Niño de 2015-2016 a fait bondir le niveau des mers. Selon l’OMM, celui-ci s’est élevé de 1,5 centimètre entre les mois de novembre 2014 et de février 2016 – soit quatre à cinq années de hausse moyenne en moins de seize mois.Plus étonnant : certaines manifestations de ce dernier Niño semblent n’avoir pas disparu avec lui, laissant comme des stigmates dans le système climatique. Ainsi, des accumulations d’eaux chaudes dans le Pacifique, au large de pays d’Amérique centrale, ont-elles persisté alors même que les indices majeurs marquant l’activité d’un Niño avaient disparu… Ces étrangetés climatiques, qui plongent les scientifiques dans la perplexité, sont à l’origine des pluies diluviennes et des coulées de boue qui ont frappé en mars la Colombie et le Pérou, causant plusieurs centaines de morts.
Dans le Pacifique, la situation actuelle est suffisamment inhabituelle pour que les scientifiques de la NOAA prévoient un retour possible d’El Niño avant la fin de l’année. Généralement, l’« enfant terrible du Pacifique » revient tous les trois à sept ans, et un retour si rapide n’a jusqu’à présent été observé qu’il y a plus d’un demi-siècle. Difficile, toutefois, d’affirmer qu’il s’agit là d’une nouvelle manifestation du réchauffement en cours.
jeudi 4 mai 2017
Les dauphins sauvages plus malades que ceux en captivité
L'étude, publiée mercredi dans la revue américaine Plos One, a comparé des dauphins vivant au large des côtes de Floride et de la Caroline du Sud à deux autres populations dans des aquariums, ou d'autres habitats contrôlés, en Géorgie et en Californie.
Moins de 50% des dauphins sauvages était "cliniquement normaux" et un grand nombre souffraient d'inflammations chroniques, signe que leur organisme combattait des maladies.
"Cela s'explique par leur contact avec des pathogènes, des parasites et des polluants dans l'océan qui sont absents dans les aquariums", précise Patricia Fair, professeure à la faculté de médecine de l'Université de Caroline du Sud et principal auteur de cette étude.
Chez l'homme, ce type de réponse immunitaire chronique est liée à des cancers, des pathologies cardiovasculaires et une plus grande vulnérabilité aux maladies infectieuses.
Gregory Bossart, vétérinaire en chef de l'aquarium de Géorgie, à Atlanta, co-auteur de ces travaux, a étudié depuis 2003 la santé de plus de 360 dauphins dans la lagune de l'Indian River, en Floride et sur la côte près de Charleston, en Caroline du Sud.
Sur cette période, il a pu observer "l'apparition de maladies infectieuses, de tumeurs, d'infection bactérienne résistantes aux antibiotiques et des niveaux alarmants de contaminants dans les deux populations de dauphins en liberté", indique l'étude.
Les dauphins sont de grands prédateurs, au sommet de la chaîne alimentaire, et accumulent toutes les toxines ingérées par leurs proies.
Ceux qui vivent dans la lagune de l'Indian River avaient ainsi de fortes concentrations de mercure dans le corps.
En Caroline du Sud, les dauphins sauvages étudiés avaient des niveaux élevés de substances chimiques organiques provenant probablement de sources industrielles.
De précédentes recherches avaient mis en évidence des maladies fongiques et l'émergence de nouveaux virus qui pourraient être potentiellement pathogènes pour les humains, avertissent aussi ces scientifiques.
Les dauphins en captivité dans l'aquarium d'Atlanta et dans le Centre des systèmes de combat spatial et naval (SPAWAR) à San Diego présentaient nettement moins d'inflammations chroniques.
"Ces cétacés sont exposés à moins d'agents pathogènes car la qualité de l'eau dans laquelle ils évoluent est contrôlée en permanence tout comme leur nourriture, et ils bénéficient aussi de soins vétérinaires préventifs", soulignent ces chercheurs.
"En tant qu'espèce sentinelle, les dauphins sont importants pour jauger la qualité de l'environnement océanique", pointe le Dr Bossart.
mercredi 19 avril 2017
Monsanto viole de nombreux droits humains, conclut un tribunal international citoyen
Le tribunal international Monsanto a rendu son avis juridique le 18
avril. Il conclut que les activités de cette firme violent de nombreux
droits comme celui à un environnement sûr, à l'alimentation, à la santé,
à la liberté de la recherche…
S'appuyant sur des traités internationaux et les principes des Nations unies, le tribunal international de Monsanto a rendu le 18 avril son avis juridique sur les impacts des activités de la firme agrochimique Monsanto. Il conclut que les activités du géant américain ont des "conséquences souvent très désastreuses".
Ce tribunal d'opinion, constitué d'un collège de cinq juges et experts en droit international, s'est réuni en octobre 2016 pour entendre les témoignages de 28 victimes de Monsanto. Par ailleurs, "le tribunal a reçu un grand nombre de documents écrits, expertises scientifiques, rapports juridiques", explique la magistrate belge Tulkens qui précise que cette "cour extraordinaire [est] née de la détermination de la société civile". Elle a rappelé que Monsanto avait été invité par le tribunal mais que l'entreprise n'avait pas souhaité être entendue.
L'objectif de ce tribunal symbolique est double : alerter l'opinion publique et les parties prenantes sur "des situations inacceptables" et faire évoluer les règles, a rappelé Françoise Tulkens. "Il n'a pas été demandé au tribunal d'établir la culpabilité civile et pénale de Monsanto. C'est un avis consultatif sur la base de considérations juridiques". Six questions, relatives aux principaux droits humains, étaient posées aux juges.
Des atteintes à l'environnement, à la santé, à l'alimentation, à la liberté de recherche…
"Le tribunal a entendu divers témoins qui ont expliqué l'impact de Monsanto sur la santé animale, les plantes, les sols, les paysans, les chercheurs… Les activités de Monsanto portent atteinte directement et indirectement au droit à un environnement sain", comme le définit la déclaration de Stockholm, a déclaré le greffier du tribunal Marcos Orellana. Ces impacts ont "frappé de nombreuses communautés dans de nombreux pays et les peuples indigènes", a-t-il poursuivi, pointant du doigt le Round up et les OGM tolérants aux herbicides. De plus, "la prolifération de semences génétiquement modifiées a eu un impact négatif sur l'environnement". L'expert a rappelé que, malgré le classement en 2015 du glyphosate comme cancérogène probable pour l'homme par le centre international de recherche sur le cancer (Circ), Monsanto a continué de le commercialiser. "Le manque d'informations, de mesures de mitigations et d'études d'impact crédibles ne font qu'aggraver les atteintes aux droits humains", souligne-t-il.
Selon le tribunal, les activités de la multinationale violent également le droit à l'alimentation et à la souveraineté alimentaire : "Les activités de Monsanto ont causé et continuent de causer des dommages sur les sols, l'eau et la biodiversité et donc impactent indirectement le droit à l'alimentation", a souligné la docteur en droit argentine Eleonora Lamm. Par ailleurs, la firme est accusée d'entraver "le droit à produire de la nourriture et le droit pour les communautés d'avoir accès aux semences", affectant ainsi la production agricole.
La troisième atteinte aux droits humains, selon le tribunal citoyen, concerne la santé : "Les témoignages décrivent des situations où il est clair que Monsanto a un impact sur la santé physique mais aussi sur la santé mentale de nombreuses personnes", a indiqué Eleonora Lamm, citant les PCB, dont "Monsanto a été pendant longtemps le seul fabricant", mais aussi le Round up et son ingrédient clé le glyphosate… Les experts en droit ont bien pris connaissance des avis de l'agence américaine de l'environnement (EPA) et de l'autorité de sécurité sanitaire européenne (Efsa) qui concluent que le glyphosate n'est pas cancérogène. "Certains membres du panel n'étaient pas d'accord avec les conclusions de l'EPA, commente la juriste argentine. Il y a un gros souci sur l'indépendance des études. Bien qu'il y ait une controverse scientifique sur le glyphosate, il y a tant de preuves que le tribunal conclut que Monsanto a violé les droits à la santé".
Le tribunal dénonce aussi les difficultés à accéder à des recherches scientifiques fondées, les accusations d'intimidation et de pression pesant sur Monsanto. "La conduite qu'on attribue à Monsanto, si elle est prouvée, est incompatible avec la liberté indispensable à la recherche scientifique ainsi qu'à la liberté d'expression et au droit à l'accès à l'information, souligne l'expert en droit international canadien Steven Shrybman. Une telle atteinte est aggravée compte tenu des risques induits sur la santé et l'environnement".
Pour une reconnaissance de l'écocide dans le droit international
Le tribunal regrette que l'écocide ne soit pas encore reconnu par le droit international et la cour pénale internationale : "Si le crime d'écocide était reconnu, les activités de Monsanto pourraient être reconnues comme un crime d'écocide puisqu'elles affectent la santé des sols, de l'eau…", analyse Marcos Orellana.
Plus généralement, le tribunal a dénoncé le recours croissant à des tribunaux d'arbitrages dans le cadre des traités commerciaux : "C'est un développement incroyable du droit international : le droit privé nuit aux droits humains, a expliqué Steven Shrybman. Il est essentiel que les droits humains et les droits de l'environnement jouissent d'une primauté, cela n'est pas le cas actuellement".
S'appuyant sur des traités internationaux et les principes des Nations unies, le tribunal international de Monsanto a rendu le 18 avril son avis juridique sur les impacts des activités de la firme agrochimique Monsanto. Il conclut que les activités du géant américain ont des "conséquences souvent très désastreuses".
Ce tribunal d'opinion, constitué d'un collège de cinq juges et experts en droit international, s'est réuni en octobre 2016 pour entendre les témoignages de 28 victimes de Monsanto. Par ailleurs, "le tribunal a reçu un grand nombre de documents écrits, expertises scientifiques, rapports juridiques", explique la magistrate belge Tulkens qui précise que cette "cour extraordinaire [est] née de la détermination de la société civile". Elle a rappelé que Monsanto avait été invité par le tribunal mais que l'entreprise n'avait pas souhaité être entendue.
L'objectif de ce tribunal symbolique est double : alerter l'opinion publique et les parties prenantes sur "des situations inacceptables" et faire évoluer les règles, a rappelé Françoise Tulkens. "Il n'a pas été demandé au tribunal d'établir la culpabilité civile et pénale de Monsanto. C'est un avis consultatif sur la base de considérations juridiques". Six questions, relatives aux principaux droits humains, étaient posées aux juges.
Des atteintes à l'environnement, à la santé, à l'alimentation, à la liberté de recherche…
"Le tribunal a entendu divers témoins qui ont expliqué l'impact de Monsanto sur la santé animale, les plantes, les sols, les paysans, les chercheurs… Les activités de Monsanto portent atteinte directement et indirectement au droit à un environnement sain", comme le définit la déclaration de Stockholm, a déclaré le greffier du tribunal Marcos Orellana. Ces impacts ont "frappé de nombreuses communautés dans de nombreux pays et les peuples indigènes", a-t-il poursuivi, pointant du doigt le Round up et les OGM tolérants aux herbicides. De plus, "la prolifération de semences génétiquement modifiées a eu un impact négatif sur l'environnement". L'expert a rappelé que, malgré le classement en 2015 du glyphosate comme cancérogène probable pour l'homme par le centre international de recherche sur le cancer (Circ), Monsanto a continué de le commercialiser. "Le manque d'informations, de mesures de mitigations et d'études d'impact crédibles ne font qu'aggraver les atteintes aux droits humains", souligne-t-il.
Selon le tribunal, les activités de la multinationale violent également le droit à l'alimentation et à la souveraineté alimentaire : "Les activités de Monsanto ont causé et continuent de causer des dommages sur les sols, l'eau et la biodiversité et donc impactent indirectement le droit à l'alimentation", a souligné la docteur en droit argentine Eleonora Lamm. Par ailleurs, la firme est accusée d'entraver "le droit à produire de la nourriture et le droit pour les communautés d'avoir accès aux semences", affectant ainsi la production agricole.
La troisième atteinte aux droits humains, selon le tribunal citoyen, concerne la santé : "Les témoignages décrivent des situations où il est clair que Monsanto a un impact sur la santé physique mais aussi sur la santé mentale de nombreuses personnes", a indiqué Eleonora Lamm, citant les PCB, dont "Monsanto a été pendant longtemps le seul fabricant", mais aussi le Round up et son ingrédient clé le glyphosate… Les experts en droit ont bien pris connaissance des avis de l'agence américaine de l'environnement (EPA) et de l'autorité de sécurité sanitaire européenne (Efsa) qui concluent que le glyphosate n'est pas cancérogène. "Certains membres du panel n'étaient pas d'accord avec les conclusions de l'EPA, commente la juriste argentine. Il y a un gros souci sur l'indépendance des études. Bien qu'il y ait une controverse scientifique sur le glyphosate, il y a tant de preuves que le tribunal conclut que Monsanto a violé les droits à la santé".
Le tribunal dénonce aussi les difficultés à accéder à des recherches scientifiques fondées, les accusations d'intimidation et de pression pesant sur Monsanto. "La conduite qu'on attribue à Monsanto, si elle est prouvée, est incompatible avec la liberté indispensable à la recherche scientifique ainsi qu'à la liberté d'expression et au droit à l'accès à l'information, souligne l'expert en droit international canadien Steven Shrybman. Une telle atteinte est aggravée compte tenu des risques induits sur la santé et l'environnement".
Pour une reconnaissance de l'écocide dans le droit international
Le tribunal regrette que l'écocide ne soit pas encore reconnu par le droit international et la cour pénale internationale : "Si le crime d'écocide était reconnu, les activités de Monsanto pourraient être reconnues comme un crime d'écocide puisqu'elles affectent la santé des sols, de l'eau…", analyse Marcos Orellana.
Plus généralement, le tribunal a dénoncé le recours croissant à des tribunaux d'arbitrages dans le cadre des traités commerciaux : "C'est un développement incroyable du droit international : le droit privé nuit aux droits humains, a expliqué Steven Shrybman. Il est essentiel que les droits humains et les droits de l'environnement jouissent d'une primauté, cela n'est pas le cas actuellement".
mardi 7 mars 2017
Résidus de pesticides : la conformité des aliments végétaux s'améliore
Le 3 mars, la direction générale de la concurrence, de la
consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a annoncé qu'en
2015, le taux de non-conformité à la réglementation sur les résidus de
pesticides dans les denrées d'origine végétale (fruits, légumes,
céréales, épices) s'est établi à 1,4%. Il s'agit du plus bas niveau
depuis 2010, indique-t-elle. Cette amélioration provient
essentiellement de la division par deux, entre 2012 et 2015, du taux de
non-conformité des produits importés.
En 2015, la DGCCRF a recherché 471 substances dans 5.183 échantillons, dont 855 importés. Ces contrôles ont donné lieu à 58 avertissements et 25 procès-verbaux, pour les produits français, et 54 destructions ou rejets aux frontières, pour les denrées importées.
Pesticides interdits
Parmi les quelque 5.000 échantillons contrôlés, 2.531 présentaient une teneur en résidus de pesticides quantifiable. Parmi l'ensemble des échantillons analysés, 27,2% contenaient plus d'un résidu, pour un nombre moyen de résidus de 2,4. Deux cent soixante-quatre échantillons dépassaient la limite maximale de résidus (LMR) de pesticides autorisée. Par ailleurs, 129 échantillons ont été déclarés non-conformes.
S'agissant des non-conformités des produits français, la DGCCRF met en avant le recours à des produits phytosanitaires interdits en France. "Parmi les 2.581 denrées d'origine française contrôlées par la DGCCRF en 2015, 1,6% présentaient des traces de substances actives dont l'usage n'est pas autorisé en France", explique-t-elle. En outre, elle a constaté des défauts d'autocontrôle et de tenue des registres de traitement par certains producteurs.
S'agissant des produits importés, le taux de non-conformité est passé de 13,4% en 2012 à 6,2% en 2015. La DGCCRF explique cette baisse par l'effet dissuasif des plans de contrôles ciblés sur certains produits alimentaires importés.
En 2015, la DGCCRF a recherché 471 substances dans 5.183 échantillons, dont 855 importés. Ces contrôles ont donné lieu à 58 avertissements et 25 procès-verbaux, pour les produits français, et 54 destructions ou rejets aux frontières, pour les denrées importées.
Pesticides interdits
Parmi les quelque 5.000 échantillons contrôlés, 2.531 présentaient une teneur en résidus de pesticides quantifiable. Parmi l'ensemble des échantillons analysés, 27,2% contenaient plus d'un résidu, pour un nombre moyen de résidus de 2,4. Deux cent soixante-quatre échantillons dépassaient la limite maximale de résidus (LMR) de pesticides autorisée. Par ailleurs, 129 échantillons ont été déclarés non-conformes.
S'agissant des non-conformités des produits français, la DGCCRF met en avant le recours à des produits phytosanitaires interdits en France. "Parmi les 2.581 denrées d'origine française contrôlées par la DGCCRF en 2015, 1,6% présentaient des traces de substances actives dont l'usage n'est pas autorisé en France", explique-t-elle. En outre, elle a constaté des défauts d'autocontrôle et de tenue des registres de traitement par certains producteurs.
S'agissant des produits importés, le taux de non-conformité est passé de 13,4% en 2012 à 6,2% en 2015. La DGCCRF explique cette baisse par l'effet dissuasif des plans de contrôles ciblés sur certains produits alimentaires importés.
lundi 20 février 2017
“ Notre espérance de vie en bonne santé passera par celle des écosystèmes ”
Les pressions que l'homme exerce sur l'environnement pèsent au final sur
sa santé. Explications de François Renaud, coordinateur de l'ouvrage
Ecologie de la santé, paru début février aux éditions Le Cherche Midi.
Il est co-responsable du laboratoire Maladies infectieuses et vecteurs
de Montpellier.
Actu-environnement.com : Quelles sont
les pressions environnementales qui jouent sur la santé et comment
peuvent-elles modifier les risques de transmission de maladie ?
François Renaud : Le premier grand phénomène est l'augmentation démographique.
La population a énormément augmenté depuis 1955 où il y avait environ
2,5 milliards d'individus à aujourd'hui avec sept milliards. Les
prévisions pour 2050 tablent sur 9 milliards de personnes. Pour nourrir cette population,
nous devrons produire des protéines végétales et animales de masse. Et
pour cela, il faudra disposer de terres cultivables et donc défricher.
Ce qui va rompre l'équilibre présent, réduire la diversité biologique
et, au final, impacter la santé de l'homme. Ainsi, dans la forêt
amazonienne, le risque de piqûres dans les zones défrichées a augmenté
d'un facteur 3.000. Autre exemple : les vecteurs, qui normalement se
nourrissent grâce aux singes présents dans la canopée en Guyane
française, vont s'orienter vers les orpailleurs au sol, désormais plus nombreux.
Il faut une prise de conscience générale
des problèmes économiques et de gestion - car il y a énormément de
gaspillage. La santé des hommes à un certain point de la planète dépend
de celle d'autres à un autre point. Tout est lié.
AE : En quoi le réchauffement des océans peut-il jouer sur l'émergence de pathogènes ?
FR : Il joue de manière indirecte. Le réchauffement des océans
entraîne la fonte des glaces et cette dernière va provoquer une
augmentation du niveau des mers. Ce qui va modifier les systèmes de courantologie connus aujourd'hui et perturber les écosystèmes.
La terre se réchauffe depuis plusieurs
milliers d'années. Le problème aujourd'hui est la rapidité avec laquelle
la température augmente. En effet, lorsque le processus est lent, la
diversité présente dans l'écosystème a le temps de s'adapter
au fil des générations. Par contre, si le phénomène s'accélère, ce sera
davantage les bactéries et les organismes à cycles courts de
régénération qui auront des réponses face à cette modification et
pourront au final mieux s'adapter.
AE : Quels sont les liens entre
l'augmentation des résistances aux antibiotiques et les modes de vies
dans les sociétés développées ?
FR : La résistance peut résulter des antibiotiques
mais également de la pollution du milieu. Vouloir éradiquer les
pathogènes a conduit à sélectionner ceux qui échappent à l'attaque
moléculaire des hommes. L‘utilisation massive d'antibiotiques a ainsi
généré des multirésistances. Les zones très industrialisées ou dans
lesquelles sont déversées des rejets polluants sont également propices
au développement de l'antibiorésistance.
Par exemple, lors de l'exploitation de mines, d'une part, nous
concentrons le minerai et, d'autre part, nous utilisons des produits
chimiques pour l'extraire. Ces conditions perturbent l'écosystème et
sélectionnent les bactéries résistantes à ces produits. Leurs mécanismes
de défense peuvent notamment passer par un système qui coupe la
molécule toxique ou une pompe qui rejette la molécule qui pourrait la
tuer. Ces stratégies générales peuvent fonctionner pour différentes
molécules. Par exemple, si la bactérie dispose d'un dispositif pour
rejeter le nickel, ce dernier pourrait également marcher avec la
pénicilline, elle deviendrait alors résistante à cet antibiotique.
AE : Quelle place accordée aujourd'hui à l'écologie de la santé ?
FR : Aujourd'hui, la recherche dans ce domaine est totalement sous-évaluée. L'espérance de vie en bonne santé passera par la santé des écosystèmes.
Comprendre le milieu qui nous entoure ne pourra pas se faire sans de la
recherche purement fondamentale. Comment fonctionne un écosystème ?
Quels sont les risques de transfert ? Quels sont les systèmes
sentinelles animaux qui peuvent nous renseigner sur les risques pour les
populations humaines ? Tout cela est essentiel.
Les appels à projets en écologie de la santé, comme par exemple sur l'antibiorésistance,
négligent beaucoup trop les axes de recherche fondamentale. C'est
pourtant dans la compréhension de l'évolution des écosystèmes que nous
pourrons faire des prédictions solides sur les actions à mener pour
éviter les catastrophes. Et non en privilégiant des projets qui pourront
aboutir à des contrats juteux avec l'industrie pharmaceutique.
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