mercredi 17 août 2016

Les pesticides triplent la mortalité des abeilles sauvages

Les insecticides de la famille des néonicotinoïdes, les plus efficaces jamais synthétisés, tuent massivement abeilles et bourdons. Il n’y a plus désormais que les firmes agrochimiques pour le nier. Ou du moins pour sous-estimer le rôle de ces pesticides dans le déclin catastrophique des colonies d’insectes butineurs. Ces sociétés préfèrent le réduire à un facteur pathogène parmi d’autres : virus, monocultures réduisant et fragmentant leurs habitats, champignons, invasion de frelons, réchauffement climatique…

Il semble, au contraire, que les néonicotinoïdes multiplient par trois cette mortalité accélérée. C’est ce que défend une étude britannique publiée mardi 16 août par la revue Nature Communications et signée par sept chercheurs du centre pour l’écologie et l’hydrologie de Wallingford et de Fera Science Limited, un centre de recherche semi-privé sur l’environnement et l’alimentation sis à York (nord de l’Angleterre).
Voilà des années que les apiculteurs alertent sur l’impact des néonicotinoïdes, qu’ils lient à l’effondrement du nombre de leurs colonies d’abeilles, depuis que l’usage de ces produits chimiques s’est généralisé dans les campagnes occidentales, à partir de 1995.
De précédentes études scientifiques ont évalué leurs effets sublétaux et neurotoxiques sur les abeilles domestiques, en particulier. Elles ont montré notamment que celles-ci perdent leur sens de l’orientation, ou que les bourdons donnent naissance à 80 % de femelles en moins…

Des preuves solides

Mais tous ces travaux n’ont pas apporté de « preuves solides » de l’impact de ces pesticides sur la disparition des espèces sauvages dans la nature, avancent les auteurs de la présente étude.

A défaut d’établir un lien irréfutable de cause à effet, ces derniers estiment qu’ils illustrent cette fois de façon incontestable la relation entre produits chimiques et déclin des insectes en ayant croisé dix-huit années de données nationales, portant sur 62 des 250 espèces sauvages d’Angleterre, avec leur exposition aux champs de colza traités aux néonicotinoïdes. Cette échelle de temps paraît pertinente, écrivent-ils, pour observer les évolutions des populations d’insectes et, en parallèle, « les répercussions des changements historiques dans la gestion de l’agriculture ».
Les chercheurs ont eu recours aux relevés rigoureusement effectués au Royaume-Uni par des entomologistes volontaires, amateurs ou non, de la société nationale Bees, Wasps and Ants Recording, de 1994 à 2011. Ils en ont écarté les abeilles domestiques, car les apiculteurs les déplacent parfois en fonction des floraisons. Ils ont retenu les insectes sauvages repérés au moins cinq cents fois sur des parcelles d’un kilomètre carré ayant fait l’objet d’au moins deux recensements complets en dix-huit ans. Soit au final, une collection de 31 800 inventaires.

8,2 millions d’hectares de colza traités

Quant au colza, il a été choisi pour sa progression fulgurante. Cet oléagineux est désormais la principale culture traitée aux néonicotinoïdes et couvre ainsi 8,2 millions d’hectares en Europe.
L’année 2002 sert enfin de référence : c’est celle où s’est répandue outre-Manche cette famille de pesticides qui a pour caractéristique d’enrober la semence, puis de persister dans toute la plante, fleurs y compris, et même dans les sols. Les chercheurs ont comparé les courbes d’abondance que chaque espèce d’abeilles aurait dû suivre si ses effectifs avaient poursuivi la tendance dessinée avant 2002, avec les trajectoires réelles ultérieures.

Leurs modèles en ont déduit que, dans un premier temps, le colza fournit aux abeilles de quoi butiner, mais ce bienfait ne compense pas la toxicité des pesticides. Au contraire. « Nous estimons que, depuis 2002, l’usage de néonicotinoïdes est à lui seul responsable d’une perte supérieure à 20 % pour cinq espèces [Halicte tumulorum, Lasioglossum fulvicorne, L. malachurum, L. pauxillum et Osmia spinulosa] », affirment les auteurs. La même cause suscite un déclin de 10 % chez vingt-quatre espèces, de plus de 15 % pour onze autres, voire de 30 % chez les plus touchées.

Un déclin accéléré

Au total, les espèces sauvages friandes de colza traité aux néonicotinoïdes déclinent trois fois plus que les autres, observent-ils. Cependant, les non-butineuses ne sont pas non plus épargnées et semblent contaminées par d’autres fleurs ayant poussé à proximité de ces oléagineux.
Après bien des atermoiements, l’Union européenne a accepté, en 2013, d’interdire sur son territoire trois insecticides néonicotinoïdes sur certaines cultures. Officiellement décidé pour deux ans, le moratoire est encore en vigueur aujourd’hui.
En France, la nouvelle loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, adoptée le 20 juillet, prévoit de tous les bannir au 1er septembre 2018 sur l’ensemble des terres agricoles… mais avec de possibles dérogations jusqu’en 2020.

mardi 16 août 2016

Thiaclopride : la Commission européenne augmente la limite maximale de résidus dans le miel

Dans un règlement paru au Journal officiel de l'Union européenne, la Commission autorise l'augmentation de la limite maximale de résidus (LMR) à ne pas dépasser dans le miel et les produits de l'apiculture pour un néonicotïnoide : le thiaclopride. La LMR passe de 0,05 mg/kg à 0,2 mg/kg.
Cette modification découle d'une demande de l'Allemagne. Cette dernière souhaitait obtenir l'autorisation d'utilisation sur le colza d'un produit phytopharmaceutique contenant du thiaclopride. Pour tenir compte des résidus qui pourraient en conséquence se retrouver dans le miel, elle a alors proposé d'augmenter la LMR actuelle. L'Autorité européenne de sécurité des aliments a donné son feu vert en février dernier.
"L'Autorité a conclu que toutes les exigences en matière de données étaient remplies et que d'après une évaluation de l'exposition des consommateurs réalisée à partir de vingt-sept groupes de consommateurs européens spécifiques, la modification de LMR sollicitée par le demandeur était acceptable au regard de la sécurité des consommateurs, pointe le règlement. Un risque de dépassement de la dose journalière admissible ou de la dose aiguë de référence n'a été démontré ni en cas d'exposition tout au long de la vie résultant de la consommation de toutes les denrées alimentaires pouvant contenir cette substance ni en cas d'exposition à court terme liée à une consommation élevée du produit concerné".
L'Union nationale de l'apiculture française (Unaf) en février 2014 avait quant à elle dénoncé la toxicité de ce néonicotinoïde pour les abeilles.
Le règlement entrera en vigueur le 11 août 2016.

mardi 31 mai 2016

L'utilisation des pesticides néonicotinoïdes ne faiblit pas

Les données du ministère de l'Agriculture transmises à l'Union des apiculteurs de France (Unaf) à la demande de la Commission d'accès aux documents administratifs (Cada) le démontrent : l'utilisation des pesticides néonicotinoïdes ne faiblit pas. En 2014, 508 tonnes ont été vendues en France contre 388 tonnes en 2013 soit une hausse de 31% en un an. Entre 2012 et 2013, l'utilisation était restée stable.
Pour l'association d'apiculteurs, cette tendance démontre "l'inefficacité des interdictions partielles" prononcées en décembre 2013 par l'Union européenne. Sur les sept substances autorisées, trois font en effet l'objet d'une interdiction pour certains usages : l'imidaclopride, la clothianidine et le thiaméthoxam. Entre 2013 et 2014, l'utilisation de la clothianidine et du thiaméthoxam a baissé de plus de 76%. Mais les agriculteurs se sont reportés sur le thiaclopride dont les ventes ont triplé sur la même période. "Les maïs Cruiser (thiaméthoxam) et Cheyenne (clothianidine) ont été interdits et remplacés par le maïs Sonido (thiaclopride)", explique l'Unaf.
Le boom de l'imidaclopride
Sur la même période, les ventes d'imidaclopride ont quant à elles augmenté de 36% malgré l'interdiction de son utilisation sur certaines cultures. Depuis 2011, l'imidaclopride séduit de plus en plus avec des ventes multipliées par plus de six. En 2013, cette molécule a d'ailleurs fait son apparition pour la première fois dans le top 15 des pesticides les plus détectés dans les cours d'eau français.
Pour Gilles Lanio, président de l'Unaf, "C'est gravissime. Comment espérer retrouver des abeilles en bonne santé dans ces conditions ? (…) Il faut donc se rendre à l'évidence et interdire totalement et définitivement ces produits. Il faut faire cesser la substitution d'une molécule à une autre et retourner à des pratiques agronomiques".
L'association mise beaucoup sur la loi biodiversité qui prévoit l'interdiction de ces substances. Avec l'échec des négociations entre sénateurs et députés, c'est l'Assemblée nationale qui aura le dernier mot. Pour l'instant, l'interdiction est prévue pour le 1er septembre 2018 mais rien ne dit que l'Assemblée restera sur cette disposition tant le sujet divise même au sein de la majorité.

Hécatombe de coraux de la Grande barrière en Australie

Selon une nouvelle étude, 35% d'une grande partie des coraux australiens sont morts ou à l'agonie. La cause ? Un fort phénomène de blanchissement, lié au réchauffement des océans.

DÉPRIMANT. Pollutions diverses, acidification, algues et autres espèces invasives : les coraux n'ont vraiment pas la vie facile, comme le démontrent de nouveaux chiffres. D'après des scientifiques Australiens, au moins 35% des coraux du nord et du centre de la Grande barrière de corail Australienne sont morts ou à l'agonie, sous l'effet d'un épisode de blanchissement d'une rare gravité. Le professeur Terry Hughes, expert des récifs coralliens à l'Université James Cook de Townsville, dans le Queensland (nord-est de l'Australie), a précisé que le réchauffement climatique était probablement le responsable de ces ravages sur l'un des sites les plus emblématiques de l'Australie. Cette évaluation est le résultat de plusieurs mois de surveillance aérienne et sous-marine : "Nous avons découvert qu'en moyenne, 35% des coraux sont morts ou en train de mourir sur 84 récifs sur les sections centre et nord de la Grande barrière, entre Townsville et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, a déclaré le chercheur. C'est la troisième fois en 18 ans que la Grande barrière de corail traverse un épisode grave de blanchissement lié au réchauffement climatique, et l'épisode actuel est beaucoup plus extrême que ce que nous avions mesuré auparavant".

Réchauffement = blanchissement = mort

Phénomène de dépérissement, le blanchissement se traduit par une décoloration des coraux. Il est effectivement provoqué par la hausse de la température de l'eau, qui entraîne l'expulsion des algues symbiotiques qui donnent au corail sa couleur et ses nutriments. Les récifs peuvent s'en remettre si l'eau refroidit, mais ils peuvent aussi mourir si le phénomène persiste. Il faut compter une décennie pour que la couverture corallienne se remette, "mais cela prendra beaucoup plus de temps pour retrouver les plus grands et plus anciens coraux qui sont morts", ajoutent les scientifiques. Outre le réchauffement climatique, la Grande barrière est aussi menacée par la prolifération des acanthasters et des échinodermes (de la même famille que les étoiles de mer) envahissant ce qui reste des coraux.
CONTROVERSE. Sur son site Internet, le Centre ARC pour les études sur les récifs coralliens publie des photographies comparatives montrant le même récif, complètement blanchi en février 2016, puis totalement colonisé et disparu sous des algues deux mois plus tard. Le site de 345.000 kilomètres carrés avait d'ailleurs évité de justesse en 2015 d'être placé par l'Unesco sur sa liste des sites en péril. Ainsi, un porte-parole du ministre de l'Environnement Greg Hunt, avait assuré mi-mai 2016 que le gouvernement allait tout faire pour protéger le site. Il a cependant été révélé il y a peu que le ministère Australien était intervenu pour obtenir que toutes les références à l'Australie, y compris à la Grande barrière de corail, soient retirées d'un rapport de l'ONU sur les ravages mondiaux du réchauffement climatique sur les sites au Patrimoine.

vendredi 27 mai 2016

L’utilisation des insecticides « tueurs d’abeilles » est toujours en forte augmentation

Les apiculteurs français en sont tout abasourdis : le moratoire européen sur certains usages des néonicotinoïdes semble jusqu’ici avoir été inopérant. Depuis sa mise en place en 2013, l’utilisation de ces insecticides, mis en cause dans l’effondrement du nombre d’abeilles et de pollinisateurs sauvages (bourdons, papillons, etc.), a même explosé. C’est le principal enseignement des statistiques obtenues, jeudi 26 mai, par l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), qui a saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) contre le ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt.

Selon ces données, les tonnages des cinq principaux « tueurs d’abeilles » vendus en France (acétamipride, clothianidine, thiaméthoxame, imidaclopride, thiaclopride) sont passés de 387 tonnes, en 2013, à 508 tonnes, en 2014. Soit une augmentation de 31 % en un an, malgré le moratoire. Quant aux données 2015, elles ne sont pas disponibles. « Nous avons écrit par deux fois à la direction générale de l’alimentation [au ministère de l’agriculture] pour avoir accès à ces informations, dit-on à l’UNAF. Sans réponse, nous avons saisi la CADA en février, qui vient de nous donner raison. »

« Contourner les interdictions »

Certaines molécules soumises à des restrictions par le moratoire imposé par Bruxelles en 2013 voient bien leur tonnage baisser en 2014, mais d’autres augmentent fortement. L’imidaclopride, l’une des molécules les plus toxiques pour l’abeille domestique, bondit de 36 % malgré le moratoire.
Au ministère, on relativise cette hausse, expliquant que « sur des molécules dont le tonnage total est faible, une petite augmentation peut conduire à des hausses de pourcentages qui peuvent sembler élevées ». En outre, ajoute-t-on en substance Rue de Varenne, ce n’est pas le tonnage qui permet d’évaluer l’intensité du recours aux pesticides, mais le « nombre de doses unités » (ou NODU), qui tient compte du tonnage des substances, mais aussi de leur activité chimique (certaines sont plus efficaces que d’autres) et de l’étendue des surfaces traitées.
Le tonnage des néonicotinoïdes aurait-il pu augmenter mais le fameux NODU baisser ? « Le NODU est surtout utile pour comparer l’utilisation de molécules dont l’activité est différente, dit François Veillerette, porte-parole de l’association Génération futures. Lorsqu’on suit une même substance, ou une même famille de substances, pour une même catégorie d’usages, les tonnages ne peuvent pas augmenter sans que le NODU n’augmente lui aussi. » Gilles Lanio, le président de l’UNAF, ne croit guère, lui non plus, que l’augmentation du tonnage des « néonics » puisse être associée à une baisse de leur utilisation : « Il y a des moyens pour contourner les interdictions de certains usages des néonicotinoïdes », dit-il.
« L’écart entre la réalité et le discours du ministre de l’agriculture [Stéphane Le Foll], qui se pose en défenseur des abeilles, est choquant, ajoute M. Lanio. Quand nous sommes reçus au ministère, on nous dit que les agriculteurs font de grands efforts et que les mortalités d’abeilles proviennent aussi de nos pratiques. Les chiffres montrent que c’est complètement faux. Quant à la transparence, elle n’est pas là, malgré les promesses. »

Des demandes non satisfaites

Car si l’UNAF a obtenu la transmission des chiffres détaillés de l’évolution du tonnage de chaque molécule, ses autres demandes n’ont pas été satisfaites. L’association a ainsi demandé le détail des traitements de semences par type de culture, et les superficies concernées. En vain. « Toutes nos demandes ont reçu un avis favorable de la CADA, mais celui-ci n’étant que consultatif, nous n’avons pas obtenu ces données », dit-on à l’UNAF. Au ministère, on répond que la publication de ces informations ne peut se faire qu’après un long travail, pour s’assurer que celles-ci ne trahissent aucun secret commercial des acteurs de la filière.
« Si nous n’obtenons pas l’information, ainsi que toutes celles qui ne nous ont pas été transmises, nous saisirons le tribunal administratif », dit-on à l’UNAF
Ce n’est pourtant pas tout. L’UNAF demandait aussi au ministère de lui transmettre les documents attestant de la position de la France, au niveau européen, lors des comités techniques des 27 juillet et 18 novembre 2015, au cours desquels deux nouveaux insecticides apparentés aux néonicotinoïdes (le sulfoxaflor et le flupyradifurone) ont été autorisés en Europe. La France a-t-elle voté pour ou contre l’autorisation de ces nouvelles molécules ? L’information est confidentielle. Sa divulgation, ont expliqué sans rire les services du ministère de l’agriculture à la CADA, « porterait atteinte à la conduite de la politique extérieure de la France ». La CADA n’y a cru que moyennement et a donné un avis positif à la publication de cette information. « Si nous ne l’obtenons pas, ainsi que toutes celles qui ne nous ont pas été transmises, nous saisirons le tribunal administratif », dit-on à l’UNAF.

Une autre dispute sur les néonicotinoïdes est en cours, cette fois entre l’Assemblée nationale et le Sénat. En effet, lors de l’examen en deuxième lecture du projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, la Chambre haute a défait la mesure d’interdiction totale de tous les néonicotinoïdes à partir de 2018, qu’avaient adoptée les députés. « Mercredi [25 mai], la commission mixte paritaire a échoué à concilier les deux positions, explique Delphine Batho, députée (PS) des Deux-Sèvres, coauteure de l’amendement sur les néonicotinoïdes. Le texte va donc revenir les 7 et 8 juin à l’Assemblée, en commission du développement durable. »
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/05/27/les-insecticides-tueurs-d-abeilles-en-forte-augmentation_4927380_3244.html#xY0gumWmqUIbq5Vm.99

mardi 3 mai 2016

Le changement climatique coûtera 2.000 milliards $ par an sur la productivité en 2030

En réduisant la productivité du travail et en affectant la santé des travailleurs, la hausse des températures liée au changement climatique pourrait coûter jusqu'à 2.000 milliards de dollars par an à l'horizon 2030, selon une étude publiée le 28 avril par l'Organisation internationale du travail (OIT), le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Climate Vulnerable Forum.
Les pertes estimées impliquent des "conséquences négatives d'une échelle similaire à la production économique, ou le PIB", pour un large éventail de pays en développement, dont l'Inde, l'Indonésie et le Nigéria, prévient l'étude. Plus d'un milliard de travailleurs sont déjà confrontés à des chaleurs excessives. Les régions les plus touchées incluent le sud des Etats-Unis, l'Amérique centrale et les Caraïbes, l'Afrique du Nord et de l'Ouest, l'Asie du Sud et du Sud-est.
Le 22 avril dernier, 175 pays ont signé l'accord sur le climat conclu à Paris (COP 21) en décembre dernier, visant à limiter la hausse de température "bien en deçà de 2°C" par rapport aux niveaux pré-industriels. Toutefois, même en limitant la hausse des températures à 1,5°C, les principales régions "feraient face à presque un mois entier de chaleur extrême, ajoutée chaque année d'ici 2030 (2010-2030)". Les pays les plus vulnérables pourraient perdre "10 à 15% des heures travaillées par an", alerte l'étude.

vendredi 15 avril 2016

Transition écologique : la mise en œuvre de la stratégie nationale est préoccupante

La mise en œuvre de la stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable (SNTEDD) pour la période 2015-2020 est "préoccupante sur les enjeux écologiques majeurs (…) tels que le changement climatique, la perte accélérée de biodiversité, la raréfaction des ressources et la multiplication des risques sanitaires environnementaux". Le premier bilan officiel, publié le 11 avril, est qualifié de "contrasté" par le commissariat général au développement durable (CGDD) du ministère de l'Environnement. "Les indicateurs relatifs aux axes montrent que certaines bonnes pratiques émergent", mais il faudra suivre leur évolution sur les prochaines années pour "estimer dans quelle mesure la poursuite ou l'accélération des bonnes pratiques émergentes se traduit par une évolution positive".
Adoptée en février 2015, la SNTEDD fixe le cap de la France en matière de développement durable pour les années 2015 à 2020 et définit les orientations de la transition écologique vers une société plus sobre. Elle identifie quatre enjeux majeurs (le dérèglement climatique, la perte de biodiversité, la raréfaction des ressources et les risques sanitaires environnementaux) et retient neuf axes transversaux stratégiques qui regroupent les priorités d'actions. Trente-neuf indicateurs permettent son suivi annuel.
Plus de 90% des indicateurs ne sont pas satisfaisants
Pour évaluer les progrès de la transition écologique française, les services du ministère de l'Environnement ont comparé le niveau atteint par les "indicateurs essentiels" de suivi de la stratégie nationale avec l'objectif chiffré règlementaire (lorsqu'il existe) ou avec l'évolution inscrite dans la SNTEDD. Le bilan global est sans appel. "Plus de 90% des indicateurs reflètent un état non satisfaisant, dont plus de la moitié un mauvais état", explique le CGDD, précisant que "sur 21 indicateurs, 7% sont en vert, 36% en orange et 57% en rouge". Le document présente un tableau détaillé de ces indicateurs.
La situation la plus grave, selon le bilan, concerne la biodiversité, tous les indicateurs étant au rouge. L'artificialisation des sols a progressé de 1,4% par an en moyenne entre 2006 et 2014, atteignant 51.043 km2, soit 9,3% du territoire national. Autre exemple, la consommation de produits phytosanitaires a progressé de 5% en 2011-2013 par rapport à 2009-2011, alors que la France s'est fixé pour objectif de la réduire, si possible, de 50% entre 2008 et 2018. Enfin, seulement 22% des habitats naturels d'intérêt communautaire sont en bon état de conservation.
 Premiers impacts du dérèglement climatique
Quatre indicateurs sont en rouge, sur les sept relatifs au changement climatique. Seule la baisse de 11% des émissions de gaz à effet de serre sur le territoire national entre 1990 et 2013 est satisfaisante. La légère progression de 1,1% entre 1990 et 2012 de l'empreinte carbone de la demande finale intérieure, qui tient compte des émissions liées aux importations, est qualifiée de "moyenne". Elle "a augmenté significativement de 1995 à 2007 avant de repartir à la baisse", avance le CGDD pour justifier ce jugement mitigé. Quant aux conséquences climatiques, elles commencent à se faire sentir avec une hausse de la température moyenne française de 1,9°C par rapport à la période de référence 1961-1990 et une moyenne de cinq évènements naturels très graves pour les années 2000, contre deux pour les années 80 et 90. Compte tenu de la hausse du nombre de logements (+7% entre 1999 et 2006) et de la population (+1%) exposés à des risques de submersion marine, le montant des indemnisations versées par les assurances au titre des catastrophes naturelles est en hausse.
Avec un indicateur en vert, quatre en orange et deux en rouge, l'enjeu "raréfaction des ressources" est "globalement moyen". L'état chimique, et surtout quantitatif, des eaux souterraines est jugé bon. L'évolution des consommations intérieures de matières (en baisse de 5,9% entre 1992 et 2012, à 12 tonnes par habitant) et d'énergies fossiles (en baisse de 22% entre 1973 et 2013, mais stable depuis 2 ans) est jugée moyenne. Enfin, même constat mitigé pour les risques sanitaires environnementaux. L'évolution des indices de pollution de l'air en milieu urbain et de pollution des cours d'eau est moyenne, mais celle de l'indice de pollution des eaux souterraines par les nitrates est mauvaise.
Des tendances favorables à court terme
Concernant les neuf axes transversaux, le CGDD a comparé l'évolution récente (trois ans) des indicateurs à la tendance sur longue période. Il a aussi évalué la possibilité d'atteindre les objectifs de long terme, si la tendance actuelle se poursuit. De bonnes pratiques se distinguent : réduction des inégalités, mutation des activités économiques, connaissances et innovation, formation ou sensibilisation, mobilisation des acteurs et développement de territoires durables et résilients. En revanche, la situation est "plus nuancée" pour l'engagement vers l'économie circulaire et sobre en carbone, ainsi que l'invention de nouveaux modèles économiques et financiers. Enfin, la promotion du développement durable à l'international "n'est pas bonne". "La part de l'aide publique au développement dans le revenu national brut est en baisse depuis 2010 et en-deçà de l'engagement pris auprès des Nations unies pour 2015", explique le rapport.
Globalement, le CGDD juge que les tendances de la plupart des indicateurs sont favorables sur longue et sur courte période. "Treize indicateurs sur les quinze qualifiés sont en progrès sur le long terme et onze indicateurs sur seize qualifiés pour la période récente", explique le CGDD, soulignant que "deux points de vigilance seulement ressortent en tendance de long terme : la consommation d'énergie finale a augmenté depuis 1990 au lieu de baisser ; la part des recettes fiscales environnementales dans les prélèvements obligatoires est plus faible en 2014 qu'en 2000". A plus court terme, ces deux indicateurs s'améliorent. La consommation d'énergie finale a baissé en 2009 et s'est stabilisée depuis. Quant à la part des recettes fiscales environnementales dans les prélèvements obligatoires, la baisse a été enrayée depuis 2009.
Trois des cinq indicateurs dotés de cibles réglementaires chiffrées sont en situation favorable si les évolutions se prolongent. Il s'agit du taux de recyclage des déchets ménagers, du nombre de projets d'éducation au développement durable dans les écoles et de la progression du montant de l'aide publique au développement pour la biodiversité.

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