lundi 13 février 2023

El Niño : un retour qui inquiète

 Après trois ans d'accalmie, l'enfant terrible du climat pourrait revenir avec plus de force cette année. Les prévisionnistes anticipent de nouveaux records de chaleur sur la planète.

Faites le plein d'éventails : El Niño est de retour. Après trois ans d'absence, cette anomalie météorologique s'apprête à souffler les températures les plus élevées enregistrées sur Terre depuis l'ère préindustrielle, anticipent les prévisionnistes du Met Office britannique. « La température moyenne mondiale pour 2023 devrait se situer entre 1,08 °C et 1,32 °C (avec une estimation centrale de 1,20 °C) au-dessus de la moyenne observée depuis un siècle », rapporte Nick Dunstone, qui a dirigé cette étude notée avec un degré de certitude de 66 %. Si ces prévisions se confirment, les catastrophes climatiques pourraient connaître leur apogée avec notamment « des vagues de chaleur sans précédent ».

El Niño et sa petite soeur froide La Niña, identifiés en 1924 par le britannique Gilbert Walker sous le nom de « Southern Oscillation » (ENSO), constituent le phénomène climatique le plus énergétique de la planète. Ils sont liés au déplacement des masses océaniques du Pacifique tropical. Ses eaux chaudes sont habituellement contenues à l'ouest par les alizés. Quand ces vents faiblissent, elles s'écoulent vers l'est, amorçant la phase chaude d'ENSO, El Niño, qui perturbe le climat sur une grande partie du globe : sécheresse en Afrique australe et en Indonésie, inondations et écroulement de la biodiversité marine en Amérique latine, vagues de froid en Europe…

Conjugué au Gulf Stream

A l'inverse, La Niña apparaît quand les alizés se durcissent dans le Pacifique et provoque la remontée d'eaux profondes, plus froides. Elle tempère la météo terrestre. Sans qu'on sache vraiment pourquoi, l'un et l'autre de ces phénomènes se déclenchent de façon irrégulière tous les deux à sept ans. Il y a eu 17 épisodes, modérés à forts, de La Niña au cours du XXe siècle, et 25 de même envergure d'El Niño.

Le retour d'El Niño tombe au plus mauvais moment car les scientifiques craignent qu'il se conjugue avec le ralentissement brutal du Gulf Stream, un des principaux moteurs de régulation climatique. Une étude du Potsdam Institute for Climate Impact Research, publiée en 2021, s'est alarmée du possible effondrement de ce système. Pour étayer leur hypothèse, les chercheurs ont modélisé l'évolution de ce tapis roulant océanique depuis l'an 400 en utilisant des indicateurs des climats passés emprisonnés dans les sédiments. Selon leurs calculs, ce courant serait à son niveau le plus faible depuis 1.600 ans.

Seuil critique

« Nos résultats confortent l'hypothèse que le déclin de l'AMOC ('Atlantic meridional overturning circulation') n'est pas juste une fluctuation ou une réponse linéaire à l'augmentation des températures, mais signifie plutôt que l'on s'approche d'un seuil critique après lequel le système de circulation de l'eau peut s'effondrer », estime Stefan Rahmstorf qui a dirigé cette étude. S'il est inquiet, c'est que le Gulf Stream transporte chaque seconde des milliards de mètres cubes d'eau chaude des Antilles vers l'Arctique, où elle se densifie en refroidissant et plonge dans les profondeurs pour ressortir dans l'Atlantique Sud.

Ce phénomène est vital à l'équilibre planétaire car il permet de répartir la chaleur reçue du Soleil sur l'ensemble des latitudes. « Son impact sur d'autres grands mécanismes climatiques comme ENSO est plus que probable », jauge l'Organisation météorologique mondiale dans sa dernière publication.

Emballement diabolique

Ce dérèglement est sans doute le fruit d'un emballement diabolique. Avec le réchauffement planétaire, la fonte des grands glaciers s'accélère. « L'apport d'eau douce du Groenland et la hausse des précipitations dans cette région diluent l'eau de mer et grippent le système », explique Stefan Rahmstorf. En analysant des carottes sédimentaires collectées dans le golfe de Guinée, une équipe de paléoclimatologues a pu reconstituer un épisode similaire qui s'est produit sur terre il y a 125.000 ans. « La cascade d'effets que nous avons mis en lumière augure le pire », prévient Syee Weldeab, la principale auteure de cette étude parue dans « PNAS ».

Comme aujourd'hui, la fonte du Groenland a réduit la salinité océanique. Le Gulf Stream s'est alors ralenti, réduisant l'apport d'eau froide dans le circuit et provoquant la hausse des températures de fond, de presque 7 °C selon le calcul des chercheurs. A son tour, ce réchauffement aurait provoqué la fonte des hydrates de méthane gelés sous les sédiments marins, libérant dans l'atmosphère ce puissant gaz à effet de serre qui empêche l'évacuation du trop-plein de chaleur terrestre vers l'espace.

Records de chaleur

La radicalisation de l'oscillation ENSO trouverait là sa source, selon plusieurs experts du climat qui pointent son atypisme. « La Niña est censée refroidir la Terre mais sa mécanique s'apparente de plus en plus à celle de son grand frère, en provoquant des dépressions et des surchauffes là où on ne les attend pas », explique le professeur Adam Scaife, responsable des prévisions à long terme au Met Office. Ces dix dernières années, les températures générées par ENSO ont été d'au moins 1 °C supérieures aux niveaux préindustriels, observent ses équipes. « Ce changement conduira probablement à ce que la température mondiale en 2023 soit plus chaude qu'en 2022 », estiment-elles.

Le précédent record de chaleur avait été établi en 2016, au plus fort du dernier épisode de El Niño. Avec son retour, les prévisionnistes les plus pessimistes évoquent la possibilité de voir dépasser l'objectif de l'Accord de Paris de maintien du réchauffement à un niveau inférieur à 1,5 °C. Les conséquences pourraient être dévastatrices : assèchement de la forêt amazonienne, fournaise en Australie et aux Etats-Unis, hiver plus intense au nord de l'Europe, déluges au Sud, accélération des émissions de méthane…

Dans un rapport publié en octobre dernier, l'Organisation météorologique mondiale dévoilait que la concentration dans l'atmosphère de ce gaz au pouvoir de réchauffement 80 fois supérieur à celui du CO2 a atteint un record en 2021. « Ça n'est pas le dernier », préviennent les experts.

15 millions de personnes menacées par la fonte des glaciersLa moitié des glaciers de la planète auront disparu en 2100 en raison du réchauffement climatique, mais ils font d'ores et déjà peser de lourdes menaces sur les populations vivant à proximité. Une étude parue dans « Nature Communications » le 7 février indique qu'au moins 15 millions de personnes dans le monde pourraient être menacées par cette désintégration à cause du débordement des lacs glaciaires qu'ils forment à leur base. « Leur rupture pourrait provoquer des milliers de morts », explique la principale auteure de l'étude, Caroline Taylor, doctorante à l'Université britannique de Newcastle. Ces lacs, souvent endigués par la glace elle-même, sont particulièrement instables. Selon l'étude portant sur plus d'un millier de bassins lacustres glaciaires, leur débordement pourrait emprunter une voie située à moins de 1 kilomètre des habitats. Quatre régions du monde sont particulièrement menacées par ce risque, qui se situent en Inde, en Chine, au Pérou et au Pakistan. Dans ce dernier pays, qui compte 7.000 glaciers dans les chaînes de montagnes de l'Himalaya, des inondations dévastatrices ont affecté plus de 33 millions de personnes dans leur ligne d'évacuation l'été dernier.

En chiffres 

60millions : le nombre de personnes impactées en 2016 par le dernier épisode violent de El Niño.

1.889 ppb (parties par milliard) : la concentration actuelle en méthane, le plus puisant gaz à effet de serre. L'OMM note qu'il s'agit d'un record depuis 800.000 ans. Elle a été multipliée par 2,6 depuis le début de l'époque industrielle.

4,72millions de km2 : le 12e plus bas niveau d'étendue de la banquise depuis 43 ans. Depuis les années 1990, cette superficie se réduit chaque décennie de 1 million de kilomètres carrés. La masse de glace de la calotte du Groenland équivaut à une hausse du niveau de la mer de 7 mètres.

54,4 °C : la température enregistrée dans la Vallée de la Mort, en Californie, le 9 juillet 2021. Les 50 degrés ont été dépassés un peu partout dans le monde.

+1,8°C : la hausse des températures en France depuis les années 1990. Elle est de +1,1 °C au niveau mondial.

140millions de m3/s : le débit du Gulf Stream à la fin de son parcours sur les Bancs de Terre-Neuve. C'est 400 fois le débit de l'AmazoneLa moitié des glaciers de la planète auront disparu en 2100 en raison du réchauffement climatique, mais ils font d'ores et déjà peser de lourdes menaces sur les populations vivant à proximité. Une étude parue dans « Nature Communications » le 7 février indique qu'au moins 15 millions de personnes dans le monde pourraient être menacées par cette désintégration à cause du débordement des lacs glaciaires qu'ils forment à leur base. « Leur rupture pourrait provoquer des milliers de morts », explique la principale auteure de l'étude, Caroline Taylor, doctorante à l'Université britannique de Newcastle. Ces lacs, souvent endigués par la glace elle-même, sont particulièrement instables. Selon l'étude portant sur plus d'un millier de bassins lacustres glaciaires, leur débordement pourrait emprunter une voie située à moins de 1 kilomètre des habitats. Quatre régions du monde sont particulièrement menacées par ce risque, qui se situent en Inde, en Chine, au Pérou et au Pakistan. Dans ce dernier pays, qui compte 7.000 glaciers dans les chaînes de montagnes de l'Himalaya, des inondations dévastatrices ont affecté plus de 33 millions de personnes dans leur ligne d'évacuation l'été dernier.

jeudi 2 février 2023

La sécheresse, au cœur des inquiétudes des acteurs de l’eau, les bassines ne sont pas la solution

C’est dans un contexte climatique inquiétant, marqué par la

sécheresse historique de l’été dernier, que les acteurs de l’eau

se sont réunis les 25 et 26 janvier, à Rennes, pour la 24e édition

du Carrefour des gestions locales de l’eau (CGLE). Retour sur

quelques interventions clé.

2022 sera sûrement un tournant. L’ensemble du territoire

national est désormais touché par la sécheresse, et pas

seulement le Sud. Selon Christophe Bechu, ministre de la

Transition écologique, « 700 communes ont connu des

difficultés d’approvisionnement en eau potable » cet été. Un

« Plan eau », qui devait être annoncé au Carrefour des gestions

locales de l’eau (CGLE), est attendu dans les prochaines

semaines pour répondre à ce défi.

Tous les territoires sont impactés

Plusieurs collectivités ont détaillé comment leur territoire a été

impacté comme jamais par la sécheresse. C’est le cas par

exemple de Chartres métropole, situé dans un territoire

d’irrigation importante avec des problèmes de qualité d’eau

(pesticides, nitrates). Les prévisions pour 2023 ne sont pas

bonnes. « La nappe de la Craie est très basse sans recharge à

ce jour », s’inquiète François Bordeau, directeur du cycle de

l’eau.

Ce n’est pas mieux dans la Manche, où les parapluies de

Cherbourg semblent être rangés au placard. « Les niveaux de la

nappe à ce jour n’ont jamais été aussi bas pour la saison. Cette

crise hydrique est exceptionnelle et l’été 2023 s’annonce

difficile », s’inquiète Bernard Auric, directeur du syndicat

départemental SDeau50.

Devant cette situation, Rennes métropole, ainsi que Eau du

bassin Rennais (EBR) qui distribue l’eau potable, ont fait appel

à un doctorant pour modéliser et prédire les disponibilités en

eau de leur principale ressource, le barrage de la Chèze (8 à 15

millions de m3).

Prédictions inquiétantes

« Avec la hausse de la température et de l’évapotranspiration (+

10 %), associée à la baisse des précipitations, le barrage a du

mal à se remplir. Le changement climatique est perceptible »,

introduit Ronan Abhervé, doctorant. Pour simuler l’évolution de

la ressource dans le temps, il s’est appuyé sur les données du

Giec. Dans le cas du scénario RCP8.5, dit « Business as

usual », c’est-à-dire si on ne change rien, le modèle prévoit que

6 à 9 années sur 20 seront des années de sécheresse, entre

2020 et 2040, avec des répétitions de 2 à 3 années possibles

de sécheresse de suite. Le phénomène s’accélère encore audelà

de cette date. Les projections sur le barrage montrent une

diminution des volumes d’eau disponibles à partir de 2020. Le

barrage pourrait être vide à partir de 2032 ! « C’est une forme

de sidération. Ces résultats sont très inquiétants. Le barrage se

recharge de moins en moins », constate Ludovic Brossard, viceprésident

d’EBR.

Défi pour l’assainissement collectif

Côté assainissement, les étiages de plus en plus sévères

impliquent une sensibilité accrue à la dilution. « C’est un point

important quand on construit une nouvelle station d’épuration.

Les données sur lesquelles nous travaillons doivent être

complétement revues au vu de cette étude. Le calcul de la

dilution sera parfois impossible, car il n’y aura plus d’eau dans

les rivières. Ce sont des questions qu’on ne se posait pas

jusqu’à présent. Il va falloir être créatif ! », affirme Boris

Gueguen, directeur de la régie d’assainissement de Rennes

métropole. Jusqu’où faudra-t-il innover ? L’assainissement

collectif dans sa forme actuelle est-il durable ? C’est l’une des

questions qui a émergé de la salle.

Une approche globale indispensable

EBR va sortir son prochain schéma directeur sur l’eau en

février. « Il faut déterminer de quel pourcentage il faut réduire

notre consommation d’eau », expose Stéphane Louaisil,

responsable du pôle production, énergie, qualité de l’eau à

EBR. La poursuite des économies d’eau est importante, mais il

faudra également agir sur le prix de l’eau et la reconquête de la

qualité de l’eau. Car le problème de la quantité est aussi lié à

celui de la qualité de l’eau. Ainsi, le barrage a pu à nouveau être

alimenté par une rivière, qui a retrouvé une qualité suffisante

suite à une diminution des pesticides. Le changement

climatique nécessite une approche globale. « La sobriété

implique des choix de société. Nous militons par exemple pour

que des appareils hydro-économes soient systématiquement

installés dans tous les logements neufs. Il y a un gros travail

politique à faire », estime Ludovic Brossard.

jeudi 26 janvier 2023

Troisième record d'affilée

 Toujours plus. Malgré la dégradation de la conjoncture, les sociétés européennes devraient distribuer 387 milliards d'euros de dividendes en 2023, ce qui serait un troisième record d'affilée, à en croire l'étude annuelle du gérant d'actifs AllianzGI. Une générosité qui témoigne de la bonne santé financière des groupes cotés du Vieux Continent. A la Bourse de Paris, les membres de l'indice CAC 40 pourraient ainsi afficher des profits historiques en 2022 en dépit du choc énergétique qui a frappé l'Europe.

Les dividendes européens se sont élevés à 377 milliards en 2021 , et à 382 milliards l'an dernier, selon les chiffres publiés par AllianzGI. 

vendredi 20 janvier 2023

 La réforme des retraites : quelques éléments de réflexion sur les arguments pro-réforme avancés.

On nous dit :

- "Il y a de moins en moins d'actifs par retraités, il faut en conséquence allonger l'âge de la retraite" :

Effectivement, en 1960, il y avait 4 actifs pour un retraité. En 2019, il n'y a plus qu'1,7 actif pour un retraité. Mais dans le même temps, un actif en 2017 produit 3,4 fois plus de richesses qu'en 1960 (en euros constants).

Ce qui fait que pour un retraité en 2019, il y a 1.7 actifs qui produisent l'équivalent de la richesse produite par 5,78 actifs de 1960 (1,7 X 3,4 = 5,78).

Il y a donc en fait plus de ressources.

- " Le système des retraites sera déficitaire dans les années à venir " :

Le Conseil d'Orientation des Retraites (COR), service du premier ministre, a écrit, en page 11 de son dernier rapport de septembre 2022 :

" En 2021, le système de retraite a été excédentaire de près de 900 millions d'euros. (...) Elle se prolongerait en 2022 et le système connaîtrait un excédent de 3,2 milliards d'euros (0,1 point de PIB). "

Donc, pas de déficit actuellement !

Pour information, le COR prévoit ensuite un déficit à partir de 2023 avec un plancher en 2030, avant un retour à l'équilibre à l'horizon 2055. Pourquoi cette détérioration alors que le système est actuellement bénéficiaire ? Le COR donne l'explication suivante (toujours en page 11 de son rapport) :

" La dégradation de la situation financière de début de période (2022-2027) est principalement à relier à la dégradation de la part des ressources dans la richesse nationale : la baisse de la part des traitements indiciaires des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers (...) a un effet négatif sur la part des ressources dans le PIB. "

Pourquoi une baisse des traitements indiciaires notamment hospitaliers, alors que le Ségur de la santé prévoit une augmentation de 15 000 agents ? L'explication est ailleurs, la loi de programmation 2022/2027 prévoit des coupes budgétaires drastiques dans les dépenses publiques. Un rapport sénatorial évoque un "effort de maitrise" à hauteur de 25 milliards d'€ d'économies pour les administrations locales et de 25 milliards d'€ pour les administrations de sécurité sociale. Accessoirement, juste après une épidémie ...

Le déficit du système des retraites qu'anticipe le COR n'est donc pas une fatalité, il résulterait pour la période 2023/2027, de choix budgétaires qui vont affecter ses revenus.

2ème élément donné par le COR pour expliquer le déficit annoncé (en page 11) : "La dégradation du solde global se prolongerait de 2028 à 2032 avec la période de faible croissance liée à la transition du taux de chômage vers sa cible de long terme. "

L'explication de cette phrase se trouve en page 8 :

Il faut raccorder à ce moment-là le taux de chômage prévu par le gouvernement (5%), au taux de chômage prévu par le COR (7%). En raccordant ces 2 courbes, ça les tire vers le bas. Mais d'après le COR lui-même, " il s'agit là d'un artefact lié à la méthode de projection : rien ne permet d'anticiper que la conjoncture économique sera particulièrement déprimée sur la période 2028-2032 ". Donc autrement dit, tout cela n’est pas sûr du tout !

À noter que le COR prévoit un déficit de l'ordre de 12 milliards d'€ en 2030. Actuellement, il y a 80 milliards d'€ d'exonérations de cotisations employeur. Il y a peut-être là un moyen plus efficace de sécuriser le système de retraites ?

- " Les petites pensions seront revalorisées à hauteur de 1200 € " :

Pas pour tout le monde !

1200 €, c'est à peine au-dessus du seuil de pauvreté qui est à 1128 €. Mais pour y avoir droit, il faudra avoir cotisé à taux plein pendant 172 trimestres, soit 43 ans. Beaucoup n'y auront pas droit, par exemple, tous ceux qui ont eu des carrières hachées, des temps partiels, des périodes de chômage, ...

- " La réforme prendra en compte la pénibilité " :

On peut en douter. En effet, les 3 nouveaux critères, facteurs de risques permettant de partir plus tôt avaient été supprimés par Emmanuel Macron en octobre 2017 (passage du Compte Personnel de Prévention de la pénibilité (C3P) par le passage au Compte Personnel de Prévention (C2P)).

Le 4e critère de l'exposition aux produits chimiques dangereux n'est toujours pas rétabli.

- " La réforme conduira à un système à l'équilibre " :

Parmi la génération née en 1954, 4 personnes sur 10 n'étaient plus en emploi au moment de la liquidation de leur retraite (19% au chômage, 7% en maladie ou invalidité, 3 % en préretraite et 13% pour d'autres raisons). Pas sûr que ces chiffres s'améliorent avec une retraite 2 ans plus tard !

Par ailleurs, l'espérance de vie en bonne santé commence à redescendre. Elle est de 63 ans pour les hommes et de 64 ans pour les femmes. Décaler de 2 ans l'âge de la retraite occasionnera davantage d'arrêts de travail, des dépenses de pensions d'invalidité, de prestations de solidarité, d'accidents du travail.

L'Union Confédérale des Retraités FO a estimé à 0,2 points de PIB, la hausse des dépenses hors retraites, suite à un décalage de 2 ans du départ à la retraite.

Sans compter que les emplois non libérés par les seniors, ne pourront pas être pourvus par les jeunes générations !

- Les agents publics pourront travailler jusqu'à 70 ans :

On pourrait comprendre que 64 ans, c'est bien trop tôt !

- Les agents publics pourront cumuler des petits boulots avec leur retraite :

Bizarre, … auront-ils besoin d'arrondir leurs fins de mois malgré cette réforme "si avantageuse" ?!

- Ils pourront partir en pré-retraite :

Oui mais à l'âge où ils auraient pu partir directement en retraite ! Et le temps en pré-retraite ne « cotise » pas à 100%, mais à hauteur de leur temps partiel.

- Les durées de service des personnels actifs et hyper-actifs seront inchangées :

Oui mais ils devront quand même partir 2 ans plus tard !

mardi 17 janvier 2023

L'ONG OXFAM DÉNONCE "LA CONCENTRATION EXTRÊME DES RICHESSES" ET VEUT "ABOLIR" LES MILLIARDAIRES

 "Chaque milliardaire représente un échec de politique publique", avance l'ONG Oxfam dans un rapport publié à l'ouverture du Forum de Davos lundi, militant pour une division par deux de leur nombre d'ici 2030 grâce à la taxation, avant d'"abolir" les milliardaires à plus long terme.

"Les inégalités économiques ont atteint des niveaux extrêmes et dangereux", écrit l'organisation internationale dans son rapport annuel sur les inégalités, au coup d'envoi d'une semaine d'échanges entre élites économiques et politiques dans la station de ski suisse de Davos.

Plus nombreux et de plus en plus riches

Portées par la flambée des cours de Bourse, les grandes fortunes se sont envolées au cours des dix dernières années: sur 100 dollars de richesse créée, 54,4 dollars sont allés dans les poches des 1% le plus aisés, tandis que 70 centimes ont profité aux 50% les moins fortunés, constate l'ONG.

Les milliardaires ont doublé leur fortune, tout en étant de plus en plus nombreux, affirme Oxfam dont la directrice générale, Gabriela Bucher, est invitée en Suisse.

Or, "la concentration extrême des richesses mine la croissance économique, corrompt les politiciens et les médias, corrode la démocratie et augmente la polarisation", écrit l'ONG, ajoutant que les inégalités sont devenues "une menace existentielle pour nos sociétés, paralysant notre capacité à endiguer la pauvreté", et mettent "l'avenir de la planète (...) en péril".L'ONG milite pour un impôt sur la fortune

Selon l'organisation internationale, la taxation a un rôle "crucial" à jouer afin de diminuer le nombre de milliardaires sur la planète, et doit toucher les revenus et le capital des plus aisés.

Parmi les mesures proposées dans ce rapport, un impôt exceptionnel sur la fortune, une taxe sur les dividendes, et une hausse de l'imposition sur les revenus du travail et du capital des 1% les plus riches.

Le capital, une manne financière "beaucoup plus importante que les salaires" pour les grandes fortunes, doit être davantage taxé sur les gains réalisés, notamment grâce à la vente d'actions, mais aussi par la simple détention, souligne l'organisation.

Les "superprofits" des entreprises sont aussi dans le viseur d'Oxfam qui propose de taxer davantage les bénéfices exceptionnels, à l'image des milliards enregistrés par les groupes pétroliers ces derniers mois grâce à la flambée des cours de l'énergie, sur fond de guerre en Ukraine.

Selon l'ONG, ces mesures permettraient de ramener la fortune des milliardaires et leur nombre à ce qu'ils étaient en 2012, avant que les chiffres ne s'emballent.

vendredi 13 janvier 2023

PAC 2023 2027

 

1. Qu'est-ce que la PAC ?

La Politique agricole commune est l'une des plus anciennes politiques communes aux pays membres de l'UE. Créée par le Traité de Rome du 25 mars 1957, elle est entrée en vigueur le 30 juillet 1962 et a donc presque 61 ans.


Elle est régie par trois grands principes : l'unicité des marchés, la préférence communautaire et la solidarité financière. La PAC correspond à des exercices budgétaires européens de sept ans et fait l'objet de réformes ou d'adaptations selon cette même périodicité.


Proposée par la Commission européenne, elle fait l'objet d'âpres discussions avec le conseil des 27 ministres de l'Agriculture des pays membres et le Parlement. Chaque pays essaie alors de faire mieux valoir ses intérêts.


Depuis toujours, deux blocs se sont opposés, l'Europe du Nord, libérale, souhaitant réduire les dépenses liées à l'agriculture et instaurer un genre de laisser-faire, et l'Europe du Sud, qui veut plus de protections. La France, en tant que première puissance agricole européenne, a toujours souhaité préserver cette politique dont elle est la première bénéficiaire. L'adhésion du bloc de l'Est a encore modifié la tonalité des discussions - la répartition budgétaire - et rendu plus difficile l'élaboration de mesures communes en raison de son retard économique.


2. La PAC a-t-elle fait preuve de son utilité ?

Les pères de l'Europe avaient en tête, en créant une Politique agricole commune, de parvenir à l'autonomie alimentaire après la guerre. Un sujet depuis oublié, mais qui a brusquement connu un regain d'actualité avec le Covid puis la guerre en Ukraine.


Entre 1940 et 1945, la population européenne avait connu la faim et les privations, l'Europe était détruite. Il fallait la sortir de la misère et la remettre sur les rails du développement. L'Europe s'est reconstruite à l'ombre des aides du plan Marshall, les Etats-Unis voyant beaucoup d'intérêt à la formation d'un grand espace économique avec lequel commercer. C'était aussi un moyen de freiner l'expansion soviétique.


La mise en place de protections aux frontières et les aides massives au développement de l'agriculture ont permis à l'Europe de nourrir sa population mais aussi de devenir une puissance mondiale. La PAC a donc été un très grand succès de ce point de vue. Elle a permis à certains pays, dont l'Allemagne, de devenir des puissances agricoles. Mais elle a, d'une certaine façon, été victime de son succès, aboutissant à la formation d'excédents coûteux à stocker de viandes, de grains et de produits laitiers. Les réformes des années 1980 ont abouti pour cette raison à la mise en place de quotas.


3. Quels sont les moyens financiers en jeu ?

Quelque 53 milliards d'euros de crédits sont alloués chaque année par Bruxelles aux agriculteurs européens. Le budget de la PAC pour l'agriculture française a été consolidé avec le maintien de l'enveloppe de 9,1 milliards d'euros par an sur la période 2023-2027. La France est la première puissance agricole européenne et, à ce titre, la plus grosse bénéficiaire avec 17 % du budget affecté à la Politique agricole commune (PAC). Cette enveloppe est traditionnellement organisée en piliers. Le premier, qui recouvre les aides directes, est de 6,7 milliards d'euros en France, dont 3,2 milliards pour l'aide au revenu de base.


On y trouve aussi une dotation de 1,7 milliard d'euros pour l'éco-régime, qui remplace le paiement vert et encourage les pratiques environnementales. Une hausse de 2 à 3 % porte l'aide à l'installation des jeunes agriculteurs à 116 millions d'euros. Le deuxième pilier, dédié à la ruralité, dispose d'un budget de 2,4 milliards d'euros, dont 717 millions pour l'agriculture de montagne au travers de l'ICHN (Indemnité compensatoire de handicaps naturels) et 197 millions pour le bio.


4. Pourquoi 27 plans stratégiques nationaux au lieu d'une seule et même PAC ?

Plusieurs pays membres de l'Union européenne ont exprimé leur souhait - certains de longue date, comme l'Irlande, d'autres comme la Pologne qui a rejoint l'UE plus récemment -, de se voir octroyer plus d'autonomie dans leurs choix de politique agricole. Afin de répondre à ces voeux, la Commission européenne a demandé que chacun lui soumette un plan stratégique national (PSN). Les 27 ont ainsi pu, tout en respectant les objectifs environnementaux et économiques de l'exécutif européen, prendre en compte les spécificités de leur agriculture et proposer leur interprétation de la réforme à mettre en oeuvre.


La Commission européenne a renvoyé les copies qui ne répondaient pas suffisamment aux priorités de la nouvelle PAC et les pays membres ont dû amender leur PSN en fonction. Cela a été le cas notamment pour la France, dont les soutiens au bio ont été jugés insuffisants. Au total, la réforme aboutit à une juxtaposition de 27 politiques nationales, si bien que l'on peut parler d'un système à la carte. Un comité de suivi national, chargé de s'assurer des progrès réalisés dans la direction voulue par l'UE, doit se réunir au moins une fois par an.


5. Quelles sont les priorités de la France ?

La France a élaboré un document de 1.000 pages pour définir sa vision et ses intentions en matière de Politique agricole. Il résulte d'une vaste concertation avec les parties prenantes, agriculteurs, forestiers et ruraux, mais également d'une consultation publique. Les soutiens au revenu agricole ont été « consolidés », selon le ministère de l'Agriculture, afin de maintenir les capacités de production sur l'ensemble du territoire. Mais aussi pour aider les agriculteurs à faire face à « la volatilité croissante ».


En réponse aux ambitions européennes de protection de l'environnement, le PSN français encourage la diversité des systèmes de production et « la sobriété en matière d'engrais et de pesticides ». Le texte a été critiqué par les associations de défense de l'environnement et le gouvernement a dû revoir sa copie. Les aides sont dédiées au maintien des prairies et des haies, au développement des assolements et de l'agriculture bio avec un objectif de 18 % de la Surface agricole utile (SAU) en 2027. L'effort de protection de l'élevage de montagne est maintenu. Le soutien aux légumineuses, qui préservent la richesse de la terre, est accru.



lundi 3 octobre 2022

L’Anthropocène comme concept politique

 

Il est aussi possible de voir le concept d’Anthropocène comme une tentative de dépolitisation des sujets qu’il met en lumière, et des phénomènes qui en sont la cause. Le concept donne en effet l’illusion que tous les hommes, unis dans une œuvre commune de destruction, sont également responsables des transformations infligées à la planète.

En réalité, ces transformations sont l’œuvre d’une minorité. Pour ne prendre que le changement climatique, l’une des principales caractéristiques de l’Anthropocène, il convient de garder à l’esprit que 70 % des émissions de gaz à effet de serre, environ, sont produites par un milliard d’individus seulement – ce qui remet en perspective l’idée selon laquelle l’accroissement de la population mondiale serait la principale cause du changement climatique.

Plutôt que l’âge des humains, l’Anthropocène serait en fait mieux décrit comme un « oliganthropocène », l’âge de quelques hommes, pour reprendre une expression d’Eryk Swyngedouw. Si ces hommes sont en effet devenus les principaux acteurs des transformations de la Terre, la majorité des humains sont aussi devenus les victimes de ces transformations, plutôt que leurs agents.

En découle la nécessité de transformer notre système de gouvernance et de gestion des ressources. Il convient notamment de substituer aux notions d’efficacité et d’optimisation une approche plus flexible, plus adaptable, dans laquelle les systèmes environnementaux et sociaux se complètent et fonctionnent sur de même bases.

Ces crises peuvent toutefois mener à des opportunités, et les défis écologiques auxquels sera confrontée l’espèce humaine mettront en jeu sa capacité à construire de nouveaux modèles de gouvernance locale et à appliquer des politiques publiques et économiques de façon pérenne.

Cette transformation se fonde avant tout sur la création de partenariats de confiance, alliant l’action et le local, les innovations institutionnelles croisées et la remise au centre des acteurs locaux.

Ce nouveau défi auquel l’espèce humaine est confrontée, celui d’habiter le monde et d’y poursuivre son développement dans un espace peu sécurisé, ne pourra se penser sans la redéfinition d’une géopolitique de la Terre, au sens premier du terme.

Le défi du développement durable de l’espèce humaine tout entière dépasse celui du défi climatique, et amène à s’interroger sur le passage à une conception nouvelle du temps. Il s’agirait de rompre avec la tradition du « court terme » et de penser en « temps de longue durée » (Fernand Braudel), afin de sortir de notre vision du « temps historique » tel qu’il est pensé par l’homme, et pour l’homme seul.

De ce désordre planétaire doit sortir une nouvelle politique globale, qui dépasse les relations internationales et réinvente les concepts sur lesquels elles s’appuient : que veulent dire le territoire, les frontières ou la souveraineté à l’heure de l’Anthropocène ? C’est toute une Terre à inventer.

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