lundi 11 février 2019

Abeilles : l'Anses recommande de durcir les règles pour les traitements phytosanitaires

L'agence de sécurité sanitaire a publié un avis recommandant de durcir la réglementation sur les traitements phytosanitaires pour protéger les abeilles. En réponse, le gouvernement lancera prochainement un groupe de travail sur ce sujet.
Les ministres de la Transition écologique et solidaire et de l'Agriculture annoncent la mise en place prochaine d'un groupe de travail, "en vue de renforcer les mesures de protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs de l'utilisation des produits phytopharmaceutiques". François de Rugy et Didier Guillaume souhaitent mettre autour de la table l'ensemble des parties prenantes pour définir "les mesures permettant de limiter les risques liés aux produits phytosanitaires pour les pollinisateurs, tout en prenant en compte les contraintes techniques pour les agriculteurs". Cette décision fait suite à la parution de l'avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), saisie en juin 2018 sur l'évolution du cadre réglementaire pour assurer la protection des pollinisateurs domestiques et sauvages.
Les discussions promettent d'être houleuses. L'avis de l'Anses est clair : elle préconise de durcir les règles encadrant les traitements phytosanitaires, réitérant ses recommandations de 2014. Or, "en 2014, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll avait annoncé vouloir cantonner l'application des insecticides et acaricides à la tombée de la nuit, s'appuyant sur un avis de l'Anses de 2014. Devant la levée de boucliers d'une partie de la profession agricole (FNSEA), le ministre avait reculé", rappelle l'Union nationale des apiculteurs (Unaf).
Traitements diurnes : l'Anses réitère sa position
En France, l'arrêté de 2003 interdit par défaut les traitements insecticides/acaricides pendant les périodes de floraison et/ou de production d'exsudats, car c'est à cette période que les abeilles butinent et sont le plus menacées par l'usage de ces produits. Mais des dérogations peuvent être délivrées après analyse de la demande, de sa pertinence agronomique et de la toxicité du produit. Or, "la dérogation est presque devenue la règle : près de la moitié des usages insecticides et acaricides autorisés en France dérogent à l'interdiction de traiter pendant les périodes attractives pour les abeilles", indique l'Unaf.
L'Anses recommandait déjà, en 2014, de durcir les règles pour les dérogations. Ces traitements ne devraient être appliqués "ni en fin de nuit ni tôt le matin" afin de garantir un délai suffisant entre l'application et le début de l'activité de butinage des abeilles domestiques, indiquait-elle. Elle rappelle qu'aujourd'hui, "seule la luminosité peut être proposée comme condition indicatrice de l'absence d'activité de butinage des abeilles domestiques". Elle réitère donc cette recommandation, précisant que les traitements bénéficiant d'une dérogation ne devraient être appliqués "qu'après l'heure de coucher du soleil telle que définie par l'éphéméride et dans les trois heures suivantes", quelle que soit la culture, et "dans des conditions permettant d'assurer la sécurité et la santé des opérateurs".
Des indications contradictoires du côté des agriculteurs
Ce petit rappel répond clairement aux recommandations et fiches techniques élaborées de leur côté par la FNSEA et les instituts techniques ces dernières années. Si celles-ci reprennent la référence du coucher du soleil, elles indiquent néanmoins que, pour certaines cultures, des applications seraient possibles avant le coucher du soleil. Et la liste des exceptions est longue : colza, légumes d'industrie, pois, maïs, pommes de terre, vigne, féverole... Ce qui est non conforme à ses recommandations, regrette l'Anses.
Aujourd'hui, elle va même plus loin et recommande d'élargir ces règles "à l'ensemble des produits phytopharmaceutiques appliqués en pulvérisation pendant les périodes de floraison et/ou périodes de production d'exsudats et aux substances systémiques utilisées en pulvérisation avant floraison ou en traitements de semences sans exclusion des produits phytopharmaceutiques à base de micro-organismes". Les différents réseaux de surveillance ont mis en avant une multi-exposition des abeilles à ces familles de produits.
Quant aux autres pollinisateurs, qui peuvent avoir des activités différentes des abeilles, "les conditions identifiées pour limiter l'exposition des abeilles domestiques pourraient ne pas réduire celle des autres pollinisateurs, y compris les bourdons et abeilles sauvages", souligne l'agence. Elle recommande donc de poursuivre les travaux menés à l'échelle nationale et européenne pour mettre au point des méthodes d'évaluation standardisées pour les pollinisateurs sauvages.
Des évaluations supplémentaires en cas de dérogation
L'Anses estime enfin que de nouvelles évaluations devraient être exigées lors des demandes de dérogation : sur la toxicité larvaire en exposition répétée, sur les effets sur le long terme d'une exposition aigüe ainsi que sur les effets sur le comportement, notamment pour les produits ciblant le système nerveux central des insectes. "Pour protéger les autres pollinisateurs, l'Anses recommande que soit requis des essais de laboratoire de toxicité aigüe orale et par contact sur bourdon".



“Une catastrophe sans précédent” : pourquoi le risque de pollution aux armes chimiques en mer du Nord est inquiétant

D'où vient la pollution chimique potentielle de la mer du Nord ? Quels sont les risques ? Pourquoi en parle-t-on en ce moment ? Que font les autorités ? Un documentaire sur les armes chimiques provenant des deux guerres mondiales jetés au fond des mers du Nord lance l'alerte.

D'où vient la pollution chimique ? 

Pendant les deux guerres mondiales, les Alliés ont volontairement coulé de très nombreux navires transportant près de trois milliards de tonnes d’armes chimiques (gaz moutarde, munitions au chlore ou au sarin) et conventionnelles.  Trois milliards de tonnes encore aujourd'hui au fond de la mer du Nord et de la mer Baltique. «À l’époque, l’immersion représentait la solution la moins dangereuse», explique à Daily science la professeure Sylvie Gobert, du Laboratoire d’océanologie de la Faculté des sciences de l’Université de Liège (ULiège).

Pour « traiter et éliminer des quantités considérables de munitions non utilisées, (…) l’immersion était alors la solution la moins coûteuse, la plus rapide et la plus sûre », explique la Marine nationale. Après la guerre 39-45, les Américains ont notamment fait couler des navires allemands pleins de munitions. A l'époque, officiellement, on disait ne pas connaître les risques de telles pratiques.
En mer du Nord, une cinquantaine de sites sont concernés. Mais ce chiffre pourrait avoir été sous-estimé. La France refuse de dire clairement quelles sont les zones concernées mais on sait qu'il y a bien eu ce type de déversement au large de Dunkerque, Gravelines ou encore Boulogne-sur-mer. Le banc de sable de Paardenmarkt à Knokke (Belgique) abrite également 35 000 tonnes de munitions.

Sur la carte ci-dessous, sont recensées les zones dans l'ouest de la France où des munitions sont immergées.

Emplacement des munitions immergées et des découvertes de munitions signalées entre 1999 et 2008. / © Commission OSPAR
Emplacement des munitions immergées et des découvertes de munitions signalées entre 1999 et 2008. / © Commission OSPARhttps://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/sites/regions_france3/files/styles/asset_list_medium/public/assets/images/2019/02/07/sans-titre-3_3-4079469.jpg?itok=OzZdS3dh Emplacement des munitions immergées et des découvertes de munitions signalées entre 1999 et 2008. / © Commission OSPAR

 La pollution chimique de la mer est une problématique enfouie depuis des années. Sur terre, les bombes des deux guerres mondiales sont prises en charge quotidennement et pendant encore de nombreuses années par les services de déminage. Mais les armes déversées dans la mer ne sont quasiment pas prises en charge.

Quels sont les risques ? 

"Une catastrophe sans précédent". Sans action de dépollution, des scientifiques prédisent un désastre environnemental. Au fond de la mer, les fuselages métalliques qui confinent les substances chimiques se corrodent. La plupart de de ces substances restent toxiques en se décomposant dans l'eau. "Les études scientifiques sont alarmantes, explique le documentaire "Menaces en mer du Nord". Selon l'institut océanographique de Moscou, il suffirait qu' un 6 ème de ces substances s'échappent dans la Baltique pour supprimer toutes formes de vie pendant un siècle."

Les fuselages sont-ils encore en bon état ?  En 1972, un rapport belge concluait que les fuselages des munitions étaient relativement en bon état. Qu’en est-il actuellement ?
Selon certains scientifiques, les barils qui les confinent mettent entre 80 et 100 ans à rouiller :  " Les nombreux produits chimiques utilisés dans les munitions, pouvant être libérés lors de leur dégradation, et éventuellement présenter des risques pour la chaîne alimentaire marine, causent également des préoccupations, nuance la Commision OSPAR (Convention pour la protection du milieu marin de l'Atlantique du Nord-Est). Néanmoins cela ne semble pas être le cas actuellement dans la zone OSPAR. Les quelques données disponibles indiquent peu ou pas de contamination du poisson, des mollusques et crustacés ou des sédiments à proximité des sites d’immersion." Et il précise notamment : "Des études belges ont révélé que la contamination des sédiments par le gaz moutarde provenant d’un obus de la Deuxième Guerre mondiale est limitée à un rayon de 3 cm autour de l’obus."
Mais le documentaire "Menaces en mer du Nord" évoque d'autres élements à charge :
  • Des témoignages de la marine nationale danoise certifient la contamination des pêches en mer Baltique. Et des compensations financières sont données à certains pêcheurs. Des marins ont été blessés par des armes chimiques.
  • Un démineur de l’Otan observe que « les poissons sont contaminés ». Des prélevements positifs ont été effectués ces dernières années.
  • L'Institut Alfred Wegner en Allemagne affirme, après études, que l'on peut trouver des composants chimiques dans les poissons : "Acceptons-nous qu'il y ait des traces d'arsenic faites pour tuer des humains dans notre alimentation ? ", se demande un chercheur dans le documentaire "Menaces en mer du Nord".
Autre menace : un naufrage sur les zones dont les profondeurs sont jonchées de munitions. «En 2001, un porte-conteneur s’est échoué à proximité du site, explique Jacques Loeuille, réalisateur de "Menaces en mer du Nord". Si l’étrave du navire avait labouré les sables du banc, le bateau aurait probablement déclenché une explosion contaminant les côtes belges, hollandaises, françaises. Faut-il attendre une catastrophe maritime pour aller inspecter l’état de corrosion des obus ?»

Pourquoi on en parle en ce moment ?

Grâce à un documentaire diffusé par France 3, LCP et la RTBF depuis plusieurs mois. Il s'intitule "Menaces en mers du Nord" et a été réalisé par Jacques Loeuille.

Que font les autorités ? 

Le documentaire dénonce le silence des autorités françaises qui ont refusé de coopérer pour le documentaire. Secret, minimisation des risques, opacité... Difficile de savoir ce qui est fait ou non pour éviter tout risque sanitaire ou environnemental.

La Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement des Hauts-de-France (DREAL) a par exemple indiqué à la Voix du Nord qu’elle « n’a pas réalisé à ce jour d’étude sur la localisation, l’impact ou le traitement des munitions (…) submergées suite aux deux guerres mondiales ». La Belgique, le Danemark, le Royaume-Uni, la Russie commencent à communiquer sur le sujet. Pas la France. "Comment expliquer que des pays comme l'Allemagne et la Belgique -dont le budget militaire est faible- travaillent sur des solutions alors que la France ne fait rien ", se demande Jacques Loeuille.

Le documentaire semble éveiller les consciences et même simplement faire découvrir la problématique. Le député du Nord Christian Hutin (MRC) a par exemple été choqué par les images et a décidé se saisir du sujet. "On a là une chose extrêmement urgente et grave, a-t-il expliqué sur le plateau de France 3 Nord Pas-de-Calais cette semaine. Et personne n'en parle. On a un secret-défense absolument terrible. Moi  je m'intéresse à l'histoire mais je ne pensais pas que c'était à ce point-là. Ce n'est pas possible de continuer à conséidérer qu'il n'y a pas de risque majeur."
Il a écrit au Premier ministre pour lui demander d'agir : « Entre la France et l’Allemagne, les fonds marins qui longent le littoral belge forment un vaste tapis de bombes toxiques et de faible profondeur, écrit-il. Face à ce danger, je souhaite connaître les mesures d’urgence que vous comptez prendre tant au niveau national qu’international pour conjurer cette menace, une vaste coopération entre les pays concernés étant une obligation indispensable. »

 


 

Les insectes pourraient disparaître de la planète d’ici 100 ans

Les scientifiques mettent en garde contre un « effondrement catastrophique des écosystèmes naturels ».
Les insectes du monde entier sont en voie d’extinction, menaçant d’un « effondrement catastrophique des écosystèmes naturels », s’est alarmé, fin janvier, la revue scientifique mondiale Biological Conservation. Plus de 40 % des espèces d’insectes sont en déclin et un tiers sont menacées, selon les chercheurs. Leur taux de mortalité est huit fois plus rapide que celui des mammifères, oiseaux et reptiles. Au cours des trente dernières années, la masse totale des insectes existant dans le monde a diminué de 2,5 % chaque année.
A ce rythme, s’inquiètent les scientifiques, ils pourraient disparaître d’ici à un siècle. « C’est très rapide. Dans dix ans, il y aura un quart d’insectes de moins, dans cinquante ans, plus que la moitié, et dans cent ans, il n’y en aura plus », a déclaré au Guardian dimanche 10 février Francisco Sánchez-Bayo, de l’université de Sydney (Australie), qui a collecté les données avec Kris Wyckhuys de l’Académie des sciences agricoles à Beijing (Chine). La plupart des études analysées ont été réalisées en Europe occidentale et aux Etats-Unis.

98 % des insectes ont disparu à Porto Rico depuis trente-cinq ans

Les insectes sont « essentiels » au bon fonctionnement de tous les écosystèmes, expliquent les chercheurs. Ils pollinisent les plantes, recyclent les nutriments et servent de nourriture de base aux autres animaux. Leur disparition « aura des conséquences catastrophiques à la fois pour les écosystèmes de la planète et pour la survie de l’humanité », s’alarme Francisco Sanchez-Bayo. L’un des impacts majeurs concerne les nombreux oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons qui se nourrissent d’insectes. « Si cette source de nourriture leur est enlevée, tous ces animaux mourront de faim », a-t-il dit.
Des effondrements de populations d’insectes ont récemment été signalés en Allemagne et à Porto Rico, où une récente étude a révélé une chute de 98 % des insectes terrestres depuis trente-cinq ans, mais l’étude montre clairement que la crise est mondiale. Les papillons et les papillons de nuit sont parmi les plus touchés. Le nombre d’espèces de papillons a chuté de 58 % sur les terres cultivées en Angleterre entre 2000 et 2009. Le Royaume-Uni a subi les plus fortes chutes d’insectes jamais enregistrées, bien que cela soit probablement le résultat d’une étude plus intensive que dans la plupart des autres pays.
Les abeilles ont également été gravement touchées, la moitié seulement des espèces de bourdons recensées en Oklahoma aux Etats-Unis en 1949 étant présentes en 2013. Le nombre de colonies d’abeilles aux Etats-Unis était de six millions en 1947, 3,5 millions ont disparu depuis. Il existe plus de 350 000 espèces de coléoptères et on pense que beaucoup d’entre elles ont décliné, en particulier les dendroctones du fumier. Si on dispose de beaucoup moins d’informations sur les mouches, fourmis, pucerons, insectes boucliers et criquets, les experts affirment qu’il n’y a aucune raison de penser qu’ils s’en sortent mieux que les espèces étudiées.

L’agriculture intensive pointée du doigt

« Si nous ne changeons pas nos méthodes de production alimentaire, les insectes dans leur ensemble s’engageront sur la voie de l’extinction dans quelques décennies », écrivent les chercheurs, pour lesquels l’agriculture intensive est la cause principale du déclin des populations d’insectes, en particulier la forte utilisation des pesticides. L’urbanisation et le changement climatique sont également des facteurs importants.
Selon M. Sanchez-Bayo, la disparition des insectes semble avoir commencé à l’aube du XXsiècle, puis elle s’est accélérée dans les années 1950 et 1960 et a atteint des « proportions alarmantes » au cours des deux dernières décennies. Les nouvelles classes d’insecticides introduites au cours des vingt dernières années, y compris les néonicotinoïdes et le fipronil, ont été particulièrement dommageables car ils sont utilisés régulièrement et persistent dans l’environnement : « Ils stérilisent le sol, tuant tous les vers blancs. » Cela a des effets même dans les réserves naturelles avoisinantes : les 75 % de perte d’insectes en Allemagne ont été enregistrés dans des zones protégées.



mardi 29 janvier 2019

Explosion du trafic aérien

Un rapport sur les performances environnementales des aéronefs décrit les améliorations en matière de durabilité de l'aviation en Europe tout en pointant l'explosion du trafic aérien.
Elaboré par l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) et Eurocontrol, le deuxième rapport environnemental européen sur l'aviation souligne le paradoxe d'une aviation toujours plus ‘'verte'', mais dont les émissions vont continuer à exploser. De fait, le nombre de vols a augmenté de 8 % entre 2014 et 2017 et va s'accroître de 42 % entre 2017 et 2040 selon les prévisions. D'ici 2040, les émissions de CO2 et de NOX (oxyde nitreux) devraient respectivement grimper d'au moins 21 % et 16 %. En 2016, l'aviation était responsable de 3,6 % des émissions totales de gaz à effet de serre de l'Union européenne des vingt-huit et de 13,4 % des émissions du secteur des transports.
Face à ces constats, la Commission européenne estime que ‘'la contribution du secteur aérien à la lutte contre le changement climatique nécessitera son engagement total en faveur d'investissements dans des solutions de décarbonation de l'aviation, en vue d'atteindre l'objectif de l'UE de parvenir à zéro émission nette d'ici à 2050'', souligne un communiqué publié le 24 janvier.
Les améliorations technologiques et le renouvellement de la flotte ont pu partiellement contrebalancer l'impact de la croissance récente, mais le bruit et les émissions ont tout de même augmenté depuis 2014. Le nombre d'aéroports majeurs qui traitent plus de 50.000 mouvements d'aéronefs par an devrait passer de 82 en 2017 à 110 en 2040 et, par conséquent, le bruit des avions pourrait affecter plus d'Européens.
Cependant l'efficacité environnementale de l'aviation continue de s'améliorer et d'ici 2040, d'autres améliorations en termes de consommation moyenne de carburant par passager-kilomètre parcouru (-12 %) et d'énergie sonore par vol (-24 %) sont à prévoir, selon le rapport.
Réduire le bruit
Premier train de mesures, la mise en œuvre d'innovations de conception des aéronefs afin d'en réduire le bruit, auquel sont exposés des millions d'Européens. Les données de certification récentes démontrent que les technologies de pointe continuent d'être intégrées dans les nouvelles conceptions. La nouvelle norme de bruit des aéronefs est entrée en vigueur le 1er janvier 2018 et les prochaines normes relatives aux émissions de CO2 et aux moteurs des avions seront appliquées dès le 1er janvier 2020.
Le niveau sonore moyen de la catégorie des avions à deux allées de la flotte européenne a considérablement diminué depuis 2008 en raison de l'introduction de l'Airbus A 350 et du Boeing 787, souligne le rapport.
En 2017, 9,6 millions de vols ont eu lieu à destination ou en provenance des aéroports des vingt-huit pays de l'Union européenne en 2017 et leur nombre devrait augmenter de 42 % entre 2017 et 2040. L'initiative Ciel unique européen a introduit des instruments réglementaires pour aider à relever les défis environnementaux associés à cette croissance. Par exemple, les opérations de descente continue des aéronefs ont le potentiel de réduire à la fois le bruit et le CO2, en particulier dans la zone centrale européenne. De nouveaux processus de vérification et de collecte des certificats de bruit des avions sont mis en place par l'AESA afin de soutenir une approche harmonisée.
Des carburants ‘'durables''
Autre priorité, l'utilisation des carburants aviation durables. Le recours à ces carburants est actuellement minimal et devrait rester limité à court terme. Selon le rapport, les carburants d'aviation durables pourraient apporter une contribution importante à l'atténuation des impacts actuels et futurs de l'aviation sur l'environnement.
Six filières de production des carburants d'aviation à base de biocarburants ont été certifiées et plusieurs autres sont en cours d'approbation. L'Union européenne a le potentiel d'augmenter sa capacité de production de carburant d'avions biosourcé, mais l'utilisation par les compagnies aériennes reste minime en raison de plusieurs facteurs, notamment le coût par rapport au carburant d'aviation conventionnel et la faible priorité accordée à la plupart des politiques bioénergétiques nationales.
Anticiper les effets du climat sur le trafic aérien
En 2016, un accord a été conclu au sein de l'Organisation de l'aviation civile internationale en vue de la mise en place d'un système de compensation et de réduction des émissions de carbone pour le transport international. Depuis novembre 2018, 76 États se sont portés volontaires pour compenser leurs émissions à partir de 2021.
Les effets du changement climatique pourront affecter l'aviation. Des températures moyennes et extrêmes plus élevées auront une incidence sur les performances générales des avions. Ceci est dû au fait que, lorsque la température de l'air augmente, sa densité diminue et que la portance est réduite. Plusieurs aéroports dans le monde prévoient déjà des départs à des heures plus fraîches de la journée pour les avions les plus lourds, afin de prendre en compte les températures plus élevées.



lundi 28 janvier 2019

Le krill antarctique fuit le réchauffement climatique

En examinant les données de captures du crustacé emblématique de l’Antarctique, une équipe anglaise vient de prouver que les populations de krills s’amenuisent et se réfugient dans les eaux plus froides proches du continent.

BIOMASSE. Le krill ne va pas bien, et on peut craindre des conséquences en chaîne pour les équilibres écologiques de l'Antarctique. Une équipe de chercheurs du laboratoire marin de Plymouth (Royaume-Uni) vient de publier des résultats alarmants dans Nature climate change : la principale nourriture des baleines à fanons (rorquals et baleines franches) est descendue plus au sud et se concentre désormais autour de la péninsule antarctique. L'étude ne fait pas d'évaluation de la biomasse d'Euphosia superba, la plus importante au monde pour le règne animal (autour de 600 millions de tonnes), mais elle rapporte des changements inquiétants sur la structure même de cette population.
Si les chercheurs se sont focalisés sur la mer de Scotia (située à l’est de la pointe de Patagonie et de la péninsule antarctique), c’est parce que c’est dans cette zone que l’on retrouve le plus de krills, et ce depuis le début des relevés en 1926. Grâce à une banque de données spécialement construite pour l’observation de cette espèce, les biologistes disposent d’une série de 90 ans de relevés de captures par la pêche industrielle et de résultats de prélèvements scientifiques sur le renouvellement annuel de cette petite crevette. C’est ainsi qu’ils ont pu déterminer un déplacement de 440 kilomètres des bancs de crustacés, soit 4 degrés de latitudes au cours des 40 dernières années. L’espèce a délaissé les abords des îles de Géorgie du Sud pour les eaux proches du continent antarctique.

Tout indique que le krill a du mal à se reproduire

GÉNÉRATIONS. Un autre phénomène a intrigué les chercheurs. Les spécimens capturés aujourd’hui sont en moyenne 6 millimètres plus longs que ceux des années 1970 et leur masse corporelle est 75% plus importante. L’explication avancée est plutôt inquiétante. “Nos données sur l’abondance et la structure de la population révèlent les difficultés d’une espèce à renouveler ses générations et à se maintenir en nombre dans les franges nord de son aire de répartition”, explique Angus Atkinson, principal auteur de l’étude. Le réchauffement des eaux provoque toute une série de phénomènes qui se conjuguent pour rendre plus difficile la reproduction de l’espèce. Les chercheurs citent le renforcement des vents, une météo plus chaude et un recul de la glace. En conséquence, les conditions négatives que rencontre le krill lors des années où le courant circumpolaire antarctique provoque des tempêtes et une météo plus chaude et nuageuse se pérennisent. Les conditions plus favorables à la reproduction ne se répètent plus lors du printemps austral. Les jeunes larves dépérissent et les générations ne se renouvellent plus. C’est pour cela que les chercheurs ont constaté une surreprésentation de crustacés plus gros et plus matures.
Ce changement d’aire de répartition affecte à la fois la chaîne alimentaire et le cycle biochimique de l’océan. Car l’espèce n’est pas seulement essentielle à l’alimentation des espèces marines. Elle fixe également le carbone et le fer présent dans les océans. La diminution de sa population pourrait ainsi provoquer des effets en cascade imprévus.

 

mardi 15 janvier 2019

Le réchauffement des océans revu à la hausse

Une nouvelle étude parue dans « Science » révise les températures de référence, trop basses, et permet de confirmer les modèles climatiques.
Etudier le réchauffement océanique, c’est être aux premières loges des changements planétaires à l’œuvre. Les vastes étendues d’eau salée régulent la machine climatique en absorbant plus de 90 % de l’énergie attribuable au réchauffement planétaire. Or une étude publiée vendredi 11 janvier dans la revue Science a largement revu à la hausse l’évolution de leur température entre 1971 et 2010.
L’équipe internationale, menée par le chinois Lijing Cheng, s’est appuyée sur quatre études publiées entre 2008 et 2018 pour actualiser les séries temporelles des températures de l’océan. Elles mesurent la chaleur accumulée par ce dernier, nommé « contenu thermique de l’océan » (OHC pour « ocean heat content »).
Leurs résultats suggèrent que les chiffres utilisés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) étaient bien inférieurs à la réalité. Entre 1971 et 2010, l’OHC aurait ainsi grimpé annuellement de 0.36 à 0.39 watts par mètre carré (w/m²). Soit presque deux fois plus que les chiffres retenus par le cinquième rapport du GIEC datant de 2013, qui situait cette hausse annuelle entre 0,2 et 0,32 w/m² sur la même période.
Les scientifiques apportent ainsi de nouveaux arguments face à la théorie d’une « pause » dans le réchauffement climatique, comme le rappelle Damien Desbruyères, chercheur à l’Ifremer :
« Entre 2000 et 2009, la température de surface de l’océan, mesurée par satellites, est restée stable : tout le monde s’est alors dit que le réchauffement climatique se ralentissait. En réalité, le mécanisme probablement responsable de cette pause, c’est que la variabilité naturelle des grands courants marins modifie la redistribution de la chaleur entre la surface et les grandes profondeurs. »
Loin du décrochage annoncé par certains, l’étude note même une accélération de la température océanique pour la période récente, estimée entre 0.55 et 0.68 w/m² après 1991. « L’augmentation établie et continue de l’OHC indique que la planète est de toute évidence en train de se réchauffer », concluent les scientifiques.
Lire aussi Climat : cinq applications pour vous aider à agir
A défaut d’être réjouissants, ces résultats sont en adéquation avec les algorithmes utilisés par le GIEC pour modéliser le climat dans son ensemble. « Nous savons maintenant que les modèles mis en œuvre par le GIEC sont plus performants que nous le pensions », constate ainsi John P. Abraham, chercheur à l’université de Saint-Thomas aux Etats-Unis et coauteur de l’étude.

Un obstacle : l’immensité du terrain d’étude

Dans le cas du scénario le plus proche du respect de l’accord de Paris, les scientifiques projettent désormais une hausse de 1 037 zettajoules (1 021 joules) de l’OHC d’ici la fin du siècle. Les prévisions doubleraient pour un scénario sans diminution importante des émissions de gaz à effet de serre, portant ce chiffre à 2 020 zettajoules. A titre de comparaison, c’est l’équivalent de 4 000 fois la consommation annuelle énergétique de l’humanité, qui est d’environ 0,5 zettajoules.
L’immensité du terrain d’étude constitue pour les scientifiques le principal obstacle à une meilleure compréhension des températures océaniques. L’océan couvre en effet 71 % de la surface du globe et atteint par endroits 11 000 mètres de profondeur. Sa température est loin d’être uniforme.
Entre 1940 et 2000, les chercheurs utilisaient des sondes bathythermographes (XBT en anglais), sorte de thermomètre muni d’un nez en plomb. Lancées depuis la surface, elles filaient au fond de la mer en transmettant leurs mesures. S’ils possédaient l’avantage de pouvoir être utilisés sans nécessiter l’arrêt du bateau, ces instruments à usage unique se heurtaient à l’impossibilité de couvrir l’ensemble de l’océan.
« Les nouvelles corrections des biais imputés aux XBT, tout comme la réduction de l’impact du sous-échantillonnage de certaines parties de l’océan, nous suggèrent de revoir à la hausse les estimations du réchauffement océanique » constate Damien Desbruyères.

Mémoire des épisodes climatiques

Pour pallier ces limites, la communauté scientifique peut compter depuis les années 2000 sur les mesures du programme international Argo, un réseau de 3 900 flotteurs dérivant aux quatre coins du globe à 1 000 mètres de profondeur et programmés pour effectuer des plongées jusqu’à 2000 mètres. S’il permet d’augmenter la résolution spatiale et temporelle des données collectées, le programme ne résout pas une inconnue majeure : l’absorption de l’excédent de chaleur par les abysses.
De récentes recherches ont pourtant démontré que les profondeurs de l’océan conservaient une forme de mémoire des épisodes climatiques sur de longues périodes. « Argo ne mesure finalement que la moitié du volume total de l’océan. Il y a encore de grosses incertitudes sur la contribution de l’océan profond », explique Damien Desbruyères. « Pour avoir une image plus complète, nous avons besoin de capteurs qui puissent aller au-delà de 2 000 mètres », souligne également John P. Abraham. Ce sera tout l’enjeu de la flotte « Deep Argo » en cours de déploiement, et dont les sondes pourront atteindre les fonds marins.
La modification de la température de l’océan n’est pas qu’un indicateur du dérèglement climatique. Outre ses effets sur la biodiversité, son réchauffement provoque sa dilatation et donc l’élévation du niveau de la mer, renforcée par la fonte de la banquise et de la glace terrestre (glaciers, inlandsis). Il pourrait également modifier les grands courants océaniques et la circulation de l’eau, des mécanismes qui intéressent particulièrement les scientifiques, comme l’explique Damien Desbruyères.
« La circulation thermohaline, ou circulation permanente à grande échelle de l’eau des océans, c’est comme un grand tapis roulant qui évolue lentement dans le temps. Le réchauffement de surface et la fonte des glaces, en rendant les eaux plus légères, pourraient inhiber la formation des eaux profondes aux hautes latitudes, un maillon essentiel de cette circulation et la principale source de renouvellement de l’océan profond et abyssal. »
Signe de cet intérêt, le prochain document du GIEC, qui sera rendu public en septembre 2019, portera sur les incidences des changements climatiques sur les océans et la cryosphère.








dimanche 23 décembre 2018

Dans la balance du vivant, les hommes ne pèsent pas bien lourd

Trois chercheurs israéliens et américains ont estimé en juin la masse totale des êtres vivants sur la Terre. Et les humains y tiennent une place ridiculement insignifiante.
Combien pèsent tous les êtres vivants sur Terre ? C’est à cette question que trois chercheurs ont tenté de répondre le plus précisément possible dans une étude publiée en juin dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Selon eux, la masse totale de la vie sur notre planète – ce que l’on appelle la biomasse – est égale à 550 milliards de tonnes de carbone (mesurer seulement la masse de carbone, l’élément le plus abondant dans la chimie de la vie sur Terre, permet d’exclure la masse d’eau, qui peut varier fortement d’un individu à l’autre).
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’écrasante majorité de la masse du vivant vient du règne végétal. Les végétaux (au sens large) représentent 82 % de la masse totale avec 450 milliards de tonnes de carbone (Gt C). Suit une seconde surprise pour qui s’avancerait à mettre le règne animal en seconde position : les bactéries représentent le deuxième taxon (groupe d’organismes) le plus massif : pas moins de 70 Gt C sont dénombrées dans l’étude. Les champignons complètent le podium (eh oui !) avec une masse estimée à 12 Gt C. Suivent ensuite les archées et les protistes (des micro-organismes) avec des masses estimées respectivement à 7 et 4 Gt C. Les animaux ? Seulement 2 Gt C. Bien loin d’être les plus massifs, les humains ne représentent que 60 millions de tonnes de carbone, soit environ 1 166 fois moins que… les bactéries.
Le graphique ci-dessous représente la répartition de la biomasse par grandes familles d’êtres vivants.
En masse, les plantes dominent le monde
Masse de la biosphère présente sur Terre, classée par familles d'êtres vivants (taxons), exprimée en milliards de tonnes de carbone (Gt C).
 
Si la vie sur terre est née dans les eaux, elle a depuis très largement migré sur les terres émergées de la planète, puisque celles-ci concentrent 86 % de la masse du vivant. Les milieux souterrains contiennent, eux, presque douze fois plus de biomasse que les milieux marins, qui n’abritent qu’un pourcent de la biomasse totale.

L'immense majorité de la vie terrestre se trouve sur les terres émergées

Répartition de la biomasse terrestre selon son type d'environnement.
Si l’on s’intéresse aux taxons que l’on connaît le mieux, les règnes végétaux et animaux, on constate que les premiers sont quasi exclusivement terrestres, alors que les seconds sont très majoritairement marins. Ceci tient notamment au fait que les poissons sont beaucoup plus nombreux que les animaux terrestres, notamment les mammifères.

Les plantes sont largement terrestres, mais les animaux majoritairement marins

 

La dramatique signature des humains

Les auteurs notent que la masse des humains et du bétail (1,6 Gt C) surpasse très largement celle de tous les mammifères sauvages de la planète (0,007 Gt C), signe de l’emprise des activités humaines sur la biomasse et des conséquences gigantesques qui ont suivi la naissance de l’agriculture, la domestication des animaux et la révolution industrielle pour la planète.


Les humains ont également largement contribué à l’extinction de la mégafaune au quaternaire depuis 50 000 ans : la masse des mammifères sauvages terrestres avant cette période a été estimée à 0,02 Gt C, alors qu’elle est à présent de 0,003 Gt C, soit une division par presque sept. Les activités humaines ont également réduit de 0,1 Gt C la biomasse des poissons, soit à peu près autant que la taille des populations restantes aujourd’hui dans les mers et océans de la planète. L’impact de la civilisation humaine se mesure aussi nettement dans la biomasse végétale : il est estimé que la masse de la flore planétaire a été divisée par deux par rapport à son niveau précivilisationnel. Les mêmes tendances qui étaient hier à l’œuvre se poursuivent plus que jamais aujourd’hui, puisque le rythme d’extinction des animaux a été multiplié par cent depuis 1900.

Le recensement des trois chercheurs n’est pas parfait, ceux-ci font état de larges incertitudes quant à certains taxons. L’estimation de la masse de plantes est considérée comme solide, mais celles des autres, et notamment des archées, des animaux ou des virus, est soumise à des marges d’erreurs importantes. Mais ces travaux, qui sont les plus précis à ce jour, permettent de mieux comprendre la composition de la biosphère, et notamment la façon dont une espèce minoritaire, la nôtre, parvient à bousculer massivement les plus grands règnes vivants de la planète.

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