mardi 10 août 2021

Climat: la demande d'électricité croît plus vite que les renouvelables, alerte l'AIE (Agence internationale de l'énergie)

 

La demande mondiale d'électricité croît plus vite que le déploiement des énergies renouvelables, amplifiant le recours aux énergies fossiles et d'abord au charbon, premières sources du réchauffement planétaire, alerte jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Avec la reprise économique, la demande d'électricité devrait croître de 5% en 2021, une hausse dont près de la moitié sera comblée par des combustibles fossiles, du gaz mais surtout du charbon, de quoi "porter les émissions de CO2 du secteur électrique à des niveaux record en 2022", pointe le rapport semestriel sur le marché électrique.

L'Asie - surtout la Chine et l'Inde - tire l'essentiel de la demande de courant, qui devrait repartir de 5% cette année et 4% l'an prochain, après avoir reculé de 1% en 2020 du fait de la pandémie.

La part d'origine renouvelable (barrages, éolien, solaire...) devrait croître fortement, de quelque 8% en 2021 et 6% en 2022, estime l'AIE sur la base des grandes tendances économiques et des mesures nationales connues.

Mais les renouvelables ne devraient couvrir qu'une moitié de la demande supplémentaire annoncée. Quelque 45% sera couverte par des énergies fossiles (40% en 2022), le reste par de l'énergie nucléaire.

Conséquence: les émissions de CO2 du secteur électrique, après avoir décru ces deux dernières années, devraient augmenter de 3,5% en 2021 et 2,5% en 2022, pour aboutir à un niveau record.

"L'électricité d'origine renouvelable croît de façon impressionnante en de nombreux endroits du monde, mais pas assez encore pour nous placer sur la voie du zéro émission net au milieu du siècle", constate Keisuke Sadamori, directeur Marchés et sécurité énergétique au sein de l'AIE. "Pour passer sur une trajectoire durable, nous devons relever massivement les investissements dans les technologies propres, en particulier les renouvelables et l'efficacité énergétique".

Si le monde veut atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, il doit commencer par réduire ses émissions dans le secteur électrique, le plus simple à décarboner. Pour l'AIE, cela signifie que la production issue du charbon, combustible le plus réchauffant de tous, doit baisser de plus de 6% par an en 2020-25; or à ce stade elle devrait croître de 5% cette année et de 3% en 2022, estime l'Agence.

Expertise collective Inserm. Pesticides et effets sur la santé : nouvelles données

 Résumé 

 Les pesticides regroupent l’ensemble des produits utilisés pour lutter contre les espèces végétales indésirables et les organismes jugés nuisibles. Qu’il s’agisse de pesticides autorisés aujourd’hui ou utilisés par le passé (dont certains sont rémanents), ils suscitent des inquiétudes concernant leurs effets possibles sur la santé humaine et plus largement sur l’environnement. Afin de mieux apprécier leurs effets sanitaires, l’Inserm a été saisi en 2018 par cinq directions générales ministérielles en vue d’actualiser l’expertise collective intitulée « Pesticides : Effets sur la santé » publiée en 2013. L’expertise collective de 2021 dresse un bilan des connaissances dans le domaine au travers d’une analyse critique de la littérature scientifique internationale publiée depuis 2013. Plus de 5 300 documents ont été rassemblés et analysés par un groupe d‘experts multidisciplinaire. L’expertise commence par une analyse sociologique de la montée des préoccupations concernant les pesticides et une présentation des connaissances sur l’exposition aux pesticides de la population française, puis elle aborde une vingtaine de pathologies dont les troubles du développement neuropsychologique et moteur de l’enfant, les troubles cognitifs et anxio-dépressifs de l’adulte, les maladies neurodégénératives, les cancers de l’enfant et de l’adulte, l’endométriose, et les pathologies respiratoires ainsi que thyroïdiennes. Une dernière partie est consacrée à des pesticides ou familles de pesticides particuliers : le chlordécone, le glyphosate et les fongicides inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHi). La présomption d’un lien entre l’exposition aux pesticides et la survenue d'une pathologie est appréciée à partir des résultats des études épidémiologiques évaluées et est qualifiée de forte, moyenne ou faible. Ces résultats sont mis en perspective avec ceux des études toxicologiques pour évaluer la plausibilité biologique des liens observés. 

 Exposition en milieu professionnel  

En considérant les études sur des populations qui manipulent ou sont en contact avec des pesticides régulièrement, et qui sont a priori les plus exposées, l’expertise confirme la présomption forte d’un lien entre l’exposition aux pesticides et six pathologies : lymphomes non hodgkiniens (LNH), myélome multiple, cancer de la prostate, maladie de Parkinson, troubles cognitifs, bronchopneumopathie chronique obstructive et bronchite chronique. Pour les LNH, il a été possible de préciser des liens (présomption forte) avec des substances actives (malathion, diazinon, lindane, DDT) et avec une famille chimique de pesticides (organophosphorés), et pour la maladie de Parkinson et les troubles cognitifs avec les insecticides organochlorés et les organophosphorés, respectivement. Il s’agit essentiellement de pesticides pour lesquels les études se sont appuyées sur des biomarqueurs permettant de quantifier l’exposition. Les études toxicologiques confirment que les mécanismes d’action de ces substances actives et familles de pesticides sont susceptibles de conduire aux effets sanitaires mis en évidence par les études épidémiologiques. Des liens ont été identifiés pour d’autres pathologies ou événements de santé avec une présomption moyenne. C’est le cas notamment pour la maladie d’Alzheimer, les troubles anxio-dépressifs, certains cancers (leucémies, système nerveux central, vessie, rein, sarcomes des tissus mous), l’asthme et les sifflements respiratoires, et les pathologies thyroïdiennes.

Exposition pendant la grossesse ou l'enfance  

Les études épidémiologiques sur les cancers de l’enfant permettent de conclure à une présomption fortede lien entre l’exposition aux pesticides de la mère pendant la grossesse (exposition professionnelle ou par utilisation domestique) ou chez l’enfant et le risque de certains cancers, en particulier les leucémies et les tumeurs du système nerveux central. Les études de cohortes mères-enfants ont permis de caractériser les liens entre l’exposition professionnelle ou environnementale (c’est-à-dire en population générale) des mères pendant la grossesse et les troubles du développement neuropsychologique et moteur de l’enfant. Il est difficile de pointer des substances actives en particulier, mais certaines familles chimiques de pesticides sont impliquées, avec un niveau de présomption fort, notamment les insecticides organophosphorés et les pyréthrinoïdes dont l’usage a augmenté en substitution aux insecticides organophosphorés. Le lien entre les organophosphorés et l’altération des capacités motrices, cognitives et des fonctions sensorielles de l’enfant est confirmé et les nouvelles études sur les pyréthrinoïdes mettent en évidence un lien entre l’exposition pendant la grossesse et l’augmentation des troubles du comportement de type internalisé tels que l’anxiété chez les enfants. Les données expérimentales sur des rongeurs suggèrent une hyperperméabilité de la barrière hémato-encéphalique aux pyréthrinoïdes aux stades les plus précoces du développement, confortant la plausibilité biologique de ce lien. De plus, comme le montrent les études récentes d’expologie, ces insecticides, qui ont été à la fois utilisés en agriculture mais également dans les sphères domestiques, induisent une contamination fréquente des environnements intérieurs.  

Exposition des riverains des zones agricoles 

 Les populations riveraines des zones agricoles peuvent être concernées par la dérive des produits épandus sur les cultures. En effet, des études suggèrent une influence de la proximité aux zones agricoles sur la contamination par les pesticides du lieu de vie, variable selon les substances, leur mode d’application et la manière d’estimer l’exposition. Des études écologiques ou cas-témoins avec géolocalisation reposant sur la caractérisation de l’activité agricole au voisinage des adresses de résidences suggèrent un lien entre l’exposition des riverains des terres agricoles et la maladie de Parkinson, et également entre la proximité résidentielle à des zones d’épandages de pesticides (rayon <1,5 km) et le comportement évocateur des troubles du spectre autistique chez l’enfant. Cependant, ces études présentent des limites importantes liées à l’évaluation fine de l’exposition ou à l’absence de données individuelles, ce qui rend le niveau de présomption faible.  

Focus sur le chlordécone, le glyphosate et les inhibiteurs de la succinate déshydrogénase 

 Le chlordécone, insecticide utilisé aux Antilles françaises dans le passé, persiste de nos jours dans les milieux naturels insulaires. La consommation des denrées alimentaires contaminées a entraîné une contamination de l’ensemble de la population. La présomption forte d’un lien entre l’exposition au chlordécone de la population générale et le risque de survenue de cancer de la prostate a été confirmée. En considérant l’ensemble des données épidémiologiques et toxicologiques disponibles, la causalité de la relation est jugée vraisemblable. 

Concernant l’herbicide glyphosate, l’expertise a conclu à l’existence d’un risque accru de LNH avec une présomption moyenne de lien. D’autres sur-risques sont évoqués pour le myélome multiple et les leucémies, mais les résultats sont moins solides (présomption faible). Une analyse des études toxicologiques montre que les essais de mutagénicité sur le glyphosate sont plutôt négatifs, alors que les essais de génotoxicité sont plutôt positifs, ce qui est cohérent avec l'induction d'un stress oxydant. Les études de cancérogenèse expérimentale chez les rongeurs montrent des excès de cas, mais ne sont pas convergentes. Elles observent des tumeurs différentes, pour les mâles ou les femelles, qui ne se produisent qu’à des doses très élevées et uniquement sur certaines lignées. D’autres mécanismes de toxicité (effets intergénérationnels, perturbation du microbiote...) sont évoqués qu’il serait intéressant de considérer dans les procédures d’évaluation réglementaire.  

Pour les fongicides SDHi, qui perturbent le fonctionnement mitochondrial par l’inhibition de l’activité SDH, un complexe enzymatique impliqué dans la respiration cellulaire et le cycle de Krebs, il n’existe à ce jour pratiquement aucune donnée épidémiologique portant sur les effets possibles de ces substances sur la santé des agriculteurs ou de la population générale. Les études toxicologiques ou mécanistiques montrent que certains SDHi pourraient être considérés comme des perturbateurs endocriniens au moins chez les modèles animaux utilisés (poissons). Alors que les SDHi ne présentent aucune génotoxicité, certains montrent des effets cancérogènes chez les rongeurs mais ce résultat est discuté sur la base d’un mécanisme de cancérogenèse non extrapolable aux humains. Des recherches sont nécessaires pour améliorer l'évaluation du potentiel cancérogène des SDHi, et plus généralement des composés non génotoxiques, et pour combler les lacunes dans les données humaines par le renforcement de la biosurveillance et l’exploitation des cohortes existantes.  

En conclusion, l’expertise souligne l'importance de réévaluer périodiquement les connaissances dans ce domaine. La confirmation et la mise en évidence de présomptions fortes de liens entre certaines pathologies et l’exposition aux pesticides doivent orienter les actions publiques vers une meilleure protection des populations. Ces questions relatives aux liens entre une exposition aux pesticides et la survenue de certaines pathologies s’inscrivent dans une complexité croissante, la littérature faisant apparaître une préoccupation concernant les effets indirects de certains pesticides sur la santé humaine par le biais des effets sur les écosystèmes. L’interdépendance en jeu mériterait d’être davantage étudiée et intégrée, au même titre que les aspects sociaux et économiques afin d’éclairer les prises de décisions lors de l’élaboration des politiques publiques.

vendredi 25 juin 2021

Les eaux de la Méditerranée se réchauffent 20 % plus vite que la moyenne mondiale

Conséquence de ce dérèglement, ses eaux attirent de nombreuses espèces et essences non endémiques qui provoquent des pertes catastrophiques de biodiversité.  

La Méditerranée vit des poussées de fièvre qui provoquent chez elle des symptômes inédits. Il arrive désormais à la Grande Bleue de se couvrir de nappes de « morve de mer » causées par des efflorescences de phytoplancton qui barbouillent de beige la surface de l’eau, quand elle ne se métamorphose pas en soupe de méduses au fur et à mesure que celles-ci prolifèrent lors d’épisodes plus longs et plus fréquents. Ainsi, en Tunisie, dans le golfe de Gabès, les pêcheurs se plaignent d’en rapporter davantage que de poissons dans leurs filets…

Ce n’est qu’un des bouleversements que subit la Méditerranée, frappée de plein fouet par le changement climatique et soumise aux pressions des populations massées sur son littoral. Elle n’est pas encore tropicale, « mais elle est en voie de le devenir dans sa partie orientale », souligne le WWF dans une revue de littérature scientifique qu’il lui a consacrée, le 8 juin. Car ses eaux se réchauffent 20 % plus vite que la moyenne mondiale.

La Méditerranée serait-elle de surcroît devenue la mer qui attire le plus de faune et de flore non endémiques autour du globe, au détriment des espèces endémiques ? Le rapport déplore en particulier un taux de mortalité de 80 % , voire 100 %, des grandes nacres (Pinna nobilis) au cours des années 2010 dans plusieurs sites, notamment en Espagne, en Italie, en Corse. Un pathogène apporté par des courants marins serait en grande partie responsable de ce carnage. 

La plupart des nouveaux venus viennent de la mer Rouge ou de l’océan Indien via le canal de Suez : 986 espèces exotiques, dont 126 poissons, auraient emprunté cette voie, qui devrait être encore plus fréquentée avec l’expansion de cette infrastructure. Leurs intrusions semblent leur réussir. Il a fallu à peine une vingtaine d’années pour que le barracuda (Sphyraena viridensis) et le mérou sombre (Epinephelus marginatus) deviennent abondants devant les côtes de Ligurie, en Italie.

Cependant, ces prédateurs font pâle figure face à un herbivore d’allure anodine de 12 à 14 centimètres de long, le poisson-lapin, dont deux espèces (Siganus rivulatus et Siganus luridus) qui nagent en grands bancs dévastent les habitats des espèces indigènes. Des études récentes ont souligné une réduction de 60 % à 65 % des algues qu’ils broutent en grandes quantités, et de divers invertébrés sur un millier de kilomètres de littoraux turcs et grecs où le poisson-lapin s’est établi.


vendredi 11 juin 2021

Eaux urbaines résiduaires : la France renvoyée devant la Cour de justice de l'Union européenne

La Commission européenne a décidé ce 9 juin de renvoyer la France devant la Cour de justice de l'Union européenne pour non-respect des exigences de la directive relative au traitement des eaux urbaines résiduaires concernant plus de 100 agglomérations.

L'instruction interministérielle de décembre dernier, qui alertait les préfets, les agences de l'eau et l'Agence française de la biodiversité sur l'urgence de mettre en conformité les systèmes d’assainissement qui ne le sont pas encore au titre de la directive Eaux urbaines résiduaires, laissait présager un risque de contentieux. Après une lettre de mise en demeure adressée aux autorités françaises en octobre 2017, suivie d'un avis motivé en mai 2020, la Commission européenne a décidé ce 9 juin de saisir la Cour de justice de l'UE d'un recours contre la France pour non-respect des exigences de cette directive qui impose aux États membres de "veiller à ce que les agglomérations (villes, métropoles, localités) collectent et traitent convenablement leurs eaux urbaines résiduaires, afin d'éliminer ou de réduire leurs effets indésirables".

Des exigences à respecter depuis... 2005

"La France aurait dû se conformer pleinement aux exigences de la directive relative au traitement des eaux urbaines résiduaires depuis 2005, souligne la Commission. Toutefois, plus de 100 agglomérations de plus de 2.000 habitants ne respectent pas lesdites exigences, car les eaux urbaines résiduaires qui entrent dans les systèmes de collecte ne sont pas soumises à un niveau de traitement approprié avant d'être rejetées ou, lorsqu'elles le sont, les eaux urbaines résiduaires traitées ne satisfont pas aux exigences de la directive."

Protection insuffisante des zones sensibles contre les nutriments : quinze agglomérations visées

Quinze de ces agglomérations ne satisfont pas non plus à d'autres exigences de la directive relatives à la protection des zones sensibles contre les nutriments, tels que l'azote et le phosphore, susceptibles de nuire aux réserves d'eau douce et au milieu marin en favorisant l'"eutrophisation", c'est-à-dire la prolifération d'algues qui étouffent les autres formes de vie, indique aussi la Commission. "Dans ces zones, les eaux urbaines résiduaires qui entrent dans les systèmes de collecte ne sont pas soumises à un traitement plus rigoureux avant d'être rejetées ou, lorsqu'elles le sont, elles n'atteignent toujours pas le niveau d'exigence requis par la directive", constate-t-elle.
Dans un passé récent, la France a déjà été rappelée à l'ordre par la CJUE pour manquement à ses obligations pour le traitement des eaux usées.  
La Commission a publié en septembre 2020 le dixième rapport concernant la mise en œuvre de la directive sur les eaux urbaines résiduaires, qui faisait état d'une amélioration globale de la collecte et du traitement des eaux résiduaires dans les villes d'Europe. Mais ce document mettait en évidence des niveaux de réussite divers selon les États membres.

vendredi 4 juin 2021

Le bilan de 30 années de comptages des oiseaux en France inquiète les spécialistes

 

Le programme de Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC) recense l’avifaune française selon un protocole répété chaque année par un réseau d’ornithologues bénévoles répartis sur tout le territoire depuis plus de 30 ans. Le rapport de synthèse qui vient d’être produit confirme que de trop nombreuses espèces ont connu un fort déclin au cours des trois dernières décennies.

Largement distribués, occupant de nombreuses niches écologiques et présentant des régimes alimentaires variés, les oiseaux sont d’excellents indicateurs de l’état de santé des écosystèmes. C’est pourquoi l’état de conservation des oiseaux est scruté de près depuis plus de trente ans. Les dizaines de millions de données collectées sur le terrain par plus de 2000 observateurs depuis 1989 sont compilées et analysées afin de mesurer l’évolution des populations des 123 espèces d’oiseaux les plus communes en France.

Le bilan 1989-2019 publié par la LPO, le Muséum national d’Histoire naturelle et l’OFB est contrasté: certes 32 espèces sont en expansion, comme le Rouge-queue à front blanc ou la Fauvette à tête noire, mais 43 régressent, telles que le Chardonneret élégant, la Tourterelle des bois ou l’Hirondelle de fenêtres. Les autres sont stables ou en trop faible effectif pour déterminer une tendance significative. L'impact du réchauffement climatique est également perceptible. Il a par exemple été démontré que les populations d'oiseaux se décalent vers le nord pour tenter de rester dans les zones où la température leur convient.

Hécatombe urbaine et agricole

Les oiseaux qui se reproduisent principalement en milieu urbain, comme les hirondelles ou le Moineau friquet, y ont trouvé une alternative à leur habitat naturel d’origine. Cette faune si familière est pourtant en fort déclin. La transformation des bâtiments et la rénovation des façades détruisent les cavités dans lesquelles nichent certaines espèces ; l’artificialisation toujours plus forte des milieux urbains diminue leurs ressources alimentaires ; la pollution due aux transports et aux activités industrielles a également un impact sur leur santé.

La situation est pire pour les oiseaux inféodés aux milieux agricoles, telles que l’Alouette des champset les perdrix, qui ont perdu près du tiers de leurs effectifs en 30 ans. Le modèle agricole intensif développé après-guerre et encouragé par la PAC est en grande partie responsable, pour avoir fait disparaître ou transformé leurs habitats et pour avoir diffusé massivement des produits chimiques, dont les pesticides qui ont bouleversé les équilibres alimentaires, décimé les insectes et abîmé durablement les sols.

Fausse bonne nouvelle

Seuls quelques oiseaux capables de s’adapter connaissent une progression démographique, comme le Pigeon ramier, le Geai des chênes ou la Mésange bleue. Hélas, ce phénomène d’accroissement des espèces dites « généralistes » au détriment des « spécialistes » révèle en fait une uniformisation de la faune sauvage, signe d’une banalisation croissante des habitats et d’une perte de biodiversité.

A l’origine de plus d’une centaine de publications scientifiques internationales, le STOC permet aussi d’orienter et d’évaluer les politiques publiques en matière de conservation de la biodiversité. Ces analyses ont par exemple confirmé l’efficacité des réserves naturelles où les populations d’oiseaux se portent mieux qu’en dehors, et démontré l’intérêt des aides financières conditionnées «scénarios verts1» qui doivent être développées dans le projet de la nouvelle Politique Agricole Commune.

Pour Allain Bougrain Dubourg « Grâce aux nouvelles technologies, les sciences participatives connaissent un véritable engouement citoyen et offrent aux chercheurs des volumes de données considérables autrefois impossibles à recueillir. Le STOC joue aussi un rôle crucial de lanceur d’alerte qui nous démontre scientifiquement l’urgence d’agir pour sauver les oiseaux et, avec eux, toute la pyramide du vivant. »

Pour Pierre Dubreuil « L’OFB contribue à de nombreux suivis d’espèces (notamment oiseaux, poissons, mammifères) et de milieux (zones humides, cours d’eau, montagne, littoral et plaines agricoles) sur le long terme. Ces séquences qui s’étendent sur plusieurs décennies sont de véritables thermomètres dont les résultats sont inquiétants, comme l’illustre le STOC. Avec l’Etat et ses partenaires, l’OFB tente d’apporter des réponses concrètes et des solutions pour agir. Il est urgent de les mettre en œuvre et chacun doit y contribuer. »

Pour Bruno David « Le Muséum s'est imposé très tôt comme un prescripteur en matière de structuration et de développement des sciences participatives et le programme STOC est l'une des plus belles illustrations de ce travail de long cours. Il vient également nourrir le dialogue science société en encourageant les citoyens à se saisir des enjeux de conservation de la biodiversité et ainsi changer le regard que chacun porte sur la nature. »

mardi 1 juin 2021

Sauvons les haies, refuge de biodiversité

 Des tribunes publiées dans Le Monde à l'initiative de la communauté scientifique et associative rappellent l'importance des haies dans le paysage agricole français. Au total, 70 % des haies en France ont disparu en 50 ans, ce qui représente plus de 700 000 km de haies arrachées.

Sans les haies, nos campagnes se meurent. Les oiseaux disparaissent, les cours d’eau s’assèchent, les sols sont de moins en moins fertiles...C'est un signal d'alarme que tirent  les communautés scientifiques et associatives face à la disparition des haies à travers  deux tribunes publiées dans le journal Le Monde, l'une "Sans les haies, nos campagnes se meurent" et l'autre "Climat et biodiversité : Les petits pas de la politique agricole commune ne suffisent plus". 

Au total, 70 % des haies en France ont disparu en 50 ans

Ce qui représente plus de 700 000 km de haies arrachées, soit l’équivalent de 1.4 aller-retour Terre-Lune ! Sylvie Monier est agronome, directrice de l’association Mission « Haies Auvergne Rhône Alpes et Françoise Burel est écologue du paysage CNRS/Université de Rennes  au laboratoire Ecobio et médaille d’argent du CNRS 2009. Elles réclament un devoir de réparation pour les haies car chaque année, plus de 11 500 kilomètres de haies disparaissent encore des paysages, alors même qu’elles constituent l’une des réponses les plus immédiates et pertinentes pour faire face à la crise. 

Planter des haies : une solution durable pour une meilleure culture et un bénéfice écologique certain

Les haies, autrement nommées « bocage » ou « arbres hors forêts », jouent de multiples rôles environnementaux. Elles jouent un rôle de brise-vent important, elles préservent les ressources en eau. Les haies implantées dans les pentes fonctionnent comme des éponges : elles ralentissent le ruissellement des pluies, facilitent l’infiltration de l’eau dans le sol et stockent l’eau, elles luttent contre l’érosion des sols. 

Sources de biodiversité

De nombreux animaux vivent dans les haies ou circulent le long de celles-ci pour se déplacer dans la nature (on parle alors de corridor biologique). Le bocage est un milieu corridor par excellence, à la fois pour des espèces forestières et pour des espèces de milieux ouverts. Ses caractéristiques, à savoir la structure des talus et des haies, la densité de son maillage et la diversité du paysage, jouent plus ou moins sur l’effet de corridor, de filtre ou de barrière. Là où le bocage est dense, la faune peut a priori se déplacer plus facilement. Et les haies contribuent à l’identité de paysages ruraux variés.

Ces poissons aux dents capables de couper le métal envahissent la Méditerranée : les pêcheurs sont désormais payés pour les capturer

Une mâchoire capable de sectionner du métal, une chair mortelle sans antidote connu, et des attaques déjà recensées sur des baigneurs : le p...