lundi 27 janvier 2020

Pesticides SDHI : 450 scientifiques appellent à appliquer le principe de précaution au plus vite

Des chercheurs appellent, dans une tribune au « Monde », à l’arrêt de l’utilisation en milieu ouvert de ces molécules qui bloquent la respiration cellulaire dans l’ensemble du vivant et déplorent un déni des données scientifiques.
Tribune. Après deux ans d’échanges sur les pesticides SDHI [pour succinate dehydrogenase inhibitor, « inhibiteurs de la succinate déshydrogénase »] avec des parlementaires de l’Assemblée nationale et du Sénat, les autorités sanitaires (l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, Anses), des parties prenantes du monde agricole conventionnel (FNSEA, UIPP) et des associations de protection de la nature (Coquelicots, Pollinis, Générations Futures), de nouvelles données scientifiques sont récemment publiées qui font suite à trois décennies de recherches et renforcent notre grande inquiétude sur l’usage de ces pesticides.
Outre les dégâts considérables des pesticides sur la biodiversité, ces données laissent prévoir le risque additionnel chez l’homme d’une catastrophe sanitaire liée à leur usage.
Les SDHI inhibent la succinate déshydrogénase, également appelée complexe II de la chaîne respiratoire des mitochondries. La chaîne respiratoire, qui comporte cinq complexes, est indispensable à la production d’énergie et donc à la survie de toute cellule.
Contrairement à leur désignation commerciale trompeuse de « fongicides », ces études montrent que les SDHI n’ont aucune spécificité, ni d’espèce (ils inhibent toutes les SDH testées, quelle qu’en soit l’origine, depuis les champignons jusqu’à l’homme), ni de complexe (les SDHI de dernière génération inhibent aussi le complexe III de la chaîne respiratoire des mitochondries).
Elles montrent aussi que les tests réglementaires sont systématiquement effectués dans des conditions qui masquent la toxicité cellulaire des SDHI, et sont donc largement inadaptés. 

mardi 21 janvier 2020

Pesticides : un nouvel outil pour connaître les ventes par département

Faciliter l'accès des citoyens aux données et assurer davantage de transparence sur l'évolution de l'utilisation des produits phytosanitaires en France. Tel est l'objectif affiché par le ministère de la Transition écologique et l'Office français de la biodiversité (OFB) à travers la mise en ligne de l'outil Dataviz.
Cet outil permet de visualiser l'évolution des ventes de pesticides par département sur la période 2008-2018. Figurent dans le peloton de tête la Haute-Corse avec + 13,2 % par an, le Gard avec + 12,1 %, les Hautes-Alpes avec + 10,7 % et le Tarn-et-Garonne avec + 10 %. Le 7 janvier dernier, le Gouvernement avait révélé que les ventes de pesticides avaient augmenté de 21 % en 2018 par rapport à l'année précédente.
Dataviz permet aussi, sur la période 2015-2018, de connaître les cinq principales substances achetées par département et la répartition des pesticides par fonction : herbicides, fongicides et bactéricides, insecticides et acaricides, autres produits. L'outil renseigne également sur les quantités de substances achetées par département rapportées à la surface agricole utile. Le palmarès est le suivant : Hauts-de-Seine (484,59 kg/ha), Gironde (4,73 kg/ha), Seine-Saint-Denis (3,83 kg/ha), Val-de-Marne (3,74 kg/ha), Vaucluse (3,62 kg/ha), Val-d'Oise (3,46 kg/ha), Gard (3,19 kg/ha).


Ces données sont issues de la banque nationale des ventes des distributeurs (BNV-D) créée en 2019 et alimentée par les déclarations de ventes de pesticides transmises par les distributeurs aux agences de l'eau en vue de calculer la redevance pour pollution diffuse. L'association Générations futures avait utilisé ces données pour publier une carte des ventes du glyphosate en novembre 2018.

lundi 20 janvier 2020

Deux cadavres de dauphins au Trocadéro, l’action choc de Sea Shepherd

L'association de défense des animaux a exposé deux dépouilles de dauphins à Paris, devant la Tour Eiffel, afin de dénoncer les échouages de cétacés.

Sea Shepherd poursuit sa campagne choc. L’association de protection des écosystèmes marins et de la biodiversité a exposé mardi au Trocadéro deux dauphins morts, pour éveiller les consciences. «Paris !! Ici aussi on tue les dauphins. Du coup nous les avons amené devant la Tour Eiffel. Nous avons trouvé ces deux là hier sur une plage de Vendée. Tués pour pêcher du poisson vendu, entre autre à Paris», écrit le collectif, sur Facebook.
Depuis plusieurs mois, Sea Shepherd tente de mettre les projecteurs sur les captures de dauphins. «Le problème dure depuis 30 ans, mais il y avait une forme d'omerta», dénonce à l’AFP Lamya Essemlali de Sea Shepherd France. L'observatoire Pelagis, qui documente les pics d'échouage de cétacés, a relevé une aggravation de la situation depuis 2016. - 1.200 cétacés échoués - .
L'association de défense des animaux a exposé deux dépouilles de dauphins à Paris, devant la Tour Eiffel, afin de dénoncer les échouages de cétacés.
Sea Shepherd poursuit sa campagne choc. L’association de protection des écosystèmes marins et de la biodiversité a exposé mardi au Trocadéro deux dauphins morts, pour éveiller les consciences. «Paris !! Ici aussi on tue les dauphins. Du coup nous les avons amené devant la Tour Eiffel. Nous avons trouvé ces deux là hier sur une plage de Vendée. Tués pour pêcher du poisson vendu, entre autre à Paris», écrit le collectif, sur Facebook.
Depuis plusieurs mois, Sea Shepherd tente de mettre les projecteurs sur les captures de dauphins. «Le problème dure depuis 30 ans, mais il y avait une forme d'omerta», dénonce à l’AFP Lamya Essemlali de Sea Shepherd France. L'observatoire Pelagis, qui documente les pics d'échouage de cétacés, a relevé une aggravation de la situation depuis 2016. - 1.200 cétacés échoués - .
"2019 a été l'année de tous les records", avec 1.200 échouages de petits cétacés entre janvier et avril, période la plus mortifère, dont 880 dauphins communs, annonce la biologiste Hélène Peltier. Au total 11.300 dauphins communs seraient morts, car la majorité des cadavres coule ou est emportée au large.
80% des dauphins autopsiés par Pelagis portent des traces de collision avec des engins de pêche: coupures, dents cassés, rostre abîmé, asphyxie. "Les pêcheurs vont dans les zones où il y a du poisson, les dauphins aussi", explique Yves Le Gall, responsable service acoustique à l'Ifremer.
Le nombre de dauphins communs est estimé à 200.000 dans le golfe de Gascogne. Pour les scientifiques, si plus de 1,7% de la population meurt à cause des activités humaines, elle est en danger. "On est largement au-delà", constate Hélène Peltier, soulignant que "les animaux tués accidentellement sont en pleine santé".
Au cours des années 2000, des dispositifs acoustiques pour éloigner les dauphins, appelés "pinger", ont été testés, puis plus grand-chose. Ils réduisent pourtant les captures.
Avec les échouages depuis 2016, "une véritable dynamique s'est mise en place, des actions concrètes" associant les pêcheurs, dit Thomas Rimaud, des Pêcheurs de Bretagne. "Ça n'amuse pas les pêcheurs de capturer des dauphins", renchérit Hubert Carré, directeur général du Comité national des pêches maritimes (CNPMEM).
Depuis janvier 2019, les pêcheurs français doivent déclarer les prises accidentelles de mammifères marins, mais la législation peine à s'appliquer.
La pêche au chalut pélagique a été interdite au large de l'île de Ré, sur le plateau de Rochebonne, une zone naturelle sensible.


mardi 7 janvier 2020

Risque technologique : l'accident Lubrizol révèle les carences des systèmes d'alerte

L'écart est béant entre des sirènes datant des années 1930 et les possibilités actuelles d'alerte sur portables en cas d'accident industriel. Ces carences sont pointées par l'association de collectivités Amaris et admises par le préfet de Normandie.

« Lors de l'accident AZF en 2001, les riverains faisaient part de leur sentiment de mauvaise information, c'est exactement la même chose avec Lubrizol aujourd'hui », déplore Yves Blein, président de l'Association nationale des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs (Amaris). Le député LReM du Rhône pointe les carences des moyens d'alerte des populations mais aussi la mauvaise association des collectivités locales par les services de l'État.
Ce constat est presque partagé par le préfet de Normandie, en charge de la gestion de l'accident Lubrizol. Lors de son audition le 30 octobre par la mission d'information de l'Assemblée, Pierre-André Dumas a reconnu que ces deux points étaient perfectibles même s'il estime que « la crise a été bien gérée malgré une ampleur extrême ». Le même jour, lors de sa visite sur le site de la catastrophe industrielle, le Président de la République a reconnu « beaucoup de suggestions de bon sens de la part de nos concitoyens : informer plus simplement et rapidement, perfectionner nos systèmes d'alerte », même s'il a réfuté toute défaillance des services de l'État.
Un outil issu de la défense passive des années 1930
Même si le préfet a décidé de ne pas déclencher les sirènes dès l'accident connu dans la nuit du 25 au 26 septembre, car la population était alors « quasi-confinée » à domicile, ce mode d'alerte a montré ses limites. Le représentant de l'État a fait le « choix hybride » de les actionner autour du site seulement et peu avant 8 heures du matin au moment où les riverains sortaient de chez eux. Ce qu'il qualifie de « bonne décision au niveau macro » a en revanche révélé un sentiment d'incompréhension de la maire du Petit-Quevilly, aux premières loges de l'incendie qui s'était déclenchée… sept heures plus tôt.
Mais, surtout, « les citoyens ne savent pas ce qu'il faut faire », reconnaît Pierre André Dumas. « Personne ne peut décrypter les fréquences », confirme Yves Blein. Les riverains ne savent donc pas s'ils doivent évacuer ou se confiner. « Nous ne pouvons plus gérer des crises du XXIe siècle avec un outil de XXe siècle », admet le préfet, qui rappelle que les sirènes sont issues de la défense passive des années 1930.
Le président d'Amaris pointe aussi « l'écart entre la perception des habitants et le message délivré par les autorités ». Or l'écart de perception peut entraîner des comportements contraires à ce qui est souhaitable : sortir plutôt que rester confiné, aller chercher ses enfants à l'école... avec le risque de s'exposer et d'entraver les secours. Yves Blein dénonce aussi « une communication très descendante se satisfaisant d'une vérité scientifique ». À l'heure des réseaux sociaux, « la culture de la communication (…) incarnée par le communiqué de presse et le "numéro vert" est dépassée », juge Amaris. Son président se dit intéressé par la plateforme nationale de gestion de crise belge qui analyse d'abord les questions sur les réseaux sociaux avant de délivrer une communication adaptée, loin de la « raideur scientifique » pratiquée actuellement dans l'Hexagone.
Il ne faut pas oublier les gens de passage dans l'alerte, rappelle aussi le parlementaire. « Le nombre d'automobilistes pris dans les bouchons sur l'autoroute traversant la Vallée de la chimie peut être plus important que le nombre de riverains », souligne l'ancien maire de Feyzin (Rhône).

Diffusion rapide de SMS sur les portables
Alors, quelles alternatives aux sirènes et aux médias traditionnels ? Certaines collectivités, comme Petit-Quevilly, sont dotées de standards automatiques d'alerte, explique Yves Blein. La commune de Gonfreville-Lorcher (Seine-Maritime), qui accueille la raffinerie Total, a installé des dispositifs chez l'habitant permettant d'être prévenu en cas d'accident. « De tels dispositifs constituent un progrès mais restent insuffisants car ils reposent sur une inscription préalable des habitants », analysait Pierre-André Dumas devant les députés.
Tant le préfet que le président d'Amaris s'accordent à vanter le système Cell Broadcast qui permet d'adresser un message instantané sur l'ensemble des téléphones portables d'une zone concernée. « Un tel système est infiniment plus performant que les sirènes », explique Yves Blein. « Il a montré sa robustesse dans des pays comme le Japon, les États-Unis ou les Pays-Bas », ajoute Delphine Favre, déléguée générale d'Amaris. Selon une étude menée par le Centre d'information sur la prévention des risques majeurs (Cyprès) dans les Bouches-du-Rhône, l'utilisation des sirènes permettrait d'alerter 35 % de la population seulement, contre 70 % par une communication via SMS.

« Les collectivités locales oubliées »
L'articulation de l'action de l'État avec celle des collectivités locales constitue le second point perfectible mis en lumière par le préfet de Normandie. L'alerte des communes s'est faite en plusieurs phases lors de l'accident Lubrizol, a-t-il expliqué. La diffusion différée mais large d'un message d'alerte via l'outil administratif Gala a révélé un décalage dans les communes qui n'étaient pas directement touchées par le panache de fumées. La modernisation de l'outil et la fixation d'une doctrine s'imposent selon Pierre-André Dumas.
Pour Amaris, le message d'alerte ne doit pas être porté par les seuls services de l'État mais également par les collectivités locales, qui sont directement concernées par la crise. « Les élus locaux sont en effet responsables de la sécurité des citoyens, y compris pénalement, notamment à travers l'élaboration du plan communal de sauvegarde (PCS) », rappelle Yves Blein. Or, « dans le cadre du plan particulier d'intervention (PPI), le PCS de la commune n'est pas pris en compte, que ce soit lors de l'élaboration du plan ou lors de son déclenchement en cas d'accident », dénonce l'association.
« Souvent, les élus ne détiennent pas plus d'informations que celle diffusée au public », déplore Delphine Favre. Ainsi, lors de l'incendie de l'usine d'assainissement d'Achères (Yvelines), le 4 juillet dernier, les collectivités riveraines n'ont appris la survenance du sinistre que par un tweet posté 1 h 30 après le début de l'événement, pointe Amaris. « Ceci n'est pas acceptable », tance Yves Blein. Alors même que le premier réflexe des citoyens est d'appeler la mairie, rappelle la déléguée générale de l'association.
Reste aux collectivités locales à convaincre le ministère de l'Intérieur de revoir les dispositifs d'alerte. Le Premier ministre a fait part de sa volonté de transparence totale sur l'accident et devrait donc être favorable à une telle évolution. Seul souci : Lionel Jospin, à la tête du Gouvernement lors de la catastrophe AZF, avait lui-aussi promis de faire évoluer les systèmes d'alerte. Mais, apparemment, le sujet a ensuite glissé du haut de la pile des dossiers urgents.

jeudi 12 décembre 2019

Lubrizol : le préfet va signer la réouverture du site malgré une mise en demeure non satisfaite

Le préfet s'apprête à autoriser une réouverture partielle du site sinistré. Et ce, alors que l'exploitant ne s'est pas encore mis en conformité avec la mise en demeure qu'il lui a adressée le 8 novembre et qui révèle des failles accablantes.
« Je ne suis pas dans la disposition d'esprit d'examiner un redémarrage », déclarait Pierre-André Durand devant la mission d'information de l'Assemblée nationale sur l'accident Lubrizol, le 30 octobre dernier. Un peu plus d'un mois après, le préfet de Seine-Maritime s'apprête à signer un arrêté de réouverture du site après avoir obtenu, mardi 10 décembre, un avis favorable du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst).
Cette réouverture va intervenir alors que l'exploitant ne s'est pas encore conformé à l'arrêté de mise en demeure signé par le même préfet, le 8 novembre dernier, et alors que les causes du sinistre restent toujours inconnues.
« Nous devons rassurer la population »
Auditionné par la commission d'enquête du Sénat le 22 octobre 2019, le PDG de Lubrizol avait fait part de son intention de « continuer à exploiter les installations non impactées par l'incendie ». « Pour pouvoir faire cela, nous devons rassurer la population locale », avait ajouté Éric Schnur après avoir indiqué que l'incendie de son usine, classée Seveso seuil haut, ne présentait pas de différence significative avec un incendie de maison.
En écho à ces déclarations, le préfet avait repoussé l'idée d'un redémarrage à court terme de l'établissement. « Lubrizol, comme Normandie Logistique, doit nettoyer ses pollutions, doit remettre en état son site, doit rendre compte d'un certain nombre d'infractions qui ont été constatées administrativement et pénalement », avait expliqué Pierre-André Durand devant les députés. Et d'ajouter : « Évidemment, je n'ai pas de dossier entre les mains. Clairement, on n'est pas dans cette séquence ».
Le point de vue du représentant de l'État dans le département a, semble-t-il évolué rapidement alors que ni l'enquête judiciaire ni l'enquête administrative n'ont pourtant avancé la moindre explication sur les causes de la catastrophe. Le préfet a mis à l'ordre du jour du Coderst, qu'il préside, le projet de réouverture partielle de l'usine. « Cette réouverture partielle ne porte que sur deux ateliers chargés de mélange de produits (…). Elle s'accompagne d'une réduction drastique des stockages de produits finis conditionnés (passant de 8 600 t à 561 t, soit une baisse de 93 %) ainsi que d'une diminution du stockage des matières premières (de 27 % à 89 % selon les types de produits) », explique la préfecture, qui précise que l'activité de stockage au cœur de l'incendie n'est pas concernée par la réouverture.
Les services de l'État annoncent, en outre, la prise en compte du retour d'expérience de l'incendie à travers l'édiction de prescriptions supplémentaires en matière de sécurité incendie. « Tous les stockages seront équipés d'un cuvette de rétention d'eau d'une capacité suffisante, de détection incendie et de moyens d'extinction prépositionnés ». Ce que la réglementation exige mais qui s'est révélé défaillant dans l'usine puisque les services de secours se sont trouvés à cours de réserve d'eau lors du sinistre, tandis que des effluents chargés de produits dangereux se sont déversés dans la Seine, justifiant le déclenchement du plan Polmar. La préfecture annonce également la mise en place d'un plan d'action en matière de sûreté à la suite de « l'audit qui a été transmis aux services de l'État ». Un audit dont on ne connaît ni l'auteur, ni la teneur.
« Simulacre de démocratie environnementale »
Le Coderst, qui réunit des représentants des services de l'État, des collectivités territoriales, des associations, des représentants de fédérations professionnelles et des personnalités qualifiées, s'est prononcé à une large majorité (19 voix sur 24) pour le projet de réouverture du site. Seuls se sont opposés les représentants de France Nature Environnement (FNE), de l'UFC-Que Choisir, de la Métropole de Rouen et d'un médecin spécialisé en santé environnementale.
 « C'est un simulacre de démocratie environnementale », dénonce Alain Chabrolle, vice-président de France Nature Environnement (FNE), qui estime que seize membres du Coderst relèvent directement des services de l'État. Yvon Robert, président de la Métropole, a justifié son refus de réouverture par un long communiqué. Parmi les raisons invoquées figure la question du respect des prescriptions déjà imposées. « C'est la première condition indispensable d'un rétablissement de la confiance », avertit M. Robert.
La question est effectivement centrale quant au sérieux de l'industriel mais aussi des services de l'État. Or, le préfet a pris un arrêté de mise en demeure le 8 novembre dernier demandant à l'exploitant de se conformer à toute une série de prescriptions qu'il ne respectait pas. Ces prescriptions étaient toutes antérieures au sinistre, révélant au minimum la mansuétude dont l'industriel a bénéficié de la part des services de l'État, dont Emmanuel Macron a pourtant salué l'efficacité. Les « considérant » de l'arrêté permettent de prendre la mesure de ces manquements : incomplétude du plan de défense incendie et du plan d'opération interne (POI), absence de système de détection incendie dans les stockages extérieurs, insuffisance des dispositifs de confinement des eaux d'extinction.
Établissement non conforme depuis 2014
Ces deux dernières prescriptions étaient contenues dans l'arrêté du 24 juillet 2019 que le préfet a pris pour valider la deuxième augmentation de capacité du site en dispense d'évaluation environnementale. Mais certaines étaient beaucoup plus anciennes et révèlent l'absence de conformité de l'établissement depuis au moins 2014. C'est le cas de l'absence de prise en compte par l'exploitant de l'incendie généralisé des bâtiments A4, A5, et de leurs stockages extérieurs, dans l'étude de dangers. Cette information est accablante puisque le sinistre s'est déroulé précisément dans ces installations.
On aurait donc pu s'attendre à ce que le préfet s'assure de la mise en conformité de l'installation avec ces prescriptions avant de donner son feu vert à la réouverture. Or, le délai de mise en conformité laissé à l'exploitant n'était pas encore expiré (et ne le sera pour le dernier que le 8 janvier) au moment où la Dreal a rendu son rapport préparatoire à la réouverture. Il est manifeste que Lubrizol n'a pas devancé ces échéances. « Les travaux sont en cours », a déclaré au Coderst la représentante de Lubrizol, selon FNE qui parle « d'un joli numéro entre le préfet et l'industriel ». « La faute de l'État continue et s'aggrave », réagit l'ancienne ministre de l'Environnement, Delphine Batho.
« Une reprise partielle des activités de Lubrizol à Rouen serait un marché de dupes. D'ici trois à quatre ans, l'usine serait définitivement fermée, avant même d'être dépolluée », assure Robin des bois. Selon l'association, qui a dressé un panorama de toutes les activités de l'industriel dans le monde, la stratégie de développement du secteur lubrifiants de Lubrizol passe par « une solution de dépannage à Rouen en attendant que les autres unités, notamment en Chine, puissent se substituer aux productions globales du site sinistré et amputé ».

jeudi 5 décembre 2019

Deux pesticides « tueurs d’abeilles » interdits en France

Le tribunal administratif de Nice annule l’autorisation de mise sur le marché accordée par l’Anses à deux insecticides à base de sulfoxaflor, apparenté aux néonicotinoïdes.
C’est un camouflet pour l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Le tribunal administratif de Nice, dans un jugement rendu public mercredi 4 décembre, vient d’interdire deux insecticides (Closer et Transform) à base de sulfoxaflor, apparenté aux néonicotinoïdes.
L’Anses avait autorisé leur commercialisation en septembre 2017, provoquant la protestation des apiculteurs français qui dénoncent des produits « tueurs d’abeilles ». Le tribunal confirme ainsi, sur le fond, un premier jugement rendu en référé en novembre 2017 suspendant l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de ces produits développés par Dow AgroSciences, filiale du géant américain de l’agrochimie Corteva (issu de la fusion entre Dow Chemical et DuPont).
Un recours avait été déposé par les associations Générations futures – qui mène la fronde contre les pesticides en France – et Agir pour l’environnement, ainsi que par l’Union nationale de l’apiculture française.
Pour motiver sa décision, le tribunal a conclu à l’absence de certitude quant à l’innocuité de l’insecticide. Il estime que l’AMM accordée par l’Anses à Dow AgroSciences ne garantit pas que les doses utilisées sans contrôle au moment de leur épandage ne présentent pas de danger pour les abeilles. Le jugement rappelle que « les études scientifiques menées par l’Autorité européenne de sécurité des aliments [EFSA], la Commission européenne, ainsi que des organisations non gouvernementales ont identifié des risques importants de toxicité pour les insectes pollinisateurs ». Dans deux rapports publiés en mars 2015 et février 2019, l’EFSA avait pointé des risques élevés pour les abeilles et les bourdons lors de l’utilisation de sulfoxaflor.

« L’Anses a méconnu le principe de précaution »

Le Closer et le Transform sont utilisés contre les pucerons pour les grandes cultures, les fruits et les légumes. Le fabricant recommande d’épandre ces insecticides à raison d’une seule dose par an, au plus tard cinq jours avant la floraison. Outre les dangers que font courir aux pollinisateurs les insecticides, le tribunal a estimé qu’il était impossible de vérifier si cette recommandation était appliquée.
L’absence d’application du Closer et du Transform pendant la floraison (présentée par Dow AgroSciences et l’Anses comme une « mesure d’atténuation du risque ») n’est pas jugée « suffisante » par le tribunal, dès lors qu’elle n’est assortie d’« aucune obligation pour les utilisateurs du produit ». Ainsi, le juge estime qu’en autorisant la mise sur le marché des deux pesticides « l’Anses a méconnu le principe de précaution ».
« Nous espérons que cette décision incitera le gouvernement et les agences évaluatrices à réfléchir à deux fois avant de délivrer des autorisations de mises sur le marché de produits dont les utilisations pourraient s’avérer désastreuses pour la biodiversité ou pour la santé humaine », réagit François Veillerette, le directeur de Générations futures.
Pour l’association, le jugement souligne les « errements » de l’Anses qui, « malgré la loi biodiversité de 2016 prévoyant l’interdiction des pesticides à base de néonicotinoïdes [à partir de septembre 2018], a continué à autoriser la mise sur le marché de pesticides à base de nouveaux néonicotinoïdes ». L’Anses, comme le fabricant Dow AgroSciences, peuvent faire appel de la décision.


Devant l’imminence de l’interdiction du chlorpyrifos en Europe, les fabricants contre-attaquent

Malgré des données démontrant l’extrême toxicité de cet insecticide, les fabricants veulent prolonger son existence.

L’arrêt de mort d’un pesticide prend rarement la forme d’une réglementation européenne. C’est ainsi, pourtant, que le chlorpyrifos devrait bientôt disparaître. La Commission européenne s’apprête à demander aux Etats membres de voter l’interdiction de cet insecticide au dossier scientifique fort chargé. Mais, alors que les données démontrant son extrême toxicité pour le cerveau du fœtus et du jeune enfant s’accumulent, les fabricants font pression sur les autorités pour prolonger son existence légale, comme le montrent des documents que Le Monde s’est procurés. L’autorisation du chlorpyrifos dans l’Union européenne (UE) arrive en effet à échéance le 31 janvier 2020.
A la tête de cette opération de lobbying, le groupe américain Corteva, entité née de la fusion de Dow, inventeur du produit, et de DuPont. « La réglementation ne doit pas se fonder sur une pression publique provoquée par des militants qui n’ont pas confiance dans le système réglementaire légal, mais sur des preuves solides », ont argué les représentants de la firme auprès des responsables du dossier à la Commission qu’ils ont rencontrés en janvier, indique un compte-rendu interne de la direction générale de la santé.

Ces poissons aux dents capables de couper le métal envahissent la Méditerranée : les pêcheurs sont désormais payés pour les capturer

Une mâchoire capable de sectionner du métal, une chair mortelle sans antidote connu, et des attaques déjà recensées sur des baigneurs : le p...