lundi 8 juin 2015

Réchauffement : le seuil limite des 2 °C est trop élevé

Deux degrés Celsius. Emblème de la lutte contre le changement climatique en cours, ce seuil limite s’est imposé ces dernières années, chez les responsables politiques et le grand public, comme le réchauffement à ne pas excéder, par rapport à la période préindustrielle, pour éviter toute interférence dangereuse avec le climat. Depuis la conférence de Copenhague de 2009 (COP15), les 2 °C sont devenus la base des négociations climatiques en cours. Le niveau de sécurité garanti par ce seuil est pourtant largement sujet à caution. C’est le sens d’un rapport technique de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) discrètement apporté, mardi 2 juin, en appui des négociations qui se tiennent du 1er au 11 juin à Bonn (Allemagne), dans la perspective de la conférence de Paris (COP21) en décembre.
Long de plus de 180 pages, le rapport est le fruit d’un dialogue entretenu depuis 2013 entre les négociateurs de la COP et plusieurs dizaines de scientifiques, notamment membres du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Entre autres sujets abordés, le texte précise que « des risques élevés sont projetés, même pour un réchauffement supérieur à 1,5 °C ». Les auteurs indiquent que les Etats « auraient intérêt à redéfinir l’objectif à long terme [des 2 °C] comme une “ligne de défense” ou une “zone-tampon”, plutôt que comme une “garantie de sécurité” jusqu’à laquelle tout serait sûr ». Cette nouvelle façon d’envisager les choses « devrait favoriser des trajectoires d’émissions qui limiteraient le réchauffement à une gamme de températures situées sous le seuil des 2 °C ». 
Ne pas excéder 1,5 °C
Dans un monde plus chaud de 2 °C par rapport à la période préindustrielle (c’est-à-dire plus chaud de 1,15 °C par rapport au niveau actuel), le rapport de la CCNUCC estime que « la rapidité du changement climatique deviendrait trop importante pour certaines espèces », que « l’élévation à long terme du niveau de la mer pourrait excéder un mètre » ou encore que « les risques combinés du réchauffement et de l’acidification des océans deviendraient élevés ». Quant à la production agricole mondiale, elle encourrait de « hauts risques » avec, toutefois, « un potentiel d’adaptation ». Dans la plage de réchauffement comprise entre 1,5 °C et 2 °C, la survenue d’« effets non linéaires » – c’est-à-dire non proportionnels à une hausse de température de 0,5 °C – n’est pas exclue.
La différence des efforts à entreprendre entre un objectif de 2 °C et de 1,5 °C n’a rien de marginal : selon le GIEC, dans le premier cas, il faut réduire les émissions de 40 % à 70 % d’ici à 2050, dans le second de 80 % à 90 %.
« Ce rapport ne change rien aux négociations en cours », tempère-t-on à la CCNUCC, où l’on ajoute cependant que « les 2 °C ne doivent pas être vus comme un objectif, mais plutôt comme une ligne de défense dont il faut vouloir être éloigné le plus possible ». Repris à l’oral par les porte-parole de la convention, le terme « ligne de défense » semble devoir devenir l’élément de langage réconciliant le maintien de l’objectif des 2 °C avec les doutes sérieux qui apparaissent sur la pertinence d’un tel seuil. Dans une brève note d’analyse du rapport, publiée par la société Climate Analytics, les climatologues Bill Hare et Carl-Friedrich Schleussner (Potsdam Institute for Climate Impact Research) ne s’embarrassent pas de circonlocutions et estiment simplement que la teneur du rapport de la CCNUCC « montre que la limite des 2 °C est trop haute ».
Ils rejoignent en cela les critiques de nombreux chercheurs en sciences du climat qui n’ont pas attendu ce rapport pour s’exprimer. En 2011, le climatologue américain James Hansen (NASA) – le premier à avoir alerté l’opinion en 1988 sur le réchauffement climatique – avait déclaré que la trajectoire vers 2 °C de réchauffement était « la promesse d’un désastre ». Dans un récent entretien au Monde, Helen Clarke, administratrice du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), estime qu’il faut « viser un objectif plus ambitieux qui permette de rester sous les 2 °C annoncés ». Les petits Etats insulaires, directement menacés par le réchauffement, plaident eux aussi pour un objectif de 1,5 °C plutôt que 2 °C.
En outre, la limite des 2 °C n’est pas issue d’un travail scientifique d’évaluation des risques en bonne et due forme. Elle est le fruit, précise-t-on à la CCNUCC, « d’une décision politique fondée sur des conseils scientifiques ».
Un chiffre sorti des limbes
D’où vient ce chiffre ? Son origine se perd dans les limbes du dossier. Dans un ouvrage de référence sur l’histoire des négociations climatiques (Gouverner le climat ?, Presses de Sciences Po, 750 p., 23 euros), Stefan Aykut (université Paris-Est, Centre Marc-Bloch de Berlin) et Amy Dahan (CNRS-EHESS) en ont retracé l’histoire.
Selon les deux auteurs, le chiffre apparaît en 1996 dans une décision du Conseil européen, peu après que le deuxième rapport du GIEC rendu public la même année eut estimé que le réchauffement réalisé en 2100 serait de l’ordre de 2 °C, dans le cas d’un scénario d’émissions intermédiaire (ni très sobre en carbone ni très gourmand en combustibles fossiles). Ce chiffre a « capté l’attention politique », racontent Stefan Aykut et Amy Dahan, et a été vite « considéré comme un objectif politique raisonnable ».
Inscrit depuis dans la politique climatique de l’Union européenne, l’objectif des 2 °C est donc issu du pragmatisme des responsables politiques, bien plus que d’une évaluation scientifique des risques. En juillet 2009, il est mentionné dans la déclaration du G8 de L’Aquila (Italie), avant d’être repris quelque mois plus tard dans l’accord de Copenhague et d’être ainsi gravé dans le marbre des négociations climatiques. Depuis, il est comme « réifié », estiment Stefan Aykut et Amy Dahan.
Le choix des 2 °C, qui semblait raisonnable aux responsables politiques avec la connaissance disponible au milieu des années 1990, semble donc avoir considérablement vieilli. Le rapport technique de la CCNUCC en est le dernier signe, mais le cinquième rapport du GIEC, publié en 2014, le fragilisait déjà grandement. « Un élément à prendre en compte pour estimer le caractère dangereux d’une interférence humaine avec le climat est, par exemple, la prise en compte de phénomènes irréversibles au-delà d’un certain seuil, comme l’effondrement de la calotte de glace du Groenland, susceptible de faire grimper, à long terme, de sept mètres le niveau de la mer, explique le climatologue Stefan Rahmstorf (Potsdam Institute for Climate Impact Research). En 2007, le GIEC situait ce seuil entre 1,9 °C et 4,6 °C : cela semblait cohérent avec cette limite des 2 °C. Mais, dans son cinquième et dernier rapport, le GIEC a révisé son estimation, la fourchette basse se situant désormais à 1 °C. »

mercredi 3 juin 2015

Première évaluation précise de la mortalité des colonies d’abeilles en Europe

La Commission européenne a publié, le 5 mai dernier, les résultats d’un programme de surveillance épidémiologique des colonies d’abeilles mené en 2012 et 2013 dans 17 États membres (EPILOBEE). Chaque pays a mis en place un protocole de collecte de données, harmonisé par le laboratoire européen de référence pour la santé des abeilles, dépendant de l’Agence de sécurité sanitaire française (Anses).
Le protocole consistait en une série de trois visites des colonies, à l’hiver 2012, au printemps et à l’automne 2013. En tout, plus de trente mille colonies ont fait l’objet d’une surveillance. Le taux de mortalité hivernale, compris entre 3,5 % et 33,6 %, est bien plus élevé dans le nord de l’Europe (28,8 % au Royaume-Uni, 28,7 % en Suède, 33,6 % en Belgique, etc.) que sur le pourtour méditerranéen (9,5 % en Espagne, 5,3 % en Italie, 6,6 % en Grèce, etc.). Un taux de mortalité hivernale (voir carte ci-dessous) inférieur à 10 % est généralement admis comme acceptable. S’il est intermédiaire en France (14,1 %), le taux de mortalité durant la saison apicole est le plus élevé d’Europe (13,6 % alors qu’il ne dépasse pas 10 % dans aucun autre pays).

Conduits sur deux ans, ces travaux nécessitent d’être prolongés pour s’affranchir notamment des variations annuelles du climat. Les auteurs soulignent en effet que l’hiver 2012-2013 particulièrement froid explique sans doute, en partie, la surmortalité observée dans les pays d’Europe du Nord.
Le protocole ainsi établi apparaît comme prometteur selon les auteurs et pourrait pallier l’absence de dispositif de surveillance des abeilles pointé du doigt par l’Agence européenne de sécurité sanitaire (EFSA) en 2009. Toutefois, alors qu’un moratoire sur l’utilisation de quatre pesticides néocotinoïdes est en vigueur depuis décembre 2013 et que son extension à l’ensemble des produits de cette famille est évoquée, plusieurs scientifiques ont déploré l’absence de la prise en compte de l’effet des pesticides dans le programme EPILOBEE.

Une évaluation complète de la réglementation Natura 2000 dresse un tableau mitigé de l’état de la conservation de la nature en Europe

La Commission européenne a publié, le 20 mai dernier, un rapport sur l’état de conservation de la nature en Europe. Résultat d’une évaluation conjointe des directives « oiseaux » (2009) et « habitats » (1992), constitutives de la réglementation « Natura 2000 », il représente le panorama le plus complet jamais réalisé dans ce domaine.
Même si, de l’aveu du commissaire européen à l’environnement, M. Karmenu Vella, « [ce rapport] brosse un tableau d’ensemble mitigé », il montre une amélioration du statut de certaines espèces et le succès de certaines mesures de conservation. Plus de la moitié des espèces sauvages d’oiseaux (52 %) sont en effet « hors de danger », mais 60 % des autres espèces protégées au titre de la directive « habitats » sont dans un état de conservation défavorable. Celui des habitats eux-mêmes est quant à lui moins satisfaisant et évolue défavorablement.
Le rapport pointe certaines pratiques agricoles comme l’une des menaces les plus importantes sur les écosystèmes terrestres : modification d’itinéraires culturaux, surpâturage, abandon des systèmes pastoraux et utilisation d’engrais et de pesticides. Les modifications des conditions naturelles d’origine anthropique sont également citées (infrastructures notamment).
En conclusion, le rapport rappelle les efforts nécessaires pour atteindre les objectifs de la stratégie européenne pour la biodiversité à 2020, sans toutefois établir de recommandations. Les directives « oiseaux » et « habitats » font en effet en ce moment l’objet d’un réexamen approfondi dans le cadre d’un programme visant à améliorer les performances des politiques européennes (REFIT). Pour alimenter ce bilan, la Commission a également lancé une consultation publique, ouverte jusqu’au 24 juillet 2015.

mardi 2 juin 2015

Le réchauffement climatique va bouleverser la biodiversité marine

Les océans, dans leur quasi-totalité, vont connaître un bouleversement profond de leur biodiversité si le réchauffement climatique n’est pas maîtrisé rapidement. Disparitions locales, diminutions, mouvements « biogéographiques », cette réorganisation devrait concerner un grand nombre d’espèces, selon les travaux d’une équipe internationale conduite par le CNRS et rassemblant la Sir Alister Hardy Foundation for Ocean Science, l’université de Plymouth (Angleterre) et le Centre scientifique de Monaco, publiés, lundi 1er juin, dans la revue Nature Climate Change.
Dans l’hypothèse d’une augmentation de 2 °C de la température mondiale – l’objectif des négociations climatiques qui culmineront avec la Conférence de Paris à la fin de l’année –, la biodiversité de l’océan superficiel (les 200 premiers mètres) diminuera dans les régions océaniques chaudes, entre les 40° parallèles nord et sud. Cette baisse pourrait avoisiner les 10 %. En revanche, dans les régions tempérées et polaires, son augmentation sera massive. « Il s’agit de disparitions locales mais pas nécessairement d’extinction d’espèces dans les zones chaudes et, surtout, une augmentation très forte de la biodiversité dans les zones extratropicales, jusqu’à 300 % en plus dans les zones polaires », explique Grégory Beaugrand, du laboratoire d’océanologie et de géosciences du CNRS, l’un des auteurs de la publication.
De nombreuses études ont déjà montré les changements de biodiversité marine à l’échelle régionale. Les travaux de l’équipe conduite par le CNRS confirment la presque inéluctabilité de ces bouleversements. La morue risque de disparaître de la mer du Nord, la coquille Saint-Jacques comme le bulot ne se trouveront plus sur les côtes françaises. Dans le même temps, la sole continuera d’augmenter en mer du Nord, tout comme l’anchois et la sardine y feront leur apparition. Mais cette augmentation locale de biodiversité ne compenserait pas l’érosion massive et la disparition des espèces.
Biodiversité mal connue
La composition de la biodiversité marine est mal connue des océanologues qui estiment ne connaître qu’à peine 10 % des quelque 250 000 espèces inventoriées. Elle pourrait avoisiner les deux millions d’espèces, selon M. Beaugrand – à titre de comparaison, les oiseaux compteraient quelque 9 600 espèces et les mammifères environ 6 000.
Pour étudier l’évolution de cette biodiversité, les chercheurs ont utilisé une approche basée sur une nouvelle théorie macroécologique de l’organisation de la vie dans les océans : la théorie METAL, « Macro Ecological Theory on the Arrangement of Life ». Ils ont créé des espèces théoriques présentant des réponses différentes à la variabilité des températures, qui s’assemblent en communautés, permettant d’analyser la colonisation progressive de certaines régions océaniques. « Les résultats démontrent une relation forte entre la biodiversité observée et la biodiversité théorique et ce, pour un grand nombre d’espèces tels que les foraminifères, les crustacés, les poissons (requins océaniques et poissons osseux) et les cétacés », explique le CNRS.
Pour mettre en perspective les évolutions attendues d’ici la fin du siècle, les chercheurs ont reconstruit les biodiversités de deux périodes importantes : le dernier maximum glaciaire, il y a 22 000 ans, et le Pliocène moyen, entre 3,3 et 3 millions d’années. Cette dernière période est considérée comme ayant connu des conditions thermiques assez proches de celles projetées pour la fin du siècle. « La température globale était 2 à 3 °C plus élevée que celle que nous connaissons aujourd’hui, la concentration en CO2 était proche de celle observée actuellement à l’observatoire de Mauna Loa [Hawaï] et le niveau de la mer était plus haut de 25 mètres », détaille Grégory Beaugrand.
Risques majeurs au-delà de 2 °C
Selon leur modèle théorique, les chercheurs estiment que si le réchauffement est maintenu en dessous de 2 °C, les changements biologiques dans l’océan seront sans grandes conséquences, « même si 40 % de la superficie des océans connaîtra un changement important de biodiversité (au-delà de 5 %) ». Mais dans l’hypothèse où l’augmentation des températures globales dépasserait cette barre des 2 °C, « entre 70 et 95 % de la superficie des océans subiraient des modifications substantielles d’ici à la fin du siècle », précise M. Beaugrand. Selon lui, l’évolution des espèces va être trop rapide pour que celles-ci puissent s’adapter. « L’adaptation n’est pas possible à l’échelle interdécennale : ce qui s’est produit en centaines ou en dizaines de milliers d’années ne se fera pas en un siècle ou deux », dit encore le chercheur.
Ces modifications de biodiversité vont aussi s’accompagner de bouleversements dans les services écosystémiques rendus. Le système océanique va se réorganiser, transformant radicalement le paysage planétaire. Les conflits pour la ressource vont se multiplier, alors que les services écosystémiques marins en termes de régulation et d’approvisionnement représentent entre 15 000 et 51 000 milliards d’euros chaque année, soit plus que le produit national brut de tous les pays du monde. « Cela représente un danger énorme pour l’humanité, analyse Grégory Beaugrand. Sans compter les dangers immédiats d’espèces dangereuses, crabes toxiques, poissons dangereux, méduses, organismes planctoniques, qui apparaîtront sous de nouvelles latitudes. »

mercredi 20 mai 2015

Les Etats-Unis lancent un plan pour sauver les abeilles

La Maison Blanche a dévoilé, mardi 19 mai, un plan d'action national pour sauver les abeilles et autres pollinisateurs en péril, qui jouent un rôle clé dans la sécurité alimentaire américaine et pour l'environnement.
« Les insectes pollinisateurs sont essentiels pour l'économie nationale, la sécurité alimentaire et l'environnement », a expliqué John Holdren, l'un des principaux conseillers scientifiques du président Barack Obama. « La pollinisation par les seules abeilles représente plus de 15 milliards de dollars de récoltes agricoles annuellement » dans le pays, a-t-il précisé. Il s'agit de fruits, de fruits à coque et de légumes. Mais « ces pollinisateurs souffrent ».
En effet, selon une estimation du département de l'Agriculture (USDA) publiée la semaine dernière, les apiculteurs ont perdu 42 % de leurs colonies d'abeilles ces douze derniers mois dont une grande partie en hiver. C'est la deuxième plus mauvaise année pour la mortalité des abeilles domestiques aux Etats-Unis dans les annales. La pire avait été en 2012-2013 avec la disparition de 45 % des colonies.
 « Des pertes aussi importantes toute l'année restent très inquiétantes », avait dit Jeff Pettis, un entomologiste de l'USDA, co-auteur de cette recherche. « Les chercheurs doivent trouver de meilleures réponses à l'origine des événements qui mènent à ces pertes en hiver comme en été ».

Ce phénomène encore mystérieux observé depuis 2006 en Amérique du Nord, mais aussi en Europe notamment, décrit la disparition assez soudaine dans les ruches de millions d'abeilles adultes.
Pour les scientifiques, une combinaison de plusieurs facteurs serait responsable de cette hécatombe, dont une mite parasite, un virus, la diminution des éléments nutritifs disponibles et la nocivité des pesticides.
Le plan d'action américain vise aussi à reconstituer les populations de papillons monarques, en très forte diminution. Le nombre de ces papillons migrateurs, qui vont passer l'hiver dans le sud, surtout au Mexique, a baissé de 90 %, voire davantage ces deux dernières décennies.
Ce plan prévoit de limiter la mortalité des colonies d'abeilles pendant l'hiver à 15 % maximum dans les dix ans et à restaurer 2,8 millions d'hectares d'habitat dans les cinq ans grâce à des interventions fédérales et des partenariats entre secteurs public et privé.
Il compte également accroître la population des papillons monarques jusqu'à 225 millions d'ici cinq ans sur une superficie de forêt d'environ six hectares au Mexique, en collaboration avec le gouvernement mexicain.

De nombreuses agences fédérales sont mobilisées pour diversifier les espèces de plantes sur les terres fédérales, pour qu'elles soient mieux adaptées aux besoins nutritifs des abeilles et autres pollinisateurs. Selon les scientifiques, les vastes régions agricoles pratiquant la monoculture privent les abeilles de leurs sources de nourriture.
Ce plan qui met aussi l'accent sur la recherche scientifique, repose sur une stratégie « de mobilisation de toutes les ressources », faisant appel à tout un chacun, du fonctionnaire fédéral au simple citoyen, pour agir et sauver les abeilles, explique la Maison Blanche. Ces mesures sont l'aboutissement de l'appel lancé en juin 2014 par le président Obama pour mettre en oeuvre une stratégie fédérale.
« Accroître l'étendue et la qualité de l'habitat des pollinisateurs est une partie importante de cet effort allant du développement de jardins près des immeubles fédéraux à la restauration de millions d'hectares de terres domaniales et privées », a précisé la présidence.
Mais la Maison Blanche s'est montrée mesurée sur l'impact des insecticides : « Les pesticides jouent un rôle clé dans la production agricole et la santé de notre société. Atténuer leurs effets sur les abeilles est une priorité du gouvernement fédéral », indique le document.

En avril, l'Agence de protection de l'environnement (EPA) a établi un moratoire sur l'utilisation de certains pesticides (néonicotinoïdes) jusqu'à une évaluation complète des risques. L'Union européenne a interdit trois grandes classes de ces pesticides accusés de tuer les abeilles.
Tout en se félicitant de ce plan, les organisations de défense de la nature aux Etats-Unis estiment que l'administration Obama ne va pas assez loin, surtout pour réduire l'usage des pesticides.
« Le président a raison d'insister sur l'urgence de ce problème. Ces recommandations sont un bon premier pas pour sauver les abeilles, mais davantage d'actions plus urgentes sont nécessaires », juge Peter Lehner, directeur du Natural Resources Defense Council, qui appelle à une réduction drastique de l'usage des pesticides.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2015/05/20/les-etats-unis-lancent-un-plan-pour-sauver-les-abeilles_4636532_1652692.html#vrppoSJUcGWGPdVU.99

mercredi 13 mai 2015

Les innovations ne sont pas exploitées pour sauver la planète, bien au contraire

Actu-environnement : Le monde est une immense machine à expresso, écrivez-vous dans L'âge des Low Tech, vers une civilisation techniquement soutenable (Seuil, 2014). Que signifie cette métaphore ?
Philippe Bihouix : Notre système économique, industriel et commercial s'est profondément transformé ces dernières décennies. C'est une évidence de le dire, on pense naturellement au développement exponentiel de l'informatique et des télécommunications. Mais la révolution radicale, un peu moins visible des consommateurs que nous sommes, c'est la réorganisation mondiale de la production. L'effondrement des coûts de transport, provoqué par la généralisation du transport par conteneurs et soutenu par un pétrole bon marché, a permis aux entreprises, à la recherche de gains de productivité et d'efficacité, de coûts de production plus bas, d'effets d'échelles, de tisser des liens de plus en plus complexes, d'échanger des sous-systèmes et plus seulement des matières premières ou des produits de base. La plupart de nos objets manufacturés, des voitures aux téléphones, des vêtements aux jouets, sont l'aboutissement de processus industriels extrêmement imbriqués, assemblant des composants qui ont sillonné la planète et des matières premières en provenance de dizaines de pays différents.
Cet éloignement entre la consommation et la production ne nous permet plus de mesurer les conséquences sociales et environnementales de nos actes. De la même manière que l'électricité, à la fin du 19ème siècle, a permis de s'éclairer et de se chauffer sans l'odeur et la suie du charbon, en repoussant la production en dehors des villes, nous avons délocalisé la pollution. La France semble relativement "vertueuse" dans l'évolution de ses émissions de gaz à effet de serre, mais plusieurs calculs ont montré qu'en réintégrant l'effet des imports, celles-ci ont en réalité augmenté. D'où l'image de la machine à expresso, où la capsule utilisée est escamotée à l'intérieur de l'appareil : le déchet est oublié, nié, surtout si c'est quelqu'un d'autre qui vide le bac à votre place…
AE : Dans un premier ouvrage, vous pointiez la raréfaction d'un ensemble de minerais stratégiques. En quoi cette évolution peut-elle avoir une incidence sur la croissance verte ?
PB : L'idée de la croissance verte, c'est que les innovations techniques, dans des domaines comme les énergies renouvelables et le stockage de l'énergie, les biotechnologies, les nanotechnologies, le traitement massif des données, etc. vont nous permettre de maintenir (ou développer) notre niveau de "confort", de consommation en tout cas, tout en réglant ou limitant le problème climatique (énergies non carbonées), voire en entrant dans une économie "réparatrice" de la planète, avec des technologies dépolluantes (bactéries pour le traitement des eaux ou des sols) ou protectrices (suivi électronique des écosystèmes). Résumons : jusqu'à présent, nous avons donc saccagé la planète, puisque tous les indicateurs ou presque sont au rouge, mais à partir de maintenant, promis, de nombreuses solutions sont à portée de main pour arrêter tout ça et même passer la serpillière pour nettoyer les dégâts, en ne changeant finalement que marginalement nos habitudes de consommateurs opulents. Une voiture électrique ou hybride, un peu de covoiturage et d'économie de la fonctionnalité, quelques efforts sur le recyclage, tout cela englobé dans le concept, flou mais en vogue, d'économie circulaire.
Cette vision idyllique "à la Jeremy Rifkin" est trompeuse, mystificatrice, et nous fait perdre un temps précieux car nous ne prenons pas la vraie mesure de la transition à mener. Ces technologies, dans leur grande majorité, nécessitent de faire appel à des ressources métalliques, des dizaines de métaux différents, plus ou moins rares, et dont les ressources se dégradent en qualité (baisse de la teneur par exemple) ou en accessibilité (besoin de descendre en profondeur, ou en environnement plus complexe). Et les difficultés à les recycler correctement (récupération complexe ; usages dispersifs ; downcycling ou dégradation de l'usage après recyclage à cause des alliages et des mélanges…), rend l'économie circulaire illusoire. De nombreux métaux des nouvelles technologies, comme les lanthanides (terres rares), l'indium, le germanium ou le lithium sont recyclés à moins de 1%. Nous exploitons, de manière très maladroite et très cavalière, un stock limité de ressources précieuses. Nous n'aurons pas les moyens métalliques du déploiement massif de technologies prétendument salvatrices.
AE : Technique et innovation ne peuvent-elles pas répondre à la pénurie de ressources ?
PB : Ponctuellement, si bien sûr. Une innovation va permettre de substituer un métal ou un alliage par un autre, de remplir une fonctionnalité par un autre moyen. Même dans le cas des propriétés catalytiques, où il semble difficile de se passer des platinoïdes par exemple, l'industrie commence à parler de catalyseurs bio-inspirés, de catalyse enzymatique… Toutes choses égales par ailleurs, il semble donc toujours y avoir une solution. C'est d'ailleurs le raisonnement des économistes, qui estiment que le capital acquis remplacera le capital naturel, et que le signal prix, l'équilibre offre / demande, permet toujours de faire émerger des innovations et des moyens de substitution. Mais cette une grave erreur, car il faut regarder les choses de manière systémique. Le déploiement d'une technologie peut régler un problème d'un côté, mais en créer d'autres, plus grands, ailleurs. C'est exactement ce qui se passe entre énergie et métaux.
Et puis, soyons réalistes. Encore aujourd'hui, dans la plupart des cas, les innovations ne sont pas exploitées pour sauver la planète, bien au contraire… Ainsi de la déferlante à venir des big data ou des objets connectés, qui sera mortifère, tant du point de vue de la consommation de ressources rares (l'électronique en est gourmande) que de la génération de déchets, déjà ingérables aujourd'hui. En sachant que la plupart des applications seront dans le domaine du marketing, n'en doutons pas, car il faut bien assurer des retours sur investissements, donc des marchés rentables.
AE : Quelles sont les pistes pour concevoir et produire des objets réellement durables ?
PB : Il faut prendre la conception sous l'angle de la consommation de ressources et de la capacité à récupérer correctement, sans dégradation de l'usage, ces ressources en fin de vie, si elles ne sont pas renouvelables (ce qui est le cas des métaux). Et, bien entendu, faire durer les objets le plus longtemps possible, les rendre réparables, robustes, modulaires, faciles à comprendre et à démanteler. Cela implique de revenir à des choses plus simples, avec moins d'électronique, de privilégier le mono-matériau plutôt que les composites.
Mais surtout, il s'agit de revoir le cahier des charges fonctionnel des objets, pour limiter au maximum les besoins en matériaux. Qu'est-ce qu'apporte un thermomètre à affichage digital par rapport à un thermomètre à alcool ? Il n'est pas possible de réellement éco-concevoir un smartphone, avec la quantité d'équipements différents, miniaturisés à l'extrême qu'il contient, et il restera toujours un cauchemar à recycler, avec ses 40 métaux différents. Mais a-t-on besoin d'un hygromètre et d'un baromètre dans son téléphone ?
AE : Dans votre dernier ouvrage, vous en appelez à un Age des Low Tech. Quels en sont les principes cardinaux ?
PB : J'ai envie d'en citer deux : remettre en cause les besoins, savoir rester modeste. Commençons par la modestie. Malgré les formidables avancées scientifiques et techniques, il nous faut retrouver une certaine humilité. D'une part, nous ne serons jamais capables de comprendre, d'appréhender correctement, l'ensemble des interactions systémiques sur la planète, même celles de notre système social, économique et culturel. D'autre part, il faut renoncer à la croyance à une solution tout-technologique. Les équations de la physique sont têtues et il n'y a pas de solution technique qui permette de maintenir notre niveau actuel de consommation énergétique, sans parler de l'augmenter. Nous serons toujours rattrapés par un facteur physique : disponibilité en matériaux, en surface, en capacité industrielle et à maintenir des infrastructures trop complexes, etc.
Ensuite les besoins. Plutôt que vouloir maintenir une offre énergétique et matérielle "à tout prix", non soutenable et aggravant les conséquences environnementales, il est nettement plus raisonnable, plus simple, plus efficace, plus rapide, de travailler d'abord et avant tout du côté de la demande, de savoir remettre en cause, intelligemment, démocratiquement et collectivement, une partie de nos besoins. Il serait très simple de renoncer à une grande partie des usages jetables ; plutôt que s'acharner à fabriquer une voiture toujours aussi lourde et moins consommatrice, on pourrait réduire la vitesse maximale, brider les moteurs et alléger considérablement les automobiles ; en parallèle d'un programme de rénovation thermique dans le bâtiment, revoir de manière progressive mais significative les températures de consigne et les besoins de climatisation ; plutôt que de déployer massivement des énergies renouvelables, commencer par ne plus augmenter la consommation électrique à coup d'écrans partout et de numérique à tout-va !

mardi 28 avril 2015

La richesse économique des océans dépend de leur bonne santé

La surexploitation des océans, leur mauvaise gestion et les changements climatiques sont une "menace de plus en plus grande" sur cette richesse économique "qui fond à vive allure", alertent les auteurs du WWF. "Nous prélevons trop de poissons, rejetons trop de polluants, réchauffons et acidifions l'océan au point que les systèmes naturels essentiels vont tout simplement s'arrêter de fonctionner", prévient Ove Hoegh-Guldberg, directeur du Global change Institute. Les mangroves font l'objet d'une destruction de "3 à 5 fois supérieure à celle des autres forêts". Tandis que 90% des stocks mondiaux de poissons sont "surexploités ou pleinement exploités". De même, 50% des coraux et 29% des herbiers marins ont également disparu de la planète, ajoute le WWF.
Autres impacts : au rythme du réchauffement climatique actuel, les récifs coralliens auront "complètement disparu en 2050", démontrent les études incluses dans le rapport. "Au-delà du réchauffement des eaux", le changement climatique induit une acidification océanique dont "la résorption s'étalera sur des centaines de générations humaines".
La température moyenne de la surface de la mer a augmenté de 0,31°C à 0,65°C au cours des 50 dernières années, tandis que l'acidité des océans a crû de 26% par rapport à l'ère pré-industrielle, ces 200 dernières années, selon une récente étude relayée dans le rapport. Le pH plus acide réduit la disponibilité des ions carbonates dans l'eau nécessaire à la formation du calcaire des coquilles ou squelettes. Les projections actuelles sont des plus alarmantes. Les océans devraient se réchauffer de 3 à 5 °C d'ici la fin du siècle, par rapport à la période pré-industrielle.

Pour en savoir plus : 


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